Notes

[1]: Un contemporain de Madame Élisabeth, un témoin oculaire de ses vertus, l'abbé Proyart, qui, dans les plus mauvais jours de la Révolution, s'était retiré à Bruxelles, eut le sentiment de la haute mission réservée par la Providence à Madame Élisabeth. En lui adressant la Vie de Madame Louise de France, la pieuse carmélite, livre qui allait chercher la pieuse captive dans la tour du Temple après la mort du Roi et de la Reine, il lui écrivait la lettre suivante, où éclatent d'une manière vraiment sublime le respect, l'admiration, la vénération sans égale qu'inspirait Madame Élisabeth au plus vertueux de ses contemporains.

«À Madame Élisabeth, sœur de Louis XVI.

»Madame,

»Un ordre de la Providence, dont vous nous apprenez si bien à adorer les justes rigueurs, ne me permet pas de m'honorer de votre agrément en vous faisant hommage de la vie de Madame Louise. Mais tout me répond, Madame, de l'accueil que recevra l'ouvrage, quelle que soit la main officieuse qui se charge de l'introduire dans la solitude que vous habitez. L'histoire d'une princesse chrétienne de la France, d'une âme courageuse qui étonna son siècle par la générosité de son sacrifice, et qui, déjà connue dans le monde par l'éclat de ses vertus, devint plus célèbre encore dans la demeure obscure où l'esprit de Dieu l'avait conduite, voilà, Madame, ce qui prête des rapprochements qui, pour échapper aux yeux de la piété modeste, n'en seront pas moins saisis avec l'intérêt le plus touchant par tous les cœurs français. Vivez donc, ange de la France, digne émule de l'ange du Carmel, vivez. Vivez pour vous, vivez pour la patrie; vivez pour les têtes précieuses que le bon Louis vous recommandait en mourant. Remplissez la tâche glorieuse que le Ciel vous impose, de perpétuer les vertus héroïques dans la maison de saint Louis.

»Je suis avec le plus profond respect,
»De Madame Élisabeth
»Le très-humble et très-obéissant serviteur.

»L'abbé Proyart.»

[2]: La substitution de Loizerolles père à son fils n'est restée un doute pour personne; Fouquier, dans son procès, fut obligé d'en convenir, et il rejeta la faute sur son substitut Lieudon.

«La déclaration de Loizerolles fils sur le dévouement de son père, rapporte M. Berriat-Saint-Prix, fut extrêmement touchante. Longtemps il avait ignoré ce sublime sacrifice. Mis en liberté avec sa mère le 6 brumaire an III (27 octobre 1794), quelques jours après, il l'apprit d'un ancien curé de Champigny, le sieur Pranville, d'abord enfermé à Saint-Lazare, puis à la Conciergerie, et que le 9 thermidor avait sauvé. «Embrassez-moi, dit Pranville au fils Loizerolles, nous sommes deux malheureux échappés du naufrage. Savez-vous qui vous a sauvé la vie? C'est votre père, et voici ses dernières paroles: Ces gens-là sont si bêtes, ils vont si vite en besogne, qu'ils n'ont pas le temps de regarder derrière eux. Il ne leur faut que des têtes; peu leur importe lesquelles, pourvu qu'ils aient leur nombre; au surplus, je ne fais pas de tort à mon fils, tout le bien est à sa mère. Si, au milieu de ces orages, il arrive un jour serein, mon fils est jeune, il en profitera; je persiste dans ma résolution.»

»Loizerolles fils avait peine à comprendre un pareil dévouement. Le lendemain il en eut la preuve. Traversant le pont de l'Hôtel-Dieu, il vit son arrêt de mort affiché parmi plusieurs autres; cet extrait était conforme au jugement du tribunal; le père condamné, c'était le fils qui était resté dans cet acte. Avec la permission d'une patrouille, Loizerolles arracha ce papier, et ce fut la première pièce qui motiva sa pétition et celle de sa mère, qui furent accueillies par la Convention. Devant le tribunal, la déposition de Loizerolles fut si intéressante, si pathétique, que l'auditoire fondit en larmes, et que le président se hâta de fermer le débat sur ce douloureux incident.»

(La Justice révolutionnaire. Paris, Cosse et Marchal, place Dauphine, 1861, page 125.)

On sait aussi que Sallier père, président à la cour des aides, fut condamné par erreur à la place de son fils, conseiller au parlement de Paris, alors absent depuis deux ans. Une autre fois, ce fut un fils qui fut immolé à la place de son père. M. et madame de Saint-Pern figuraient bien sur la liste d'accusation sous la désignation de Saint-Pern et sa femme, ex-marquis et ex-nobles, gendre et fille de Magon de la Balue. Néanmoins, leur fils, encore presque enfant (il avait dix-sept ans), fut, par ordre de Fouquier, extrait de la prison, placé parmi les accusés déjà sur les bancs, et condamné le jour même, sans avoir reçu d'acte d'accusation.

[3]: Ce trait de tendresse paternelle est rapporté dans les Mémoires de Lombard, de Langres (tome Ier, page 120. Ladvocat, 1823). Non-seulement il n'a pas été contesté, mais la Convention, qui en fut instruite, craignit que cet acte d'héroïsme ne trouvât des imitateurs, et, par un décret du 29 brumaire, prononça la confiscation contre tout prévenu qui se donnerait la mort.

[4]: M. Davaux, ancien lieutenant général du présidial de Riom, avait été arrêté dans cette ville, et devait être transféré à la Conciergerie. Sachant le péril qui le menace, madame Davaux, qui n'a contre elle aucun mandat d'amener, s'élance sur la voiture qui le conduit à Paris avec d'autres prisonniers des départements. À leur arrivée, elle obtient d'être enfermée avec eux, et elle partage le sort de son époux.

[5]: «Victoire Regnier, femme Lavergne, âgée d'environ vingt-six ans, dit le Dictionnaire des condamnés à mort pendant la Révolution, condamnée à mort le 11 germinal an II (31 mars 1794) par le tribunal révolutionnaire de Paris comme contre-révolutionnaire, ayant crié Vive le Roi! dans l'une des salles qui précèdent celle de l'audience du tribunal où elle venait d'assister au jugement de mort rendu contre son mari, et afin de terminer ses jours avec lui.» (L. Prudhomme, t. II, p. 316.)

[6]: Veuve de Camille Desmoulins, âgée de vingt-trois ans, née et domiciliée à Paris, «condamnée à mort le 24 germinal an II (13 avril 1794) par le tribunal révolutionnaire de Paris, comme convaincue d'être auteur ou complice d'une conspiration tendant à troubler l'État par une guerre civile, dissoudre la représentation nationale, assassiner ses membres, détruire le gouvernement républicain, s'emparer de la souveraineté du peuple et rétablir la monarchie.»

[7]: On sait que Robespierre lui-même, redoutant l'effet que produirait la condamnation de Madame Élisabeth, s'y était vivement opposé. Le soir même de l'exécution, passant avec Barère devant la boutique de Maret, libraire au Palais-Royal, il y entra, comme il faisait souvent, et tout en feuilletant quelques brochures nouvelles, il demanda ce qu'on disait dans le public. Maret, connu par sa bonhomie et sa franchise, lui répondit: «On murmure; on crie contre vous; on demande ce que vous avait fait Madame Élisabeth, quels étaient ses crimes, pourquoi vous avez envoyé à l'échafaud cette innocente et vertueuse personne?—Eh bien, dit Robespierre en s'adressant à Barère, vous l'entendez, c'est toujours moi..... Je vous atteste, mon cher Maret, que loin d'être l'auteur de la mort de Madame Élisabeth, j'ai voulu la sauver; c'est ce scélérat de Collot d'Herbois qui me l'a arrachée.»

Déjà dans la séance du 1er frimaire (21 novembre 1793), aux Jacobins, Robespierre avait fait rejeter une proposition d'Hébert tendant à faire juger la race de Capet. Le mois précédent, le 7 brumaire (28 octobre 1793), ce même Hébert avait demandé, en pressant le jugement des Girondins, que l'on traduisît aussi Madame Élisabeth au tribunal. «On jugea Capet et sa femme, s'écria-t-il, et leurs nombreux complices restent impunis. J'ai vu sur la sœur de Capet des traits qui peignent sans réplique cette femme atroce; c'est elle qui accompagna son frère à la revue des assassins du peuple, dans sa fuite et dans toutes ses démarches contre-révolutionnaires; qui lui en souffla un grand nombre; on sait qu'elle se défit de ses diamants pour les envoyer à l'homme qui avait provoqué sur nous le fer et le feu; il est mille traits d'elle qui devraient déjà l'avoir conduite à l'échafaud; on n'en parle pas non plus, et sans doute on veut ainsi la soustraire à la justice, à la vengeance du peuple.»

(Moniteur du 10 brumaire an II [31 octobre 1793], p. 162.)

[8]: Soirées de Saint-Pétersbourg, Lyon, Pélagaud, Jesne et Crozet, grande rue Mercière, 36. Tome II, p. 146 et 147, IXe entretien.

[9]: «Jeudi 9 février 1747, jour du mariage de M. le Dauphin, le corps de ville de Paris a donné pour fête au peuple de Paris cinq chars peints et dorés qui, depuis dix heures du matin jusqu'au soir, ont fait le tour des différents quartiers de Paris.

«Le premier représentoit le dieu Mars avec des guerriers; le second étoit rempli de musiciens; le tr. (sic) représentoit un vaisseau, qui sont les armes de la ville; le quatrièm., Bacchus sur un tonneau; et le cinquième, la déesse Cérès. Ils étoient tous attelés de huit chevaux assez bien ornés, avec des gens à pied qui les conduisoient. Tous les habillements, dans chaque char, étoient de différentes couleurs, et en galons d'or ou d'argent. Le tout faisoit un coup d'œil assez réjouissant et assez magnifique, quoique tout en clinquant; mais les figures dans les chars étoient très-mal exécutées. Dans certaines places, ceux qui étoient dans les chars jetoient au peuple des morceaux de cervelas, du pain, des biscuits et des oranges. Il y avoit dans ces places des tonneaux de vin pour le peuple, et le soir toute la ville a été illuminée.» (E. J. F. Barbier, Journal hist. du règne de Louis XV, t. III, p. 5.)

[10]: E. J. F. Barbier, Journal hist. du règne de Louis XV, Paris, 1851, in-8o, t. III, p. 398.

[11]: Mandement de l'évêque de Valence (Alexandre Milon), 29 sept. 1752.

[12]: T. III, p. 399.

[13]: Piganiol de la Force, Description de Versailles.

[14]: Morte à Versailles le 10 février 1752, portée à Saint-Denis le 16 et inhumée le 24.

[15]: Voir à la fin du volume les lettres du Dauphin et de la Dauphine adressées à madame de Chambors, no [I].

[16]: Vie du Dauphin, d'après l'abbé Proyart et le Père Griffet, par Henri de l'Épinois, p. 121.

[17]: Louis-François-Gabriel d'Orléans de la Motte, né à Carpentras en 1683, sacré évêque d'Amiens le 4 juillet 1734, mourut en son diocèse, dans sa quatre-vingt-douzième année.

[18]: «Madame la maréchale de Duras et autres dames ont été la chercher. Elles ont trouvé en chemin un détachement de la Maison, et le 24 du mois, le Roi et M. le Dauphin ont été au-devant d'elle la recevoir à l'étang du Plessis-Piquet; de là, ils l'ont conduite à Versailles.» (Barbier, Journal du règne de Louis XV, t. III, p. 32, in-8o, 1851.)

[19]: «Le Roi les a embrassées l'une et l'autre, pendant un quart d'heure même, en pleurant comme un bon père de famille, bourgeois de Paris.» (Id., ibid., t. III, p. 176.)

[20]: Idem, ibid., t. III, p. 32.

[21]: Journal de Barbier, t. III, p. 180.

[22]: Cerutti, qui avait eu la gloire de voir un de ses ouvrages attribué à J. J. Rousseau, et la satisfaction de voir son Apologie de l'Institut des Jésuites obtenir le suffrage particulier du Dauphin, raconte qu'à l'époque où il entreprit ce dernier ouvrage, il avait eu avec ce prince «une conversation où son auguste interlocuteur, mettant à l'écart les petits intérêts monastiques, lui développa des vues dignes de l'héritier d'un grand royaume.»

