No. VI. A.
Lettre confidentielle écrite au roi par monsieur le duc de Feltre.
Paris, 10 Novembre, 1812.
Sire,
La lettre chiffrée que V. M. m’a écrite de Requeña le 18 Octobre, m’est parvenue il y a quelques jours, et je l’ai sur le champ transmise à l’empereur qui ne la recevra toute fois que 19 jours après le départ de cette même lettre de Paris. A la distance ou l’empereur se trouve de sa capitale, il est des choses sur lesquelles la politique force à fermer les yeux: du moins momentanement. Si la conduite de monsieur le marechal duc de Dalmatie est équivoque et cauteleuse; si ses démarches présentent le même aspect que celles qu’il paroît avoir faites et qui ont précédé l’abandon du Portugal après la prise d’Oporto, il viendra un moment ou l’empereur pourra l’en punir s’il le juge convenable, et peut-être est-il moins dangereux où il est qu’il ne le serait ici où quelques factieux ont pu du sein même des prisons qui les renfermaient méditer en l’absence de l’empereur, une révolution contre l’empereur et sa dynastie, et presque l’exécuter, le 2 et 3 Octobre dernier. Je pense donc, sire, qu’il est prudent de ne pas pousser à bout le maréchal duc de Dalmatie tout en contrariant sous main les démarches ambitieuses qu’il pourrait tenter, et en s’assurant de la fidelité des principaux officiers de l’armée du midi envers l’empereur et même de celle des Espagnols qu’il traine à sa suite. L’arme du ridicule qu’il est facile de manier en cette occasion suffira, ce me semble, pour déjouer ses coupables projets s’ils existent, et le ramener à son devoir, sauf à faire prendre par la suite des précautions pour qu’il ne s’en écarte jamais.
Quoiqu’il en soit je suis incontestablement dans la nécessité d’attendre les ordres de l’empereur sur le contenu de la lettre de V. M. datée de Requeña le 18 Oct. Elle voit par la présente que je partage ses sentimens sur l’objet dont elle traite; je viens d’être assez heureux pour donner à l’empereur et a sa famille de nouvelles preuves de ma fidelité et de mon attachement, et je suis assuré que si V. M. connaît les détails de ma conduite le 2 et 3 Octobre, elle la trouvera conforme aux sentimens que je me suis fait un plaisir de lui exprimer en faveur de l’empereur et de sa famille au moment ou j’ai pris congé de V. M. à Luneville il y a quelques années, &c. &c.
Note.—It is only necessary to add to this letter that notwithstanding the duke of Feltre’s professions of attachment he was soon afterwards one of the most zealous courtiers of the Bourbons and the most bitter enemy of the emperor.
The constancy with which the duke of Dalmatia served that great man is well known.