No. XIV.

The duke of Feltre to the king of Spain.

Paris, le 12 Mars, 1813.

Sire,

La difficulté toujours subsistante des communications a apporté dans ma correspondance avec V. M. des retards considérables et de longues interruptions dont les résultats ne peuvent être que très préjudiciables au service de l’empereur. Depuis plus de deux mois j’expédie sans cesse et par tous les moyens possibles ordre sur ordre pour faire exécuter les dispositions prescrites par S. M. I. et je n’ai aucune certitude que ces ordres soient parvenus à leur destination. L’empereur extrêmement mécontent de cet état de choses renouvelle sans cesse l’injonction la plus précise de le faire cesser, et j’ignore encore en ce moment si les mouvemens prescrits se préparent ou s’exécutent, mais je vois toujours d’avantage que si des ordres relatifs à cette mesure doivent partir de Madrid cela entrainerait une grande perte de tems. L’empereur en a été frappé, Il devient donc tout-à-fait indispensable de s’écarter un moment de la voie ordinaire et des dispositions par lesquelles tout devroit emaner de V. M. au moins pour ce qui concerne le nord et l’armée de Portugal. Je prends pour cet effet le parti d’adresser directement aux généraux commandant de ces armées les ordres d’exécution qui dans d’autres circonstances devraient leur parvenir de Madrid, et j’ai l’honneur d’adresser ci-joint à V. M. copies des lettres que j’ai écrites au général Reille et au général Clauzel pour déterminer enfin l’arrivée des renforts absolument nécessaires pour soumettre l’Aragon, la Navarre et la Biscaye; les details contenus dans ma lettre au général Clauzel me dispensent de m’étendre d’avantage sur cet objet important. V. M. y verra surtout qu’en prescrivant l’exécution prompte et entière des ordres de l’empereur j’ai toujours reservé l’exercise de l’autorité supérieure remise entre les mains de V. M. et qu’elle conserve également la direction ultérieure des opérations des qu’elle pourra les conduire par elle-même.

Toutes mes précédentes dépêches sont d’allieurs assez précises sur ce point pour ne de laisser pas doute à cet egard.


The duke of Feltre to the king.

Paris, 18 Mars, 1813.

Sire,

Parmi les lettres dont V.M. m’a honoré, la plus récente de celles qui me sont parvenues jusqu’à ce jour est du 1 Fevrier, et je vois qu’à cette epoque V. M. n’avait point encore reçu celle que j’ai eu l’honneur de lui adresser par ordre de l’empereur le 4 Janvier pour l’engager à transferer son quartier général à Valladolid. Cette disposition a été renouvellée dans toutes mes dépêches postérieures sous les dates de 14, 29 Janvier, 3, 12, 25 Fevrier, 1, 11 et 12 Mars, sans avoir eu jusqu’à present de certitude que mes lettres fussent arrivées à leur destination. Enfin une lettre de M. le duc d’Albufera en date 4 Mars me transmit copie de celle que V. M. lui a adressée le 23 Fevrier pour le prevenir que ma lettre du 4 Janvier est arrivée à Madrid, et qu’on s’y préparait à exécuter les dispositions prescrites par l’empereur. Ainsi c’est de Valence que j’ai reçu la première nouvelle positive à cet égard, et cette circonstance qui dévoile entièrement nôtre situation dans le nord d’Espagne est une nouvelle preuve de l’extrême urgence des mesures prescrites par l’empereur et de tout le mal que d’inexplicables retards ont causé. S. M. I. vient à cette occasion de me réitérer l’injonction de faire sentir à V. M. la fausse direction qu’ont prise les affaires d’Espagne par le peu de soin qu’on a apporté à maintenir les communications avec les frontières. L’empereur est etonné qu’on ait si peu compris à Madrid l’extrême importance de conserver des communications sûres et rapides avec la France. Le defaut constant de nouvelles était un avertissement assez clair et assez positif de l’impuissance ou se trouvait l’armée du nord de proteger la route de Madrid à Bayonne. L’état des affaires dans le nord de l’Europe devait plus que jamais faire sentir la nécessité de recevoir des nouvelles de Paris et de prendre enfin des mesures décisives pour ne pas rester si longuement dans un état d’isolement et d’ignorance absolu sur les vues et l’intention de l’empereur. V. M. avoit trois armées à sa disposition pour rétablir les communications avec l’armée du nord, et l’on ne voit pas un mouvement de l’armée de Portugal ou de celle du centre qui soit approprié aux circonstances, tandis que l’inaction des Anglais permettait de profiter de notre supériorité pour chasser les bandes, nettoyer la route, assurer la tranquillité dans le pays. L’empereur m’a ordonné de faire connaître sa façon de penser sur cet objet au général Reille, auquel j’ai adressé directement les ordres de S. M. I. pour les forces qu’il a dû mettre sans retard sous les ordres du général Clauzel ainsi que j’ai eu l’honneur d’en prévenir V. M. par mes lettres du 29 Janvier, 3 Fevrier et 12 Mars. En effet les circonstances rendent cette mesure d’une extrême urgence. L’inaction où l’on est resté pendant l’hiver a encouragé et propagé l’insurrection. Elle s’etend maintenant de la Biscaye, en Catalogne, et l’Aragon exige, pour ainsi dire, le même emploi des forces pour la pacifier, que la Biscaye et la Navarre. Il est donc de la plus haute importance que V. M. etende ses soins sur l’Aragon comme sur les autres provinces du nord de l’Espagne, et les évènemens qui se préparent rendront ce soin toujours plus nécessaire. D’un côte toutes les bandes chassées de la Biscaye et de la Navarre se trouveront bientôt forcées à refluer dans l’Aragon, et d’autre part l’évacuation de Cuenca, par résultat du mouvement général des armées du centre et du midi priverait le général Suchet de toute communication avec V. M. dans un moment ou les ennemis se renforcent devant lui d’une manière assez inquiétante. Il est donc très important de se procurer une autre ligne de communication avec Valence et cette ligne ne peut s’établir que par l’Aragon. C’est à votre majesté qu’il appartient de donner à cet égard les ordres nécessaires. Il suffira sans doute de lui avoir fait connaître l’état de choses et la position du maréchal Suchet pour lui faire prendre les déterminations que les circonstances rendraient les plus convenables. Il me tarde beaucoup d’apprendre enfin de V. M. elle-même l’exécution des ordres de l’empereur et de pouvoir satisfaire sur ce point la juste impatience de S. M. I.