[23]: C'est ce qui résulterait d'un document publié par Soulavie dans ses Mémoires historiques et politiques du règne de Louis XVI, tome I, page 295:

«Opinion et témoignage du maréchal de Richelieu consigné dans une note de lui, remise à Mirabeau, auteur de l'ouvrage intitulé Mémoires du duc d'Aiguillon, sur la mort de M. le Dauphin, père de Louis XVI.

»M. le Dauphin, ce digne prince, si peu connu pendant trente-cinq ans de sa vie, et qui aurait tant mérité de l'être; cet excellent fils, si bon père, avait vécu fort retiré dans les temps des troubles causés par l'empire des maîtresses, empire qu'il blâmait en silence, mais que son respect pour son roi ne lui permettait pas d'examiner.

»Depuis la mort de madame de Pompadour, voyant son père entièrement livré à ses enfants, et passant sa vie avec eux, il avait cru pouvoir développer davantage les sentiments dont son cœur était rempli.

»Le camp de Compiègne parut lui donner une nouvelle existence. Ce prince, aussi affable que vertueux, visitait les soldats, les secourait, leur présentait sa femme, les appelait mes camarades et mes amis, et causait parmi eux une ivresse universelle qui allait jusqu'au délire.

»Mais comme ce n'était ni l'intention ni l'intérêt du ministre prépondérant que le crédit de M. le Dauphin augmentât à un tel point que le Roi ne pût lui refuser le degré de confiance qu'il méritait, c'est-à-dire sa confiance tout entière, M. de Choiseul ne fut pas longtemps à se débarrasser d'un tel concurrent. On sait quelle fut la maladie et la mort du meilleur des princes. Vingt fois il m'a dit qu'il savait bien ce qui la lui causait, les profonds calculs de son ennemi M. le duc de Choiseul. Mais il est inutile de s'appesantir ici sur des détails qui ne doivent point entrer dans le sujet que je traite.»

Soulavie dit ailleurs: «Plusieurs mémoires, des notes et des billets que Louis XVI avait réunis et cachetés de son petit sceau, accusent de ce forfait le duc de Choiseul. Le duc de la Vauguyon, ennemi particulier de ce ministre, placé par le Dauphin à la tête de l'éducation des Enfants de France et de celle de leur aîné le duc de Berry, ne cessa de l'attribuer au duc de Choiseul, etc.» (T. I, p. 42.)

[24]: Nous avons recherché ce document intéressant et peu connu, que le lecteur trouvera à la fin du volume, no II.

[25]: Soulavie prétend que «le gouverneur des Enfants de France (le duc de la Vauguyon) ne cessa d'entretenir dans la suite l'aîné des princes (Louis XVI) de cette opinion. «Il ne cessa, ajoute-t-il, de travailler son imagination tendre, timide et faible, et parvint à aliéner le duc de Choiseul de l'esprit de son élève, et à persuader au jeune prince que le même valet avait accéléré la mort de son père, et peu de temps après celle de sa mère. Le Roi ne put jamais dans la suite effacer cette impression.» (Mémoires historiques et politiques, t. I, p. 43.)

[26]: Le 15 prairial an II (3 juin 1794), une députation de la commune de Sens annonça à la Convention nationale que «les corps des père et mère de Louis XVI avaient été exhumes du temple où ils avaient été déposés, et rappelés, après leur mort, à une égalité qu'ils n'avaient pu connaître pendant leur vie.»

[27]: Nous avons connu un vieillard (M. Lherbette, ancien notaire à Paris et père du député de l'Aisne sous Louis-Philippe) qui, couché pendant des heures sous un tas de personnes estropiées, mutilées ou mortes, avait gardé de ce souvenir une telle impression, qu'il ne pouvait plus supporter une position horizontale; et depuis le 30 mai 1770 jusqu'au 8 octobre 1836, où il mourut à quatre-vingt-six ans, il ne s'est jamais reposé autrement que dans un fauteuil.

[28]: Voir aux pièces justificatives le discours du prélat et le Mémoire de la noblesse, no [III].

[29]: Voir la réponse du Roi à la fin du volume, no [IV].

[30]: Monsieur, comte de Provence, le 14 mai 1771, et le comte d'Artois, le 16 novembre 1773.

[31]: Le 5 avril 1769.

[32]: Le 24 avril 1770.

[33]: M. de Maupeou écrivait le «5 mars 1772» à M. de Sivry, Pr de la C. S. de Nancy:

«Monsieur, au mois d'octobre dernier vous me promîtes, à Fontainebleau, de m'envoyer des mémoires contenant les moyens d'empêcher l'impression et la distribution des mauvais livres dans la Lorraine et dans les Trois-Évêchés. Je ne vous laissai pas ignorer pour lors combien le Roi étoit occupé de cet objet; cependant je n'ai point encore reçu de vos nouvelles à ce sujet. Vous voudrez bien ne pas différer plus longtemps de me mettre à portée d'en rendre compte à Sa Majesté.

»Je suis, Monsieur, votre affectionné serviteur,

»de Maupeou.»

[34]: On appelait ainsi autrefois un cadet apanagé. Le duc d'Orléans était juveigneur de la maison de France.

[35]: Mort en 1802. C'était l'oncle du prince archichancelier de l'empire et du cardinal-archevêque de Rouen.

[36]: Jean-Baptiste-Charles-Marie de Beauvais, évêque de Sénez, démissionnaire en 1783, nommé en 1789 député de la vicomté de Paris aux états généraux, mort le 4 avril 1790.

[37]: Souvenirs de Félicie.

[38]: Histoire de France, an XIII (1805), t. XIII, p. 196 à 203.

[39]: La plupart des princes de l'Europe avaient une respectueuse sympathie pour Louis XV. Informée de la mort de ce monarque, Marie-Thérèse écrivait de Luxembourg, le 18 mai 1774, à la jeune Reine de France: «Je regretterai toute ma vie ce prince et cet ami, votre bon et tendre beau-père. J'admire en même temps la grâce de Dieu d'avoir donné le moment au Roi de recourir à sa divine miséricorde, et les paroles du grand aumônier prononcées de la part du Roi ne peuvent se lire sans fondre en larmes et espérer son salut. Nous avons d'abord interdit tout spectacle ici; nous ne verrons personne avant le 24, où on mettra le grand deuil, et je le porterai tout le reste de mes jours. Je ne vous fais point de compliments sur votre dignité, qui est achetée bien chèrement, mais qui le deviendra encore plus si vous ne pouvez mener la même vie tranquille et innocente que vous avez menée pendant ces trois années, par les bontés et complaisances du bon père, et qui vous a attiré l'approbation et l'amour de vos peuples, grand avantage pour votre situation présente; mais il faut la savoir conserver et l'employer au bien du Roi et de l'État. Vous êtes tous deux bien jeunes, le fardeau est grand; j'en suis en peine et vraiment en peine. Sans que votre adorable père dans le cas pareil m'auroit soutenue, jamais je n'aurois pu en sortir, et j'étois plus âgée que vous deux. Tout ce que je puis vous souhaiter, c'est que vous ne précipitiez rien: voyez par vos propres yeux, ne changez rien, laissez tout continuer de même; le chaos et les intrigues deviendroient insurmontables, et vous seriez, mes chers enfants, si troublés que vous ne pourriez vous en tirer. Je puis vous en parler d'expérience. Quel autre intérêt pourrois-je avoir de vous conseiller d'écouter surtout les conseils de Mercy? Il connoît la cour et la ville; il est prudent et vous est entièrement attaché. Dans ce moment-ci regardez-le autant comme un ministre de vous que le mien, quoique cela combine très-bien. L'intérêt de nos deux États exige que nous nous tenions aussi étroitement liés d'intérêt comme de famille. Votre gloire, votre bien-être m'est autant à cœur que le nôtre. Ces malheureux temps de jalousie n'existent plus entre nos États et intérêts; mais notre sainte religion, le bien de nos États exigent que nous restions unis de cœur et d'intérêt, et que le monde soit convaincu de la solidité de ce lien.... Mes vieux jours ne peuvent couler tranquillement qu'en vous voyant tous deux, mes chers enfants, heureux. J'en prie et ferai prier instamment à ce sujet. En vous donnant ma bénédiction, je suis toujours......»

[40]: Gazette de France du lundi 16 mai 1774.

[41]: Voir la note [V] à la fin du volume.

[42]: Marie de Rohan-Soubise, née en 1721, seule fille du prince de Soubise, mariée en juin 1736 à Gaston-Jean-Baptiste-Charles de Lorraine, comte de Marsan, brigadier des armées du Roi, né comme elle en 1721, et mort à Strasbourg en 1743 (1er mai), dans sa vingt-troisième année.

[43]: Éloge historique de Madame Élisabeth, p. 15 et 16.

[44]: L'abbé de Montégut est mort à Chartres en 1794.

[45]: Mémoires de Madame Campan, t. I, p. 104.

[46]: Maria-Theresia und Marie-Antoinette, publié par Alfred von Arneth, 1 vol. in-8o, Vienne et Paris.

[47]: Déjà l'année précédente, quelques jours après son entrée à Paris, le 8 juin 1773, avec M. le Dauphin, Marie-Antoinette mandait à l'Impératrice, sa mère:

«Je n'oublierai de ma vie la fête que nous avons eue mardi: nous avons fait notre entrée à Paris. Pour les honneurs, nous avons reçu tous ceux qu'on a pu imaginer; mais tout cela, quoique fort bien, n'est pas ce qui m'a touchée le plus, mais c'est la tendresse et l'empressement de ce pauvre peuple, qui, malgré les impôts dont il est accablé, étoit transporté de joie de nous voir. Lorsque nous avons été nous promener aux Tuileries, il y avoit une si grande foule que nous avons été trois quarts d'heure sans pouvoir ni avancer ni reculer. M. le Dauphin et moi avons recommandé plusieurs fois aux gardes de ne frapper personne, ce qui a fait bon effet. Il y a eu si bon ordre dans cette journée que, malgré le monde énorme, il n'y a eu personne blessé. Au retour de la promenade, nous sommes montés sur une terrasse découverte et y sommes restés une demi-heure. Je ne puis vous dire, ma chère maman, les transports de joie, d'affection qu'on a témoignés dans ce moment. Avant de nous retirer, nous avons salué avec la main le peuple. Qu'on est heureux de gagner son amitié à si bon marché! Il n'y a pourtant rien de si précieux; je l'ai bien senti et je ne l'oublierai jamais.» (Lettre de Versailles, le 14 juin 1773.)

[48]: Idem, ibid. Lettre du 14 juin 1774.

[49]: Gazette de France du lundi 23 mai 1774.

[50]: Madame Campan.

[51]: Aujourd'hui Vauréal.

[52]: Ces lettres, adressées à la Reine, n'imputaient pas ce malheur à la malveillance. Et pourtant la duchesse de Weimar avait été la première à s'apercevoir de l'incendie, arrivé en plein midi, et elle n'avait eu que le temps de se sauver. Le palais, entouré de fossés et composé de deux ailes unies par un centre commun, n'était abordable que d'un côté et par un seul pont. Les difficultés de secours étaient grandes. Le feu ayant pris à une extrémité du château, on transporta dans l'autre les meubles et les objets précieux; mais l'incendie courut presque aussi vite, le service des pompes ne put se faire avec promptitude, et rien n'échappa à la fureur des flammes. Une caisse renfermant quatre-vingt mille thalers fut perdue, ainsi qu'une vaisselle de deux cent quarante couverts et un mobilier immense; mais des pertes bien autrement irréparables furent à regretter: une galerie de tableaux précieux, une bibliothèque de livres rares, et les archives de la maison de Saxe, qui contenaient les titres originaux de quelques pactes et conventions entre la branche Électorale et la ligne Ernestine. Ce ne fut pas tout: le feu fit des progrès si violents qu'il pénétra jusque dans les caveaux où reposaient les restes des princes de Saxe-Weimar et détruisit tout ce qui s'y trouvait.

