No. XV.

Joseph O’Donnel to general Donkin.

Malaga, the 6th December, 1812.

DEAR SIR,

The letter you did me the honour to adress to me on the 6th of September has been mislaid all this long time on account of my being separated from the armie since the moment I gave up the command of it, and it was only last night I had the pleasure of receiving it. I feel a great comfort in seingh an officer of your reputation affected so kindly with the sorrows which so unlucky as undeservedly (I believe) fell upon me as a consequence of my shamefull defaite at Castalla. But I beg to be excused if I continue this letter in French. I kno you understand it very well and I can not explain my toughts so well in English. Je crois, M. le général, que tout militaire, instruit des faits, et à la vue du malheureux champ de bataille de Castalla, ou du plan qui le représente, doit faire le même raisonement que vous avez fait, à moins qu’il ne soit épris des petites passions et des prejugés qui ne dominent que trop souvent les hommes. Je crois l’avoir demontré à l’evidence dans mon rapport officiel au gouvernement (que vous devez avoir vu imprimmé) accompagné de la carte des environs et des copies de toutes les ordres que je donnai la veille du combat. J’aurois certainement été vainquer si l’officier qui commandoit les 760 chevaux, avec deux pièces de 8 à mon aile gauche eut obéi mes ordres, on eut seulement tâché de se laisser voir de loin par la cavallerie enemie, qui au nombre de 400 chevaux étoit stationée dans le village de Viar; mais point du tout, cet officier, au lieu de se trouver sur Viar au point du jour de la bataille, pour tenir en échec la cavallerie ennemie, pour la battre s’il en trouvoit une occasion probable, ou pour la suivre en tout cas, et l’empêcher de tomber sur Castalla impunément, comme il lui était très expressément ordonné par des ordres écrites qu’il avoue, cet officier alla se cacher derriére Villena, et quoiqu’il entendit le canon de Castalla, et qu’il fut instruit de la marche des dragons de Viar par la route d’Onil, il resta tranquilement en position de l’autre côté de Villena jusqu’à passé huit heures du matin. Nous étions déjà battus, et trois malheureux bataillons hachés en pièces (quoi-qu’ayant repoussé la première charge) quand M. le brigadier Santistevan se mit en marche de Villena pour venir à mon secours. Jugez done, Mons. le général, si j’ay pû empêcher ce désastre. Cependant, le public, qui ne peut juger que par les resultats, se dechaina d’abord contre moi, et je ne m’en plains pas, car cela étoit fort naturel; c’est un malheur attaché à notre profession, et que les généraux Espagnols doivent resentir sur touts les autres, puisqu’ils font la guerre sans resources, et manquant de tout contre un ennimi aguerri qui ne manque de rien; mais je me plains des Cortes de la nation, je me plains de ces pères de la patrie, qui sachant que j’avois demandé moimême à être jugé par un conseille de guerre, out cependant donné le ton à l’opinion publique se rependant en invectives contre moi, et même contre mon frère le régent, avant de scavoir si je suis en effet coupable. Après un pareile traitement, et dans l’etât de misère et de détresse où se trouvent nos armées, ou trouvera t’on de généraux qui veuillent exposer leur honneur, et en accepter le commandement? Quant à moi je servirai ma patrie par devoir et par inclination jusqu’au dernier soupir, mais je n’accepterai jamais aucun commandement, supposant qu’il me fut offert. Les informations que l’on prend relativement à l’affaire en question ne sont pas encore finies, car tout va doucement chez nous. J’en attends le resultat ici avec l’aveu du gouvernement, et aussitôt que l’on aura prononcé en justice j’irai me présenter comme simple volontaire dans une de nos armées si l’on ne veut pas m’employer dans ma calité de général subalterne. Je vous ay trop ennuyé de mes peines; c’est que j’en ay le cœur navré, et que votre bonté m’a excité à m’en soulager en vous les racontant. Il me reste encore un espoir flatteur, c’est le jugement de touts mes camarades qui out vû de près mes dispositions à l’affaire de Castalla, et les efforts que j’avois fait pendant sept mois, luttant toujours contre la detresse et le désordre, pour préparer à la victoire une armée qui étoit tout-à-fait nulle quand je fus obligé a en prendre, malgré moi, le commandement. Je m’estimerai heureux, Monsieur le général, de mériter aussi le sufrage d’un officier aussi distingué que vous l’êtes, et je vous prie d’agréer le temoignage du sincère attachement de votre très humble et très obéissant serviteur,

Josef O’Donell.

Monsieur le général Donkin,
&c. &c.