No. XIII.

The duke of Feltre to the king of Spain.

Paris, le 12 Fevrier, 1813.

Sire,

J’ai eu l’honneur d’écrire trois fois à V. M. dans le courant de Janvier, pour lui transmettre les intentions de l’empereur sur la conduite des affaires en Espagne, et j’ai eu soin de faire expedier toutes mes dépêches au moins par triplicata, tellement que je puis et dois espérer aujourd’hui qu’elles sont parvenues à leur destination. Je reçois en ce moment le dupta d’une lettre de V. M. en date du 8 Janvier, dont le primata n’est point arrivé et j’y vois une nouvelle preuve de la difficulté toujours subsistante de communication, les inconveniens de cet état de choses deviennent plus sensibles dans les circonstances actuelles, où il étoit d’une haute importance que les ordres de l’empereur reçussent une prompte exécution. S. M. I. pénétrée de cette idée, attend avec une véritable impatience de savoir ce qui s’est opéré à Madrid, d’après ses instructions, et cette attente, journellement deçue lui fait craindre qu’on n’ait perdu un temps précieux, les Anglais étant depuis plus de deux mois dans l’impuissance de rien faire. L’empereur espère du moins que lorsque V. M. aura eu connaisance du 29me bulletin, elle aura été frappée de la nécessité de se mettre promptement en communication avec la France et de l’assurer par tous les moyens possibles. On ne peut parvenir à ce bût qu’en faisant refluer successivement les forces dont V. M. peut disposer sur la ligne de communication de Valladolid à Bayonne, et en portant en outre des forces suffisantes en Navarre et en Aragon pour combattre avec avantage et détruire les bandes qui dévastent ces provinces.

L’armée de Portugal combinée avec celle du nord est bien suffisante pour remplir cet objet tandis que les armées du centre et du midi, occupant Salamanque et Valladolid, présentent assez de forces pour tenir les Anglais en échec en attendant les évènements. L’empereur m’ordonne de réitérer à V. M. que l’occupation de Valladolid comme quartier général et résidence pour la personne, est un préliminaire indispensable, à toute operation. C’est de-là qu’il faut diriger sur la route de Burgos et successivement sur tous les points convenables les forces disponibles qui doivent renforcer ou seconder l’armée du nord. Madrid et même Valence ne peuvent être considérés dans ce systême que comme des points à occuper par l’extremité gauche de la ligne, et nullement comme lieux à maintenir exclusivement par une concentration de forces. Valladolid et Salamanque deviennent aujourd’hui les points essentiels entre lesquels doivent être réparties des forces prêtes à prendre l’offensive contre les Anglais et à faire échouer leurs projets. L’empereur est instruit qu’ils se renforcent en Portugal, et qu’ils paraissent avoir le double projet ou de pousser en Espagne ou de partir du port de Lisbonne pour faire une expédition de 25 mille hommes, partie Anglais partie Espagnols, sur un point quelconque des côtes de France pendant que la lutte sera engagée dans le nord. Pour empêcher l’exécution de ce plan il faut être toujours en mésure de se porter en avant et ménacer de marcher sur Lisbonne ou de conquerir le Portugal. En même tems il faut conserver des communications aussi sûres que faciles avec la France pour être promptement instruits de tout ce qui s’y passe, et le seul moyen d’y parvenir est d’employer le tems ou les Anglais sont dans l’inaction pour pacifier la Biscaye et la Navarre comme j’ai eu soin de le faire connaître à V. M. dans mes précédentes. La sollicitude de l’empereur pour les affaires d’Espagne lui ayant fait réitérer à plusieurs reprises et reproduire sous toutes les formes ses intentions à cet égard je ne puis achever mieux de les remplir qu’en récapitulant les idées principales que j’ai eu l’ordre de faire connaître à V. M. Occuper Valladolid et Salamanque, employer avec la plus grande activité possible tous les moyens de pacifier la Navarre et l’Aragon, maintenir des communications très rapides et très sûres avec la France, rester toujours en mésure de prendre l’offensive au besoin, voilà ce que l’empereur me prescrit de faire considérer à V. M. comme instruction générale pour toute la campagne et qui doit faire la base de ses operations. J’ai à peine besoin d’ajouter que si les armées Françaises en Espagne restaient oisives et laissaient les Anglais maîtres de faire des expeditions sur nos côtes, la tranquillité de la France serait compromise et la décadence de nos affaires en Espagne en serait l’infaillible résultat, Je suis avec respect,

Sire, de votre majesté,
le très humble et très obéïssant serviteur
Le Ministre de la Guerre,
Duc de Feltre.