[53]: Voici cet acte:

«Assis sur le trône où il a plu à Dieu de nous élever, nous espérons que sa bonté soutiendra notre jeunesse et nous guidera dans les moyens qui pourront rendre nos peuples heureux; c'est notre premier désir. Et connoissant que cette félicité dépend principalement d'une sage administration des finances, parce que c'est elle qui détermine un des rapports les plus essentiels entre le souverain et ses sujets, c'est vers cette administration que se tourneront nos premiers soins et notre première étude. Nous étant fait rendre compte de l'état actuel des recettes et des dépenses, nous avons vu avec plaisir qu'il y avoit des fonds certains pour le payement exact des arrérages et intérêts promis et des remboursements annoncés; et considérant ces engagements comme une dette de l'État, et les créances qui les représentent comme une propriété au rang de toutes celles qui sont confiées à notre protection, nous croyons de notre premier devoir d'en assurer le payement exact. Après avoir ainsi pourvu à la sûreté des créanciers de l'État et consacré les principes de justice qui feront la base de notre règne, nous devons nous occuper de soulager nos peuples du poids des impositions, mais nous ne pouvons y parvenir que par l'ordre et l'économie. Les fruits qui doivent en résulter ne sont pas l'ouvrage d'un moment, et nous aimons mieux jouir plus tard de la satisfaction de nos sujets que de les éblouir par des soulagements dont nous n'aurions pas assuré la stabilité. Il est des dépenses nécessaires qu'il faut concilier avec l'ordre et la sûreté de nos États; il en est qui dérivent de libéralités, susceptibles peut-être de modération, mais qui ont acquis des droits dans l'ordre de la justice par une longue possession, et qui dès lors ne présentent que des économies graduelles. Il est enfin des dépenses qui tiennent à notre personne et au faste de notre cour; sur celles-là nous pourrons suivre plus promptement les mouvements de notre cœur, et nous nous occupons déjà des moyens de les réduire à des bornes convenables. De tels sacrifices ne nous coûteront rien dès qu'ils pourront tourner au soulagement de nos sujets; leur bonheur fera notre gloire, et le bien que nous pourrons leur faire sera la plus douce récompense de nos soins et de nos travaux. Voulant que cet édit, le premier émané de notre autorité, porte l'empreinte de ces dispositions et soit comme le gage de nos intentions, nous nous proposons de dispenser nos sujets du droit qui nous est dû à cause de notre avénement à la couronne. C'est assez pour eux d'avoir à regretter un Roi plein de bonté, éclairé par l'expérience d'un long règne, respecté dans l'Europe par sa modération, son amour pour la paix et sa fidélité dans les traités.»

[54]: Voir, note [VI], le discours de Gresset in extenso à la fin du volume.

[55]: Voir la note [VII] à la fin du volume.

[56]: Le 12, Soufflot, contrôleur général des bâtiments de la couronne, chargé depuis 1757 de la construction de la nouvelle église de Sainte-Geneviève, vient mettre sous les yeux de la cour les dessins et les modèles de ce gigantesque monument, exposés dans un pavillon des jardins de ce château. Le Roi et la Reine en examinent avec attention tous les détails et en témoignent leur satisfaction à l'auteur: «Monsieur, lui dit la Reine, Paris était jaloux de l'Hôtel-Dieu de Lyon[56-B]; mais les choses vont reprendre leur place, et Lyon redevenir jaloux de Paris.»

Le 16, un autre objet excita aussi la curiosité et l'intérêt de Leurs Majestés: c'était le grand télescope catoptrique qu'elles allèrent voir dans l'hôtel du cabinet de physique et d'optique du Roi. Le mécanisme et le mérite de cet instrument, et de tous ceux qui faisaient partie de cette précieuse collection, leur furent expliqués par le savant Dom Noël, qui en connaissait tous les secrets.

Le journal qui donne ces détails ajoute:

«La matière variolique a été prise d'un enfant de deux ans, dont la petite vérole étoit discrète et de la meilleure espèce. La santé de l'enfant, ainsi que celle du père et de la mère, a été constatée avec le plus grand soin par l'examen des médecins et par les informations les plus exactes du magistrat. Il en a été dressé un procès-verbal[56-C]

Pendant tout le reste du mois, les gazettes entretiennent journellement le public de toutes les phases de l'inoculation.

Bulletin du Roi: «L'éruption est au second jour. Il y a très-peu de boutons, mais ils sont bien caractérisés,» etc.

Bulletin de Monsieur: «L'éruption est commencée.»

Bulletin de Mgr le comte d'Artois: «L'éruption continue...»

Bulletin de Madame la comtesse d'Artois: «La fièvre est diminuée; l'éruption commence.»

Le lendemain, les bulletins disent: «Les boutons suppurent;» puis plus tard: «les boutons se dessèchent.»

Ce traitement nouveau alors occupait tellement l'attention, que de pareils détails, par l'effroi qu'ils inspiraient, se sauvèrent de l'étrange et du ridicule. Le peuple était si convaincu des dangers de la vaccine, qu'il ne fallait rien moins que l'exemple de la famille royale pour l'amener à accepter cette innovation. Des vœux se faisaient de toutes parts pour que la santé du Roi ne fût point compromise par cette épreuve. Madame de Parabère, abbesse de Notre-Dame-lez-Saintes, prenait l'engagement de «recevoir gratis, dès que le Roi seroit rétabli, deux demoiselles de condition, d'en élever deux autres et de nourrir et entretenir deux pauvres jusqu'à ce qu'ils eussent appris un métier[56-D].» Madame de Quélen, prieure du monastère royal de Poissy, fondait à perpétuité une messe solennelle pour la conservation des jours précieux de Leurs Majestés et de la famille royale[56-E]. Marie-Thérèse écrivait à Marie-Antoinette, de Schönbrunn, le 1er juin 1774: «Je ne vous dis rien d'ici; ma tête n'est remplie, autant que mon cœur, que d'inoculation. J'ai recours aux pauvres qui prient Dieu bien instamment chez les bons Capucins et au couvent de la Reine, où je compte bien tenir un Te Deum, si le bon Dieu nous accorde le rétablissement unseres werthen Königs; quelque peu d'allemand, pour que vous ne l'oubliiez. Je vous embrasse.»

Dès que l'Impératrice-reine apprit le succès de l'inoculation de Sa Majesté Très-Chrétienne, elle se rendit à l'église des Religieuses Clarisses de Vienne et y assista à un office solennel, qu'elle fit célébrer en action de grâces.

On écrivait de Vienne, le 13 juillet: «Sa Majesté Impériale a choisi cette église parce qu'elle a été fondée par Élisabeth d'Autriche, reine de France, qui avoit épousé Charles IX, et qui se retira à Vienne après la mort de ce monarque. Cette princesse, qui ne parut qu'un instant à la cour de France, s'y étoit concilié tous les cœurs. On disoit d'elle alors ce que les historiens de nos jours pourront attester à la postérité, en parlant d'une princesse de la même maison qui fait le bonheur et l'admiration de la France, que dans la plus grande jeunesse elle avoit toutes les vertus de l'ancien temps: Prisci moris vel juvenili ætate femina.»

[56-B]: Ouvrage qui avait mis le sceau à la réputation de Soufflot.

[56-C]: Gazette de France du lundi 20 juin 1774.

[56-D]: Gazette de France, no 57, lundi 18 juillet 1774.

[56-E]: Gazette de France, no 64, vendredi 12 août 1774.

[57]: Correspondance de Marie-Thérèse et de Marie-Antoinette, 1770—1780, publiée par M. Alfred d'Arneth, Paris et Vienne, 1865.

[58]: Numéro du vendredi 22 juillet 1774.

[59]: Peu de jours après, il pria le Roi de le dispenser de retourner à Vienne, où il était moins estimé encore qu'à Versailles. Le baron de Breteuil le remplaça comme ambassadeur extraordinaire à la cour d'Autriche.

[60]: On trouvera à la fin du volume, no VIII, le récit officiel de cette cérémonie, la dernière de ce genre dans les annales du dix-huitième siècle. On y trouvera aussi la description du mausolée érigé en l'abbaye de Saint-Denis pour les obsèques du feu Roi.

[61]: Il fut nommé, le 15 avril 1784, électeur archevêque de Cologne et évêque prince de Munster. Il était grand maître de l'ordre Teutonique.

[62]: Le même jour et à la même heure, même déclaration était faite par le roi de Sardaigne. Une lettre, datée de Turin le 15 février, contenait ce qui suit:

«Dimanche 12 de ce mois, le Roi déclara à la cour le mariage arrêté entre le prince de Piémont, son fils, et Madame Clotilde de France. Le maître des cérémonies avoit invité, la veille, les ministres étrangers à se rendre le lendemain à onze heures et demie du matin dans la grande salle des audiences. Dès qu'ils y furent arrivés, il les conduisit à celle de Sa Majesté, auprès de laquelle ils trouvèrent les princes de la famille royale et les princes du sang. Les chevaliers de l'Annonciade, les ministres d'État et toutes les personnes qui par leurs charges ont les entrées de la chambre, y furent aussi appelés. Le Roi, après leur avoir annoncé dans les termes les plus touchants un événement si cher à son cœur, passa dans l'appartement de la Reine, pour se rendre ensuite à la messe, et notifia de même ce mariage aux chefs du sénat et du corps municipal, ainsi qu'au reste de la noblesse, qui s'étoit rassemblée en foule dans les antichambres. Le lundi 13, le Roi, la Reine et le prince de Piémont reçurent successivement les compliments des ministres étrangers, qui furent conduits à ces audiences par le maître des cérémonies. L'ambassadeur de France porta la parole. Le prince de Piémont reçut dans l'après-midi les compliments de toute la noblesse. Ces deux jours et le jour suivant, il y a eu grand gala à la cour. La ville et le théâtre ont été illuminés, et les représentations de l'opéra terminées par des chants analogues à cette heureuse circonstance. Les chiffres de la maison de Savoye et de la maison de France, ceux du prince de Piémont et de Madame Clotilde brilloient partout dans des décorations superbes. Des feux d'artifice ont encore ajouté à l'éclat de ces fêtes. Tous les spectateurs se sont empressés de marquer par des applaudissements multipliés combien ils partageoient la joie de leurs maîtres, qui, de leur côté, ont daigné y répondre par les témoignages de la plus vive sensibilité. Il y a ce soir bal à la cour.»

[63]: On trouvera ce discours parmi les documents placés à la fin du volume.

[64]: Correspondance de Marie-Thérèse et de Marie-Antoinette, publiée par M. Alfred d'Arneth. Paris et Vienne, 1865.

[65]: Gazette de France.

[66]: Rue du Cherche-Midi, au coin de la rue du Regard, à Paris.

[67]: Il ne peut être question ici de Madame la comtesse d'Artois, accouchée deux jours auparavant d'un prince que le Roi nomma duc d'Angoulême.

[68]: «Le 23 août, le comte de Viry donna dans les salles du nouveau boulevard, près la barrière de Vaugirard, à l'occasion du mariage de Madame la princesse de Piémont, un souper de trois cents couverts auquel furent invités les ambassadeurs et ministres étrangers, les ministres et secrétaires d'État, les grands officiers de Leurs Majestés et ceux de la maison de Monsieur et de Mgr le comte d'Artois, les dames d'honneur et d'atour de Madame et de Madame la comtesse d'Artois, les seigneurs et dames de la cour, ainsi que les étrangers de distinction qui se trouvaient à Paris. Ce souper, accompagné d'un concert, fut de la plus grande magnificence.

»Le sieur de Sequeville, secrétaire ordinaire du Roi à la conduite des ambassadeurs, se rendit le lendemain 24 chez le comte de Viry pour la réception du corps de ville de Paris.

»À une heure, les gardes de la ville, le colonel et les autres officiers à leur tête, entrèrent tambour battant, au bruit des cimbales et trompettes, dans la cour de l'hôtel de l'ambassadeur, suivis du corps de ville.

»Les pages de Son Excellence, suivis de ses officiers, descendirent dans la cour et reçurent le prévôt des marchands et les échevins à sa descente de son carrosse; les huissiers de la ville, revêtus de leur robe, étant suivis du premier huissier et du colonel de la ville, portaient les présents.

»Le sieur de la Michodière, prévôt des marchands, précédé du sieur Taitbout, greffier en chef de la ville, et les échevins en robes de velours cramoisi, furent reçus et conduits vers l'ambassadeur par le sieur de Sequeville.

»Le comte de Viry ayant rempli vis-à-vis du prévôt des marchands et des échevins le cérémonial usité en pareil cas, on passa dans la pièce du dais, où le prévôt des marchands lui offrit le présent de la ville, qui consistoit en quatre douzaines de flambeaux de cire blanche musquée et quatre douzaines de boîtes de confitures, le tout noué de rubans de différentes couleurs et dans des corbeilles. Le comte de Viry reconduisit ensuite le prévôt des marchands et les échevins jusqu'à son perron, et rentra dans son appartement.»

[69]: On nommait ainsi le corps des conseillers municipaux.

[70]: Le père de Ducis était sujet du Roi de Sardaigne; aussi l'origine de François Ducis, ses talents, sa position près de Monsieur, aussi bien que son caractère, le recommandaient-ils à la sympathie de la cour de Sardaigne. Le 3 du même mois, il avait été présenté au Roi, au prince de Piémont, aux deux princesses de Savoie, sœurs de Sa Majesté, au duc et à la duchesse de Chablais, et leur avait fait hommage d'un poëme de sa composition sur le mariage de M. le prince de Piémont avec Madame Clotilde de France. Cet ouvrage avait attiré à l'auteur les compliments les plus chaleureux et les plus flatteurs.

[71]: Partis le 2 septembre de Versailles, Monsieur et Madame avaient suivi l'itinéraire de la princesse de Piémont, et étaient arrivés deux jours après elle à la cour de Savoie.

[72]: Louis XVI voulant aussi assurer à la nation la jouissance des chefs-d'œuvre qui ont illustré son école, chargea M. d'Angiviller d'acquérir les tableaux dont Le Sueur avait enrichi l'hôtel Lambert. Instruits des motifs qui avaient déterminé le Roi à cette acquisition, les RR. PP. Chartreux de Paris conçurent un grand acte d'abnégation et de dévouement: ils arrêtèrent dans une assemblée capitulaire de faire au Roi l'hommage des tableaux précieux qu'Eustache Le Sueur avait peints dans leur petit cloître. Le 25 juillet 1776, Dom Hilarion Robinet, prieur de cette maison, et Dom Félix de Nonan, procureur général de l'ordre, conduits par le comte d'Angiviller, furent reçus en audience par Sa Majesté, qu'ils supplièrent, au nom de leur communauté, de réunir cette suite de tableaux à sa magnifique collection. Le Roi, en acceptant cette offre, chargea ces députés d'exprimer à leur communauté la satisfaction que lui causaient le zèle de ces religieux aussi bien que leur amour pour le bien public. Le mois suivant, Louis XVI fit l'acquisition du cabinet des médailles rassemblées par les soins de M. Pellerin, ancien commissaire général de la marine. Cette collection, qui renfermait une grande quantité de médailles inconnues et propres à répandre un nouveau jour sur l'histoire ancienne, passait pour une des plus précieuses qui existassent, et fit du cabinet du Roi, déjà célèbre dans le monde savant, le dépôt le plus riche et le plus utile qu'on pût former pour le progrès des lettres.

[73]: J'ai conservé cette dénomination, qui est celle de l'époque. On dirait aujourd'hui: en toilette de ville.

[74]: Il y a en note: «Les mantilles sur les robes de chambre ne sont plus d'usage.»

[75]: Dans un renvoi à la marge, on lit:

«Ainsi que tous les hommes qui étoient dans la chambre; il n'y avoit que les dames d'assises.—M. de Penthièvre nomma madame d'Aubeterre à M. le comte de Falkenstein, M. d'Aubeterre l'ayant désiré. M. le comte de Falkenstein fit beaucoup de politesses à cette dame; il ne la salua point.»

[76]: Dans un renvoi à la marge, on lit:

«Madame la princesse de Conti s'est fait inscrire aussi une troisième fois à la porte de l'Empereur, chez M. de Mercy, la veille ou l'avant-veille de son départ, parce que Sa Majesté Impériale étoit revenue une troisième fois à la maison de madame la princesse de Conti, à Paris.»

[77]: Archives de l'Empire, K, 161, no 11.

[78]: Le lecteur ne lira pas sans intérêt la lettre politique que M. de Vergennes, ministre des affaires étrangères, écrivit au Roi en cette circonstance. Voir, à la fin du volume, Pièces justificatives, no [X].

[79]: Nous lisons dans une lettre de Marie-Antoinette, adressée le 5 mai 1778 à Marie-Thérèse: «Ma santé et mes espérances continuent toujours à être bonnes, et on les croit si sûres que l'on commence à nommer la maison d'Élisabeth, dont l'éducation ne pourroit se continuer avec celle de mes enfants.»

[80]: «On a remarqué une observation de Monsieur au baptême de Madame, fille du Roi. On sait que ce prince tenait l'enfant sur les fonts pour le roi d'Espagne. Le grand aumônier lui a demandé quel nom il voulait lui donner. Monsieur a répondu: «Mais ce n'est pas par où l'on commence; la première chose est de savoir quels sont les père et mère; c'est ce que prescrit le rituel.» Le prélat a répliqué que cette demande devait avoir lieu lorsqu'on ne connaissait pas d'où venait l'enfant, qu'ici ce n'était pas le cas, et que personne n'ignorait que Madame était née de la Reine et du Roi. Son Altesse Royale, non contente, s'est retournée vers le curé de Notre-Dame, présent à la cérémonie, a voulu son avis, lui a demandé si lui curé, plus au fait de baptiser que le cardinal, ne trouvait pas son objection juste. Le curé a répliqué avec beaucoup de respect qu'elle était vraie en général, mais que dans ce cas-ci il ne se serait pas conduit autrement que le grand aumônier: et les courtisans malins de rire. Tout ce qu'on peut inférer de là, c'est que Monsieur a beaucoup de goût pour les cérémonies de l'Église, est fort instruit de la liturgie, et se pique de connaissances en tout genre.»

[81]: «C'est elle-même qui s'y est décidée et l'a désiré.» (Lettre de la Reine à Marie-Thérèse, du 14 octobre 1779.)

[82]: Journal de Louis XVI.

[83]: Madame de Bombelles écrivait de Choisy:

«Madame Élisabeth a été inoculée en arrivant; elle a subi cette petite opération avec beaucoup de sang-froid: elle est charmée d'être pestiférée, et attend la petite vérole avec la plus grande impatience.» Et le 16 novembre suivant, Marie-Antoinette mandait de Versailles à l'Impératrice, sa mère: «Ma sœur Élisabeth est depuis un mois à Choisy pour son inoculation, qui a fort bien réussi. Elle reviendra ici le 23 de ce mois.» Voir, pour la marche de l'inoculation, la note [XI] à la fin du volume.

[84]: Le Martyrologe belgique, l'an de fer 1790, page 6.

[85]: Voici l'inscription que porte cette urne:

HAC THECA
TEGITUR COR AUGUSTUM
MARIÆ-THERESIÆ
ROM. IMPERAT. HUNG. ET BOHEM.
REG.
PIÆ, CLEMENTIS, JUSTÆ;
QUOD
DUM VIXIT, TOTUM CONSECRAVIT
DEO,
SUBDITIS,
SALUTI PUBLICÆ.
MIRE LIBERALIS IN EGENOS,
VIDUAS ET ORPHANOS;
IN ADVERSIS SUPRA SEXUM
MAGNANIMA.
NATA EST ANNO 1717, DIE 13 MAII,
OBIIT AN. 1780, DIE 20 NOVEMBRIS.

«Dans cette urne est renfermé le cœur auguste de Marie-Thérèse, Impératrice des Romains, Reine de Hongrie et de Bohême, pieuse, clémente et juste; lequel cœur, tant qu'elle vécut, elle consacra tout entier à Dieu, à ses sujets et au salut public. Sa libéralité s'étendit sur les pauvres, les veuves et les orphelins; sa grandeur d'âme dans l'adversité l'éleva au-dessus de son sexe. Née le 13 mai 1717, elle mourut le 29 novembre 1780.»

[86]: L'urne qui les renferme porte également une inscription latine. La voici:

HIC SITA SUNT
VISCERA
MARIÆ-THERESIÆ
ROM. IMPERAT. HUNG. ET BOHEMIÆ
REG.
ARCHID. AUST.
ERAT DONEC VIXIT
MATER REIPUBLICÆ,
SUBDITORUM AMOR,
STIRPIS SUÆ GLORIA
AUGUSTI THRONI FULCRUM
ET ORNAMENTUM.
NATA AN. 1717, DIE 13 MAII.
OBIT AN. 1780, DIE 29 NOVEMBRIS.

«Ici sont déposées les entrailles de Marie-Thérèse, Impératrice des Romains, Reine de Hongrie et de Bohême, archiduchesse d'Autriche. Elle était, tant qu'elle vécut, la mère de l'État, l'amour de ses sujets, la gloire de sa race, l'appui et l'ornement d'un trône auguste. Née en 1717, le 13 mai, elle est morte le 29 novembre 1780.»

[87]: Voir à la fin du volume, no [XII], la lettre de madame Washington.

[88]: Aïeul de ce général Lee qui commandait l'armée sudiste dans la dernière lutte entre le Sud et le Nord des États-Unis d'Amérique.

[89]: Nous avons sous les yeux une lettre de John Adams, plus tard président des États-Unis, et qui était, en 1778, à Passy avec Franklin. En remerciant M. le Ray de Chaumont de ses généreux procédés, il ajoute: «It is not reasonable that the United-States should be under so great obligation to a private gentleman, as that two of their representatives should occupy so elegant a seat with so much furnish, without any compensation.»

[90]: La lettre de Franklin était datée de Philadelphie, 3 juin 1789, et adressée au Président. On y lit la phrase suivante: «M. le Ray de Chaumont was the first in France, who gave us credit, and before the court showed us any countenance, trusted us with 2,000 barrils of gun powder,» etc.

[91]:

«Versailles, le 8 janvier 1778.

»Monsieur mon frère et oncle, le désir sincère que j'ai de maintenir la véritable harmonie, la concordance et l'unité de système qui doit toujours en imposer à nos ennemis, m'engage à exposer à Votre Majesté ma façon de penser sur la situation présente des affaires. L'Angleterre, notre ennemie commune et invétérée, est engagée depuis trois ans dans une guerre avec ses colonies d'Amérique; nous sommes convenus de concert de ne pas nous en mêler, et regardant toujours les deux partis sous le nom d'Anglois, nous avons rendu le commerce de nos États libre à celle qui y trouvoit le mieux son compte. De cette manière, l'Amérique s'est pourvue d'armes et de munitions, dont elle manquoit. Je ne parle pas des secours d'argent et autres que nous leur avons donnés, le tout étant passé sur le compte du commerce. L'Angleterre a pris de l'humeur de ces secours, et ne nous a pas laissé ignorer qu'elle s'en vengeroit tôt ou tard; elle a même déjà saisi indûment plusieurs de nos bâtiments de commerce dont nous sollicitons en vain la restitution. Nous n'avons pas perdu de temps de notre côté: nous avons fortifié nos colonies les plus exposées et mis sur un pied respectable nos marines, ce qui a contribué à augmenter la mauvaise humeur de l'Angleterre. C'étoit là où en étoient les affaires au mois de novembre dernier. La destruction de l'armée de Burgoyne et l'état très-resserré où est celle de Howe ont changé totalement leur face. L'Amérique est triomphante et l'Angleterre abattue, mais pourtant avec une grande force en marine qui est encore entière et avec l'espérance de s'allier utilement avec leurs colonies, l'impossibilité étant démontrée de les subjuguer par la force. Tous les partis en conviennent. Lord North lui-même a promis en plein parlement un plan de pacification pour la première session, et ils y travaillent fortement de tous côtés. Ainsi il nous est égal que ce ministère-ci soit en place ou un autre. Par des moyens différents ils s'unissent à s'allier avec l'Amérique, et n'oublient pas nos mauvais offices. Ils tomberont avec autant de force sur nous que si la guerre civile n'avoit pas existé. Cela posé, et les griefs que nous avons contre l'Angleterre étant notoires, après avoir pris l'avis de mon conseil, et notamment du marquis d'Ossun, j'ai pensé qu'il étoit juste et nécessaire, ayant avisé aux propositions que font les insurgents, de commencer à traiter avec eux pour empêcher leur réunion à la métropole. J'expose ma façon de penser à Votre Majesté. J'ai ordonné qu'on lui communiquât un mémoire où les raisons sont plus détaillées. Je désire bien vivement qu'elles ayent son approbation, connoissant le poids de son expérience et de sa droiture.

»Votre Majesté ne doute pas de la vive et sincère amitié avec laquelle je suis, Monsieur mon frère et oncle, etc.

»Louis.»

[92]: Le roi d'Espagne répondit:

«Monsieur mon frère et neveu, Votre Majesté a la complaisance de me confier, par sa lettre du 10 de ce mois, les motifs qui l'ont engagé à ordonner que son ambassadeur à Londres fît au plus tôt une déclaration solennelle sur le traité conclu avec les députés des colonies. Je suis bien sensible à cette nouvelle marque d'amitié dont Votre Majesté m'honore; s'agissant d'une déclaration prise non-seulement par Votre Majesté comme convenable à la dignité de sa couronne après un mûr examen, mais aussi exécutée vraisemblablement avant la réception de sa lettre, je crois devoir m'abstenir sans fixer une opinion. Je ne doute nullement que la prévoyance de Votre Majesté n'ait pris toutes les mesures nécessaires dans des circonstances si critiques, d'autant plus que la moindre omission pourroit produire les conséquences les plus funestes. Les instructions données au chevalier d'Escarano étoient absolument nécessaires, elles m'ont paru très-sages. Je remercie donc bien sincèrement Votre Majesté de cette attention, et surtout pour la pleine liberté d'agir dans laquelle elle me laisse, et que je ne suis pas à même d'accepter, vu la situation où je me trouve. Au reste, je prendrai toujours le plus vif intérêt à la gloire et à la prospérité de Votre Majesté, et serai toujours le plus empressé à lui témoigner la parfaite et sincère amitié avec laquelle je suis, etc.

»Au Pardo, ce 22 mars 1778.»

[93]: Voir à la fin du volume la pièce cotée no [XIII].

[94]: Voir aux pièces justificatives la lettre de M. de Bouillé, no [XIV].

[95]: Un fait moins mystérieux et plus digne de louange se passa le jour de la naissance de M. le Dauphin: MM. de Boissy, trésoriers de la Compagnie de l'assistance des prisonniers, reçurent une lettre d'un inconnu leur annonçant son intention de consacrer quinze mille livres à la délivrance des prisonniers pour dettes de mois de nourrices, dont il leur déférait le choix. Le lendemain 23, l'argent leur fut apporté, et les mit à même de procurer la liberté à cent quatre-vingt-quatorze personnes.

[96]: Voir au tome II cette lettre, à la date du 5 novembre 1781.

[97]: Les provinces fêtaient, chacune à sa manière, le grand événement qui avait donné au trône un héritier direct.

Le 1er janvier 1782, le prince de Condé, gouverneur et lieutenant général en Bourgogne, accompagné de M. Amelot, secrétaire d'État ayant ce département, présentèrent au Roi et à la Reine, au nom des états de cette province, une délibération de ses élus généraux sur les fêtes qu'ils avaient ordonnées à cette occasion, ainsi qu'une médaille d'or, portant, d'un côté, les bustes du Roi et de la Reine et les noms de Leurs Majestés; de l'autre, les armes de Bourgogne, avec ces mots distribués en lignes circulaires et concentriques: Mariages de douze filles dotées par les états de Bourgogne, à la naissance de Monseigneur le Dauphin, 1781.

[98]: L'affluence était extrême. Les cris de Vive le Roi! se répétaient de toutes parts avec enthousiasme. Ce fut dans un de ces moments où la foule, en criant Vive le Roi! l'entourait au point qu'il était pressé de partout et ne pouvait plus avancer, que Louis XVI dit avec une gaieté vive et franche: «Mais si vous voulez qu'il vive, ne l'étouffez donc pas.»

[99]: Mémoires de la baronne d'Oberkirch.

[100]: On s'occupa beaucoup en France de la faillite du prince de Guéménée. «C'était la chose la plus douloureuse du monde; on se demandait comment un Rohan avait pu se laisser amener à une position semblable, et à finir ainsi. Il y avait clameur de haro dans le peuple; les gens les plus atteints étaient des domestiques, de petits marchands, des portiers, qui portaient leurs épargnes au prince. Il avait tout reçu, tout demandé, même des sommes folles, et il a tout dissipé, tout perdu. Parmi les gens du cardinal-archevêque, il s'en trouvait plusieurs de complétement ruinés. Le prince Louis leur a rendu sur-le-champ ce qu'un prince de sa maison leur enlevait. Il a été en cela très-noble et très-généreux. Tout sera payé ou presque tout, les usures exceptées. Les Rohan se sont réunis pour cela. Madame de Guéménée a été sublime, elle a donné sur-le-champ sa fortune tout entière et ses diamants. La princesse de Marsan (qui était une Rohan-Soubise) voulait se mettre au couvent, et consacrer sa fortune à sauver l'honneur des Rohan. Madame la princesse de Guéménée a rendu sa charge de gouvernante des Enfants de France, dont sa volonté seule pouvait la dépouiller, puisque c'était une des grandes charges de la Couronne.» Mémoires de la baronne d'Oberkirch, t. II, p. 1, Paris, Charpentier, 1853.

[101]: Nommée ainsi en souvenir du dernier bailli de Versailles, M. Froment de Champ-la-Garde. Cette maison porte aujourd'hui le no 4.

[102]: Aujourd'hui rue Champ-la-Garde, no 11.

[103]: Voir cette relation aux documents placés à la fin du volume, no [XV].

[104]: Évêque de Noyon.

[105]: Testament de Madame Sophie. Voir Pièces justificatives, no [XVI].

[106]: Le chevalier Du Coudray, Le Comte et la Comtesse du Nord, anecdote russe. Paris, Belin, 1782.

[107]: On trouvera à la fin du volume des Notes sur le voyage du comte et de la comtesse du Nord, recueillies par M. le duc de Penthièvre, no [XVII].

[108]: Mémoires de la baronne d'Oberkirch, t. Ier, p. 273. Paris, Charpentier, 1853.

[109]: Les recherches que nous avons faites nous autorisent à croire que Madame Élisabeth faisait ici allusion au tremblement de terre arrivé en Sicile en 1693, et dont une médaille a consacré le souvenir. Cette médaille représente une femme levant les mains au ciel et tenant un enfant la tête en bas.—On aperçoit au second plan l'Etna fumant, la mer grossie par les cadavres humains et les décombres des maisons. L'exergue porte: SICILIA AFFLICTA. Autour se trouve cette légende: PUTATIS ILLOS SUP. QUOS CECID. TURR. IN SILOË PRÆTER OMN. HOM. PECCAVISSE. Luc. XIII. Le revers porte l'inscription suivante:

MEMOR,
SICILIÆ,
D. 9 ET 11 JANU.
A. MDCXCIII,
HORR. TERRÆ MOTU
CONVULS. SYRAC. AUGUST.
CATAN. MESSIN. XIV. URBIB.
MAJ. CORRUENTIBUS XVI. MIN.
PROSTRATIS IN OMNES,
MAR. INFLUENT.
RUPT. MONT.
STRAGE 100,000
HOM.

[110]: Le registre des baptêmes de l'église royale et paroissiale de Notre-Dame de Versailles nous apprend que ces deux jeunes princes, dont l'un était né le 6 août 1775 et l'autre le 24 janvier 1778, avaient été ondoyés (le jour de leur naissance) par Mgr Joseph-Dominique de Cheylus, évêque de Cahors.

[111]: Veuf, le 9 février 1759, de Louise-Henriette de Bourbon-Conti, le duc d'Orléans, petit-fils du Régent, avait épousé en secret madame de Montesson. On sait que par un édit de Louis XIII il était défendu à tous les prélats de France de marier un prince du sang sans l'autorisation écrite de la propre main du Roi. Celle de Louis XV est remarquable par sa brièveté: «Monsieur l'archevêque, vous croirez ce que vous dira mon cousin le duc d'Orléans, et vous passerez outre.» Voir la Corresp. de Grimm, IIIe part., t. III, p. 459.

[112]: Loustonneau était chéri à Versailles. Dévoué aux malheureux, il versait tous les ans une trentaine de mille livres dans la caisse des pauvres, qu'il soignait gratuitement. L'extrême réserve dont il entourait ses libéralités ne parvint pas à les empêcher d'être connues. Nommé à la survivance de M. Andouillé, premier chirurgien du Roi, il alla remercier la Reine, qui n'était point étrangère à sa nomination. «Vous êtes content, monsieur, lui dit Marie-Antoinette; mais moi je le suis bien peu des habitants de Versailles. À la nouvelle de la grâce que le Roi vient de vous accorder, la ville aurait dû être illuminée.—Et pourquoi cela, Madame? répondit Loustonneau avec un étonnement mêlé d'inquiétude.—Ah! reprit la Reine avec émotion, si tous les indigents que vous secourez depuis vingt ans eussent seulement allumé une chandelle sur leur fenêtre, on n'aurait jamais vu de plus brillante illumination.»

[113]: L'abbé de Saint-Albin, l'abbé de Saint-Phar et madame Lambert étaient enfants naturels du duc d'Orléans et de mademoiselle Marquise, comédienne, depuis madame de Villemonble. Le prince leur avait assuré une large existence.

[114]: Son éloge fut prononcé aussi par l'abbé Maury en l'église de Notre-Dame de Paris, et par l'abbé Rozier à Orléans, le 10 mars 1786.

[115]: Voir à la fin du volume, Pièces justificatives, no [XVIII].

[116]: Voir à la fin du volume, Pièces justificatives, no [XIX].

[117]: Environ trois mille demoiselles y avaient été élevées.

[118]: Le deuxième jour de la fête séculaire, son éloge fut prononcé en chaire par M. François, prêtre de la Mission. Hérissant, 1787, in-8o.

[119]: Ce jour-là, Madame Élisabeth assista, dans la chapelle du château, à la grand'messe, chantée par la musique du Roi et célébrée par l'abbé de Ganderatz, chapelain. Dans cette tribune se trouvaient la Reine, Monsieur, Madame et la comtesse d'Artois. Le Roi, après la réception des grands-croix et commandeurs de l'ordre de Saint-Louis, s'était rendu à la chapelle, portant les insignes de cet ordre, précédé du comte d'Artois et des princes de son sang, chevaliers de Saint-Louis, ainsi que des grands-croix et commandeurs, marchant suivant leur grade et leur ancienneté dans le service, en conséquence de l'édit du mois de janvier 1779.

[120]: Né à Saint-Bertrand de Comminges, vers 1730, d'une ancienne famille du comté de Foix, l'abbé Binos avait été de bonne heure pourvu d'un canonicat de la cathédrale de Comminges. Il partit de sa petite ville natale, le 26 octobre 1776, pour visiter l'Italie et la Palestine. L'esprit rempli des souvenirs de Rome, de Florence, de Venise, de Damiette, de Sidon, du mont Liban, et enfin des lieux où s'étaient accomplis les mystères de notre foi, il était revenu à son point de départ en pèlerin qui a bien observé et qui sent le besoin d'associer ses concitoyens à ses souvenirs, à ses émotions. De là l'ouvrage qu'il dédia à Madame Élisabeth: Voyage par l'Italie en Égypte, au mont Liban et en Palestine, Paris, 1786, 2 vol. in-12, fig.; traduit en allemand l'année suivante, Breslau, 1787, in-8o. Élu en 1791 curé constitutionnel de Saint-Bertrand, l'abbé Binos eut le tort de prêter un serment condamné par l'Église. S'il ne nous appartient pas d'absoudre ce qu'elle a condamné, il nous sera permis au moins de dire qu'il fut un des rares ecclésiastiques qui, dans cette fâcheuse et fausse position, montrèrent une charité évangélique, une bonté constante et un zèle infatigable. B.

[121]: Le 7 janvier 1787, en sortant de l'audience dans laquelle il avait eu l'honneur de présenter son ouvrage au Roi et à la Reine.

[122]: Charles Gravier, comte de Vergennes, commandeur de l'ordre du Saint-Esprit, conseiller d'État ordinaire, chef du conseil général des finances et secrétaire d'État ayant le département des affaires étrangères, mourut à Versailles, le mardi 13 février, à trois heures du matin, dans la soixante-huitième année de son âge.

[123]: M. Hue de Miromesnil quitta dignement le fauteuil de d'Aguesseau. Il ne voulut point accepter les quarante mille livres de rente qu'on accordait d'ordinaire aux ministres disgraciés, quelle qu'eût été leur gestion; puis il répondit au Roi:

«Sire,

»Ce n'étoit point l'intérêt de ma fortune, mais celui de mon amour et de mon attachement respectueux pour Votre Majesté, qui m'enchaînoit à sa personne. J'ai tout perdu quand elle me retire ses bontés; l'état de ses finances ne me permet pas de rien demander; j'ai toujours su vivre de peu; j'étois pauvre quand je suis entré au ministère, et j'ai le bonheur d'en sortir de même; je me bornerai à faire des vœux pour la gloire et la prospérité du règne de Votre Majesté; je la prie seulement de permettre que je mette à ses pieds l'intérêt de mes enfants.»

[124]: Journal de Louis XVI.

[125]:

De par le Roi,

Chers et bien amés, nous avons ordonné que le corps de notre très-chère et très-amée fille, Sophie-Hélène-Béatrix, dont Dieu a disposé, soit porté à l'abbaye royale de Saint-Denis, pour y être inhumé dans le caveau des princes de la branche de Bourbon, par notre très-cher et bien amé cousin le sieur de Montmorency-Laval, évêque de Metz, grand aumônier de France, commandeur de notre ordre du Saint-Esprit, et nous vous mandons de le recevoir avec la décence nécessaire le jour et ainsi que le grand maître ou le maître des cérémonies vous le dira de notre part. Si n'y faites faute. Car tel est notre plaisir. Donné à Versailles, le 19 juin 1787.

LOUIS.

Et plus bas: le baron De Breteuil.

À nos chers et bien amés les Prieur et Religieux de l'abbaye royale de Saint-Denis.

[126]: Nom donné à une espèce d'étuve en forme de chaise à porteurs, qui contenai t les plats des princes et princesses, et dont on se servait aussi pour porter le dessert.

[127]: Philippe d'Orléans connaissait assez quelques-uns de ses membres pour être certain qu'ils ne failliraient point à leur devoir. Il savait que d'Aguesseau, sans juger le fond de la doctrine condamnée par la bulle Unigenitus, ayant senti du doigt, dans quelques-unes de ses dispositions, une atteinte au droit national, avait osé défendre la monarchie contre le monarque lui-même. La noble compagne de ce grand magistrat pensait comme lui. En le voyant partir pour Versailles, elle lui dit: «Allez, oubliez devant le Roi femme et enfants; perdez tout, hors l'honneur.» Par sa résistance à l'enregistrement de cette bulle, d'Aguesseau s'exposa résolûment à une disgrâce absolue. Le nonce Quirini étant venu le visiter dans sa résidence de Fresne, et lui ayant dit: «C'est ici que l'on forge des armes contre Rome?—Non, monsieur, reprit vivement d'Aguesseau, ce ne sont point des armes, ce sont des boucliers.»

[128]: J. A. Le Roi, Histoire des rues de Versailles, et de ses places et avenues, 2e édit., 1861, p. 132.

[129]: Le jeudi 5 juin 1681, dans la nouvelle église Saint-Julien, alors patron de la ville, eut lieu, pour la première fois à Versailles, la procession de la Fête-Dieu. Louis XIV y assista, entouré d'une cour nombreuse et magnifique.

[130]: Il s'appelait Lataille.

[131]: Le lecteur trouvera à la fin du volume, Pièces justificatives, no [XX], l'extrait de cet acte, ainsi que le contrat de mariage de Jacques et de Marie.

[132]: Nous donnons à la fin du volume la musique de cette romance, no [XXI].

[133]: Le manuscrit autographe de Madame Élisabeth est à la Bibliothèque impériale.

[134]: Madame la marquise de Tourzel, gouvernante des Enfants de France.

[135]: Journal de l'anarchie, de la terreur et du despotisme, IIe partie, p. 812. Paris, Delaunay, 1821.

[136]: Voir, à la fin du volume, le no [XXII].

[137]: Éloge historique de Madame Élisabeth.

[138]: Le sens public était tellement perverti, que pendant qu'on discutait cette malheureuse affaire de Favras, on arrêta un particulier, bien vêtu, qui tenait des propos séditieux. Conduit devant le commissaire Grandin, il parut étonné de se voir arrêté, et se plaignit vivement, et de la meilleure foi du monde, de cette méprise. «Apprenez, messieurs, disait-il, que je suis un très-bon citoyen. C'est moi qui ai coupé la tête à Foulon et à Launey, qui leur ai arraché le cœur et les entrailles. Voilà, continua-t-il en tirant un couteau de sa poche, l'instrument dont je me suis servi pour cela.» Sur l'observation qu'on lui fit que ce couteau était un peu petit pour une telle besogne: «J'ai été boucher et cuisinier, répondit-il, et je me connais en amputation.»

[139]: Un décret du 5 juin de l'année suivante déclare que le Roi n'aura pas le droit de faire grâce aux condamnés.

[140]: Ce fait, nié par quelques historiens ou amplifié par d'autres (le Mémorial ou Journal historique, impartial et anecdotique de la révolution de France, par C. Lecomte, porte le chiffre de cette pension à douze mille livres), ne sera plus contesté. Nous avons retrouvé les documents suivants qui en font foi:—«Vous savez, Monsieur, que le Roi a accordé à madame de Favras un secours ou pension de quatre mille livres par an. Elle a touché il y a peu de temps l'année échue le 2 septembre. Il y aura un quartier échu le 2 du mois prochain; mais madame de Favras part sous peu de jours pour aller se fixer à Cologne, et elle désirerait toucher avant son départ les mille livres du quartier.

Je vous serai obligé de lui en faire l'avance. Vous vous souvenez que nous sommes convenus qu'il ne seroit plus pour cet objet expédié dorénavant, et que vous vous ferez décharger par le Roi des payements que vous ferez faire à madame de Favras. Vous pourrez porter les mille livres que je vous prie de lui faire compter aujourd'hui dans votre bordereau de dimanche prochain, et je vais en prévenir le Roi.

J'ai l'honneur de vous renouveler, Monsieur, les assurances de mon service et attachement.

De la Porte.

Mercredi 15 novembre [1791].

À Monsieur de Septeuil.

J'ai reçu de Monsieur de Septeuil la somme de mille livres pour le quartier qui échairas le deux du mois prochain de la pention que le Roi veut bien me faire.

À Paris, ce 15 novembre 1791.

Lise de Favras, née princesse Danhalt.

Je charge, Monsieur, un de mes amis, le chevalier de Favryer, de recevoir pour moi pendant mon absence; c'est un homme sûr et discret, attaché au Roi, et qui pendant mon malheur m'a donné les marques du plus vif intérêt et s'est chargé d'avoir l'honneur de vous voir et de vous remettre ma quittance de mille livres pour un quartier de la pension que le Roi veut bien me faire, et qui échaira le 2 mars prochain. Permettez, Monsieur, que je vous renouvelle tous les sentiments de la parfaite estime avec laquelle j'ai l'honneur d'être votre très-humble et très-obéissante servante.

Signé Lise de Favras, née princesse Danhalt.

À , ce février 1792.

À Monsieur de Septeuil, trésorier de la liste civile.

Cette lettre vous sera remise, Monsieur, par M. Desfavier, qui est chargé de la quittance de madame de Favras. Je pense que vous ne ferez pas de difficulté de lui faire payer les mille livres du quartier qui lui est dû de la gratification annuelle ou pension que le Roi lui a accordée.

J'ai l'honneur d'être, avec un sincère attachement, Monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

Signé Laporte (avec paraphe).

Ce 12 mars.

Je reconnois d'avoir reçu de monsieur de Septeuil la somme de mille livres pour un quartier de la pension que le Roi veut bien faire et qui échaira le 2 mars. À , ce 26 février 1792.

Signé Lise de Favras, née princesse Danhalt.

Au dos est écrit:

J'ai reçu de Monsieur de Septeuil pour madame de Favras le montant de la quittance d'autre part.

Paris, ce 12 mars mil sept cent quatre-vingt-douze.

Signé Le chevalier de Favryer.

Bon pour quittance de la somme de mille livres pour le quartier de ma pension échéante le 2 juin du présent mois. À , ce 1er juin 1792.

Marquise de Favras, née princesse Danhalt.

Reçu les mille livres montant de la quittance ci-dessus.

Signé Favryer.

[141]: Déporté à Sinnamary après le 18 fructidor, il y mourut.

[142]: Santerre, à cette époque chef de bataillon de la garde nationale parisienne, se trouvait ce jour-là commandant de la garde des Tuileries, et, à ce titre, accompagnait le Roi et la Reine.

[143]: À cette même intention, un cœur de Jésus joint au cœur de Marie, fait de l'or le plus pur, fut offert à cette époque à la cathédrale de Chartres, où on le voit encore aujourd'hui à la statue de Notre-Dame.

[144]: Page 261.

[145]: Archives de la préfecture de Versailles.

[146]: Voir à la fin du volume, Pièces justificatives, no [XXIII].

[147]: Le départ de Mesdames fut apprécié ainsi par un journal écrit sous l'influence du parti constitutionnel. Cet article donnera une idée de la licence du temps, surtout si l'on se rappelle que le journal qui s'exprimait ainsi n'était pas l'organe des idées démagogiques:

«Deux princesses, sédentaires par état, par âge et par goût, se trouvent tout à coup possédées de la manie de voyager et de courir le monde... C'est singulier, mais c'est possible.

»Elles vont, dit-on, baiser la mule du Pape... C'est drôle, mais c'est édifiant.

»Trente-deux sections et tous les bons citoyens se mettent entre elles et Rome... C'est tout simple.

»Mesdames, et surtout Madame Adélaïde, veulent user des droits de l'homme... C'est naturel.

»Elles ne partent pas, disent-elles, avec des intentions opposées à la révolution... C'est possible, mais c'est difficile.

»Ces belles voyageuses traînent à leur suite quatre-vingts personnes... C'est beau, mais elles emportent douze millions... c'est fort laid.

»Elles ont besoin de changer d'air... C'est l'usage. Mais ce déplacement inquiète leurs créanciers... C'est aussi l'usage.

»Elles brûlent de voyager (désir de fille est un feu qui dévore)... C'est l'usage. On brûle de les retenir; c'est aussi l'usage.

»Mesdames soutiennent qu'elles sont libres d'aller où bon leur semble... C'est juste.»—Chronique de Paris.

[148]: La malignité publique s'amusait de leur départ, prétendant que, mécontentes de la nouvelle constitution, elles ne quittaient la France que pour y ramener l'ancien régime. «Elles allaient en Italie, dit insolemment l'auteur des Sabbats jacobites[148-A], essayer le pouvoir de leurs larmes ou de leurs charmes sur tous les princes de cette contrée. Déjà le grand maître de Malte a fait dire à Madame Adélaïde qu'il lui donnerait et son cœur et sa main dès qu'elle serait hors de France, et qu'elle pouvait compter sur le secours de trois galères et de quarante-huit de ses chevaliers, jeunes ou vieux. Notre saint-père le Pape se charge d'épouser Madame Victoire, et lui promet en dot son armée de trente cents hommes pour opérer une contre-révolution.»

[148-A]: Tome I, page 28.

[149]: Voici la lettre de Louis XVI:

18 février 1791.

Très-saint Père,

Mesdames ont manifesté le désir de visiter les États de Votre Sainteté, et de voir cette Rome antique où les vertus et le vrai mérite sont assis sur la chaire de saint Pierre. Mes tantes, plus heureuses que moi, sont allées chercher un instant de bonheur et de repos, qu'elles sont dignes de trouver près de Votre Sainteté. Vous daignerez, Très-saint Père, adoucir par vos bontés l'exil volontaire auquel les condamnent les troubles politiques qui agitent la France. Mesdames témoigneront à Votre Sainteté leur vive gratitude: pour moi, je désire particulièrement, Très-saint Père, vous démontrer dans toutes les circonstances la vénération profonde que je me fais gloire d'avoir pour vous.

[150]: C'était le samedi saint!

[151]: Ils étaient alors à Venise!

[152]: C'était la nuit de Pâques!

[153]: Le cinquième jour complémentaire de l'an III, son corps fut retiré du Panthéon, comme indigne d'être placé parmi les grands hommes. Le rapport fait à ce sujet prétendait qu'il n'avait pas servi loyalement la cause du peuple, et le désignait comme l'agent principal d'un parti tendant à conserver la monarchie en France.

[154]: C'est par erreur que cette lettre a été reproduite à la date du 17 par M. Ferrand, et par M. Cordier, qui s'est approprié son œuvre.

[155]: Mémoires et correspondance secrète du Père Lenfant, t. II, p. 103.

[156]: M. Vallée.

[157]: Témoignage d'un royaliste, par Cazotte.

[158]: Louis XVII, sa vie, son agonie, sa mort, 1861, gr. in-8o, t. I, p. 109.

[159]: Mémoires inédits.

[160]: Louis-Jacques-Hippolyte Coroller du Moustoir, conseiller du Roi, son procureur au bailliage d'Hennebon en Bretagne, député du même bailliage à l'Assemblée nationale, âgé de quarante-cinq ans, demeurant ordinairement à Hennebon, et logé à Paris, quai de la Ferraille, no 8.

Il était dépourvu de tout talent oratoire, mais il affectait de se faire remarquer par la rude franchise de son caractère.

Dans l'instruction poursuivie au Châtelet de Paris, à l'occasion des affaires des 5 et 6 octobre 1789, Coroller fut appelé comme témoin à déposer de ce qu'il savait touchant ces événements. Il répondit qu'il ne savait rien (223e témoin).

Là-dessus une brochure dans le sens royaliste parut sous le titre de Tableau des témoins et recueil des faits les plus intéressants contenus dans les dépositions de la procédure, etc., et relevant avec soin les dépositions qui tendent à accuser Mirabeau, les ducs d'Orléans et d'Aiguillon; en arrivant à la déposition de Coroller, que l'auteur de la brochure appelle Corolaire, député, il dit: «Corolaire, député, dit qu'il ne sait rien... Ah! monsieur Corolaire!»

Pour comprendre cette exclamation, il faut savoir que Coroller avait été un instant accusé d'être l'un des promoteurs des journées d'octobre. Ses principes révolutionnaires étaient bien connus, et il demeura au club des Jacobins, lorsque la plupart de ses collègues l'eurent quitté.

En novembre 1792, il fut nommé un des commissaires que la Convention voulut envoyer aux îles du Vent; mais cette mission n'eut pas lieu.

[161]: Le lecteur trouvera à la fin du volume cette lettre du Souverain Pontife, no [XXIV].

[162]: La prise de voile de Madame Louise avait eu lieu le 1er octobre 1771. Cinq archevêques et quinze évêques assistaient à cette sainte et lugubre cérémonie. Elle reçut le voile des mains de Madame la comtesse de Provence; l'évêque de Senlis prononça le discours qui est d'usage dans ces sortes de sacrifices, et le nonce du Pape lui donna la bénédiction.

On raconte qu'un jour que l'évêque de Langres (M. de Montmorin) était à la cour, Madame Louise lui dit: «C'est aujourd'hui, Monsieur, que j'ai vingt-cinq ans.—Eh bien, Madame, lui répond assez brusquement le prélat, vous êtes à la moitié de votre vie.» La princesse n'oublia jamais cette réponse, qui n'était pas celle d'un courtisan, mais qui, par l'événement, fut celle d'un prophète: Madame Louise mourut à cinquante ans.

Comme Madame Louise avait renoncé au monde, on décida à la cour qu'on ne porterait pas son deuil.

[163]: Nous mettons sous les yeux du lecteur ces deux pièces probantes:

1o Le Roi a cru ne pas devoir laisser mourir de faim, Monsieur, MM. Jacob, curés de Versailles; ils avoient de tout temps 400 livres de pension sur le domaine de ladite ville, et, sur ma demande, Sa Majesté leur a accordé 800 livres de plus pour leur faire 1200 livres tant qu'ils seront déplacés. Il m'a paru qu'on a voulu que cette grâce fut secrète, mais ils ont besoin, et je vous prie de vouloir bien dire au frère aîné, qui aura l'honneur de vous remettre ma lettre, le moyen qu'il a pour être payé de 1791. Ils n'ont rien reçu de toute cette année. Je partagerai vivement leur reconnoissance; ces deux curés sont excellents, ils sont fort considérés, et le méritent.

Vous connoissez tous les sentiments d'estime, de considération et d'amitié que je vous ai voués, et avec lesquels je suis plus que personne, Monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur,

Signé Le maréchal de Noailles-Mouchy.

À monsieur de Laporte, intendant de la liste civile.

2o Je reconnois avoir reçu de monsieur Septeuil seize cents livres pour une bonne œuvre dont le Roy a eu la bonté de me charger.

À Paris, ce 22 mars 1792.

Signé Le maréchal de Noailles-Mouchy (avec paraphe).

[164]: Ce terrain, en 1781, a été donné à la France par le cardinal de Rohan, qui, comme évêque de Strasbourg, était seigneur de Salzbach; il avait fait marquer par une petite pyramide la place où Turenne était tombé. Cet humble cénotaphe, détruit par le temps ou la malveillance, avait été rétabli par le général Moreau lorsqu'il passa avec son corps d'armée dans cette belle contrée; mais ce ne fut que sous le roi Charles X qu'un monument durable fut élevé dans ce lieu à la mémoire du grand capitaine. Au milieu d'une enceinte formée par une haie vive entremêlée de beaux arbres, un obélisque de granit porte cette simple inscription: LA FRANCE À TURENNE.

Ce monument a été érigé le 27 juillet 1829.—Sur les quatre faces du piédestal se trouvent: le buste de Turenne,—ses armoiries; le nom des batailles qui l'ont immortalisé: Arras, les Dunes, Sinzheim, Entzheim, Turkheim,—et cette inscription:—«Ici Turenne fut tué le 27 juillet 1675.»

À l'entrée de l'enceinte, à gauche, est la demeure d'un soldat invalide chargé de garder le monument et d'entretenir le gazon et les fleurs qui l'environnent.

[165]: Que de lettres de ce genre ne pourrions-nous pas reproduire!

«Madame,

»Les informations que j'ai fait pour vous donner les renseignements dont votre confiance m'a honorée, ne m'ont pas permis de vous répondre plus tôt. Je ne connois pas la femme Adam. Je me suis adressée à la menuisière chez qui elle demeure. Elle m'a dit que cette locataire avoit un vrai besoin de secours et qu'elle en étoit digne. J'ai ensuite monté chez elle; tout ce que la maladie et l'indigence offrent de plus pitoyable s'est offert à mes yeux. Son mari a les vésicatoires; ses trois enfants, dont le premier a sept ans et le dernier est à la mamelle, ont à peine de quoi couvrir les besoins de la nature. Elle m'a dit que c'est là la cause pour laquelle elle ne vous les a pas présentés. Non contente de ces renseignements, je me suis encore adressée aux sœurs de la Charité. Elles m'ont confirmé tout ce que j'avois appris par moi-même, et m'ont assuré que cette femme Adam étoit digne de la bienfaisante charité de Madame Élisabeth.

»Je prie Dieu, Madame, que cette auguste princesse reçoive en ce monde et en l'autre la récompense de sa charité et de ses vertus, et qu'il mette fin aux malheurs dont la Providence l'éprouve, ainsi que son illustre famille.

»J'ai l'honneur d'être avec un profond respect, Madame, votre très-humble et très-obéissante servante,

»De Mézière.

»Rue d'Astorg, le 29 janvier (1792).

»À madame de Navarre, première femme de Madame Élisabeth, au château des Thuilleries.»

[166]: Mémoires inédits.

[167]: Né à Lyon le 2 juillet 1738, Charles-Pierre Clarot, comte de Fleurieu, s'était fait de bonne heure un nom dans la science de la marine et de la navigation. Arrêté en septembre 1793, il fut enfermé aux Madelonnettes, échappa au régime de la Terreur, devint député de la Seine au conseil des Anciens en 1797, puis successivement conseiller d'État en 1799, intendant général de la Maison de l'empereur Napoléon, grand officier de la Légion d'honneur, gouverneur du palais des Tuileries. Il mourut subitement le 10 août 1810.

[168]: Une jeune fille qui, par l'entremise de madame Lejeune, femme de la garde-robe de Madame Élisabeth, avait reçu quelques bienfaits de cette princesse, adressait à cette même madame Lejeune, qu'elle aimait tendrement, la lettre suivante, datée de

«Valenciennes, 12 juin 1792.

«Ma chère amie et ma mère,

»Je veux vous donner un détail de notre voyage. Nous sommes partis, vous le savez, de Paris à trois heures du matin, et nous sommes venus déjeuner à Senlis, où l'on voulait nous faire coucher, et de là à Péronne, où nous avons couché. De chez vous à Cambray, je n'ai pas dit trois paroles, et je n'ai ri qu'à la maison, où j'ai reçu des compliments de l'embonpoint que j'avois pris chez vous et du patriotisme que mon séjour à Paris m'avoit donné. Je vais vous dire en quoi ils me trouvoient si bonne patriote: «Vous avez vu le Roi et sa famille?—Oui.—Il est triste, le pauvre homme?—En vérité, il n'a pas de raison pour l'être.—Mais il est en prison?—Pas plus que vous et moi.» Enfin, j'ai fini par dire: «M. Veto» et «madame Veto». Ils ont dit tous que j'avois gagné la maladie des Parisiens, de façon que nous sommes partie égale: je suis avec mes frères, et les trois autres ensemble avec Sophie, qui est enragée aristocrate et ne vouloit plus coucher avec moi.

»Je vais retourner à Cambray et vous rendre compte d'une scène qui s'y est passée vis-à-vis de moi. M. Anchin est fort incommodé: il s'est élevé une querelle entre ses fils et lui. Il a voulu jeter une bouteille à la figure de Jean-Baptiste, qui l'en a défié. Enfin, on a prié son Jean-Baptiste de se taire; il n'a pas voulu céder, il est parti, et ils sont dans la douleur: la pauvre bête n'est pas encore retrouvée. J'en suis désespérée, de même que vous le serez, j'en suis assurée...

»Je suis toujours à Paris en esprit chez vous, et j'aime les habitants de Paris et le bruit qu'on y fait, et je crois que si ma destinée étoit d'y aller demeurer, je n'en serois pas fâchée. En conséquence, j'accepte la proposition de mon père, et je veux bien m'y marier... Tous ici sont jaloux de mon voyage; ils veulent y aller tous, excepté Sophie, qui a peur de gagner ma maladie de patriote, qui est très-mauvaise à guérir, à ce qu'il paroît. Je lui dis qu'on ne peut pas aller à Paris sans lettre, que si elle avoit vu toutes les choses comme elles sont, et si les aristocrates voyoient la constitution d'un bon œil, ils ne lui auroient pas fait voir noir ce qui étoit blanc, et ne lui auroient pas dit que le Roi étoit en prison, puisque je l'ai vu aller se promener où il vouloit. Je leur dis que tout ce qu'il y a de vrai, c'est qu'il n'en mange pas un morceau de moins et ne boit pas un coup de moins, qu'il n'y a que tout le pauvre peuple qui en souffre et qui en souffrira encore longtemps pour le bien qui pourroit lui en revenir; voilà le sujet de ma dispute tous les jours. Je prédis à Sophie que si elle va aux Tuileries, elle sera jetée dans le bassin trois fois dans un jour pour son aristocratie qui l'étouffe..., etc.... J'espère que vous tiendrez la parole que vous m'avez donnée de venir à mes noces. Je suis impatiente de voir une bonne amie et une bonne mère, car je vous regarde comme telle. J'espère que vous ne ferez voir mon griffonnage à personne..., etc... Je finis en vous embrassant vingt-quatre fois, de même que toute notre famille, et surtout maman, qui est confuse de vos bontés pour nous.

»Je suis pour la vie,

»Ma chère mère,

»Votre très-humble et très-obéissante fille et servante pour la vie, et votre amie,

»Victoire-Louise-Joseph Laplace.»

[169]: Les vers suivants, tracés par une main inconnue, lui furent, un jour, adressés sous enveloppe; mais le rayon d'espérance qu'ils essayaient d'éveiller dans son cœur ne pouvait être accueilli par sa raison.

CHANSON NATIONALE.

Air: Il n'est qu'un pas du mal au bien.

(Le Roi et le Fermier.)

Bientôt nous verrons dans la France
Thémis poursuivre les forfaits,
Et nous verrons avec la paix
Chez nous renaître l'abondance.
Il ne faut s'étonner de rien,
Il n'est qu'un pas du mal au bien.

Le héros des Annonciades,
Que nous mettions au rang des dieux,
Ne se montre plus à nos yeux
Sans essuyer nos rebuffades.
Il ne faut s'étonner de rien,
Il n'est qu'un pas du mal au bien.

Si dans cette assemblée infâme,
Où blasphèment les jacobins,
Nous allions, l'un de ces matins,
Porter et le fer et la flamme,
Je n'en serois surpris en rien:
Il n'est qu'un pas du mal au bien.

Jadis Desmoulins, le grand homme,
Étoit, comme Carra, Fréron,
Respecté de la nation;
Mais à présent on les assomme.
Il ne faut s'étonner de rien,
Il n'est qu'un pas du mal au bien.

Monsieur Chesnier, qui persécute
Nos oreilles et le bon goût,
Tant cet homme est distrait en tout,
Pour un succès prend une chute.
Même il ne s'étonne de rien,
Ce qu'il fait mal il le croit bien.

L'assignat, ce papier utile
Qui devoit nous rendre opulents,
Avant qu'il soit fort peu de temps,
Ne perdra que huit cents pour mille.
Il ne faut s'étonner de rien,
Il n'est qu'un pas du mal au bien.

Pour moi, plus pauvre qu'un apôtre,
Je trouve mon sort assez doux;
Car, si nous sommes ruinés tous,
Je serai riche autant qu'un autre.
Il ne faut s'étonner de rien,
Il n'est qu'un pas du mal au bien.

Ces vers étaient extraits des Sabbats jacobites, t. II, p. 54, avec cette note au bas de la page:

«Cet auteur (M. J. Chénier) fait de très-grands progrès dans l'art dramatique. Sa dernière pièce est toujours la plus mauvaise, témoin Henri VIII, tragédie jouée avec accompagnement de sifflets, sur le Théâtre-François de la rue de Richelieu, vis-à-vis l'épicier; ci-devant Théâtre du Palais-Royal; avant ci-devant Théâtre des Variétés amusantes; et encore avant ci-devant Théâtre de l'Écluse, sur le Boulevard

[170]: Cette personne était J. B. Lesueur, administrateur du département de l'Orne et député à l'Assemblée législative.

[171]: Voir la note [XXV] à la fin du volume.

[172]: Moniteur universel du dimanche 8 juillet 1792.

[173]:

Leur passage au pouvoir était rapide:

Le 13 juin, Mourgues avait remplacé Roland au ministère de l'intérieur; Dumouriez, déjà ministre des affaires étrangères, était chargé du ministère de la guerre en remplacement de M. Servan, et Beaulieu remplaçait Clavière au ministère des contributions.

Le 18 juin, Chambonnas remplaçait Dumouriez au ministère des affaires étrangères, et de Lajard le remplaçait au ministère de la guerre; Terrier de Montciel remplaçait Mourgues au ministère de l'intérieur.

Le 28 juin, de Joly remplace Duranton au ministère de la justice.

Le 21 juillet, M. du Bouchage remplace M. de la Coste au ministère de la marine, et M. Champion remplace M. Terrier de Montciel à celui de l'intérieur.

Le 23 juillet, M. Dabancourt est nommé ministre de la guerre à la place de M. de Lajard.

Le 30 juillet, M. le Roux est nommé ministre des contributions à la place de M. de Beaulieu.

Le 1er août, M. de Sainte-Croix, ministre des affaires étrangères, au lieu de M. de Chambonnas.

[174]:

«Vous qu'en ces lieux combla de ses bienfaits
Une mère auguste et chérie,» etc.

[175]: Le 2 août, M. Brunyer, médecin des Enfants de France, remit à madame de Tourzel un petit imprimé qui était le prospectus fidèle de la journée annoncée. (Mémoires inédits de madame de Tourzel.)

[176]: Mémoires inédits du comte François de la Rochefoucauld, fils aîné du duc de Liancourt, grand maître de la garde-robe du Roi Louis XVI.

[177]: M. de la Chesnaye, massacré le 2 septembre suivant.

[178]: Mémoires inédits, déjà cités.

[179]: Une lettre d'un officier suisse (M. de Forestier), présent aux Tuileries le 10 août 1792, lettre insérée dans la Critique des Girondins, par M. Alfred Nettement (Paris, 1848), attestait ces faits. M. Mortimer Ternaux n'en fait pas de doute dans sa relation de la journée du 10 août. Histoire de la Terreur, t. I, p. 118-129.

[180]: Lettre de M. d'Aubier de la Montille, gentilhomme ordinaire de la chambre de Louis XVI, à M. Mallet-Dupan.—Décembre 1794.

[181]: Séance du Conseil général de la Commune du 10 août 1792. (Archives de l'Hôtel de ville.)

[182]: Le Conseil arrête que le Roi ne sera entouré que de personnes dont le civisme n'est pas suspect.» (Séance du Conseil général de la Commune.—12 août 1792.)

«Arrête que toutes les personnes qui étoient ci-devant au service du Roi et de sa famille seront renvoyées, et que cette famille ne sera entourée que de gens choisis par M. le maire et le procureur de la Commune.» (Séance du Conseil général de la Commune.—13 août 1792.)

[183]: Histoire de Louis XVII; Captivité de la famille royale au Temple. Plon, 1852, 1853 et 1861.

[184]: Saint Ambroise, epist. LXII, Ad imper. Theodos., in n. 6 et 7.

[185]: Clovis.

[186]: Petit Carême, sermon sur le Triomphe de la religion, pour le jour de Pâques, p. 271.

[187]: M. le duc de la Vauguyon.

[188]: M. l'évêque de Limoges.

[189]: Mémoires de M. le marquis de la Fare, p. 28.

[190]: Il est déposé à la Bibliothèque impériale.

[191]: Discours du Roi, prononcé dans son conseil le 16 juin 1726, rapporté dans les Mémoires de Mongon, t. II, aux pièces justificatives, no II.

[192]: La Bibliothèque du Roi.

[194]: Manuscrit de la Bibliothèque impériale, coté 8698 de ceux appelés Béthune, fol. 38. C'est un Mémoire écrit de la main du duc de Nevers lui-même. Il y en a une copie au dépôt des Pairs.

[195]: Termes de la lettre d'érection du comté de Guise en duché-pairie en faveur de Claude de Guise, en 1528.

[196]: Lettre de Philippe le Bel au pape Clément.

[197]: Le comte de Bouillé a rapporté verbalement qu'à son départ de Saint-Eustache l'île de Saint-Martin et l'île de Saba s'étoient rendues aux troupes du Roi.

[198]: Le lieutenant-colonel Cockburn, du 35e régiment, qui commandoit à Saint-Eustache lorsque cette isle a été enlevée par les François, a déclaré que, sur l'argent déposé dans cette colonie par l'amiral Rodney et le général Waughan, il se trouvoit une somme de 264,000 livres qui lui appartenoit, et il l'a réclamée. Le marquis de Bouillé ayant assemblé les officiers supérieurs des corps, pour leur faire part de la réclamation du lieutenant-colonel Cockburn, ils ont tous été d'avis de rendre cet argent au gouverneur anglois, ce qui a été effectué.

[199]: M. le comte du Nord avoit quitté tous ses ordres, à l'instar de l'Empereur, qui en use de même dans ses voyages; les gardes du corps ne prenoient point les armes pour lui et on ne lui ouvroit point les deux battants chez le Roi; il y a eu plusieurs fêtes et promenades à Versailles, Marly et Trianon, auxquelles les princes et princesses n'ont point été invités; ils n'ont été avertis que pour le bal.

[200]: L'appartement de M. le maréchal de Duras a été prêté à M. le prince de Condé pour le temps que le sien seroit occupé par M. le comte et madame la comtesse du Nord.

[201]: M. le prince de Condé et M. le duc de Bourbon ont été en personne chez M. le comte et madame la comtesse du Nord, à Versailles.

[202]: Il y avoit eu souper dans les cabinets le 22, où M. le comte et madame la comtesse du Nord se sont trouvés; on ne sait s'il y a eu des princes et princesses du sang, tous n'y ont pas été.

[203]: Madame la duchesse de Chartres étoit dans la première loge, à gauche de celle du milieu de la salle occupée par la famille royale. (Le Roi et la Reine étoient au-dessus de cette loge du milieu de la salle, dans une loge grillée.) Et madame la princesse de Lamballe, dans la loge après et à côté de celle de madame la duchesse de Chartres; elles n'étoient qu'elles deux de princesses au spectacle. Les uns disent que M. le duc d'Angoulême étoit dans la loge à droite de celle de la famille royale, d'autres prétendent qu'il étoit dans la loge du bout de la salle, toujours à droite, auprès de celle des gentilshommes de la chambre; M. le prince de Condé et M. le duc de Bourbon ont été dans cette dernière loge, c'est-à-dire celle des gentilshommes de la chambre; on croit qu'il n'y avoit qu'eux deux de princes au spectacle.

[204]: Madame la comtesse du Nord est revenue en personne chez quelques princesses, mais pas chez toutes. Deux se sont trouvées dans le cas de n'avoir point reçu de visite de sa part en personne. On croit que M. le comte du Nord est revenu en personne chez tous les princes.

Depuis cette note écrite, madame la comtesse du Nord a été en personne chez toutes les princesses.

[205]: C'est au Raincy que M. le duc d'Orléans a donné à dîner à M. le comte et à madame la comtesse du Nord; ses gentilshommes n'ont point mangé à la table où étoit cette princesse, mais ils ont mangé à une autre table tenue par M. le duc de Chartres, dans une pièce différente. Le Raincy étoit un lieu dans lequel M. le duc d'Orléans avoit réglé que les gentilshommes mangeoient avec les princesses. Saint-Cloud étoit la seule maison où il avoit maintenu l'ancien usage de ne point admettre les gentilshommes à la table des princesses.

[206]: M. le duc et madame la duchesse de Chartres sont venus à Sceaux pour ce dîner. Madame la duchesse de Chartres n'avoit point de dames à elle, par raison d'absence ou de maladie. Elle a mené avec elle madame la baronne de Talleyrand.

[207]: Il étoit environ deux heures après midy. M. le duc de Chartres, M. le duc de Penthièvre et les hommes qui étoient à Sceaux n'avoient point d'épée. M. le comte du Nord et les personnes étrangères avoient la leur. M. le comte du Nord quitta la sienne et on la porta dans l'appartement qui lui étoit préparé. M. de Bariatinsky quitta aussi la sienne. Madame la comtesse du Nord et les dames étoient en lévite ou en polonoise. Il y avoit un appartement préparé pour madame la comtesse du Nord. Les ecclésiastiques étoient en habit de campagne.

[208]: Le reste de la compagnie a été dans différentes calèches ou voitures. M. le duc de Chartres menoit celle qui alloit immédiatement après celle de madame la comtesse du Nord; il avoit avec lui la principale dame de cette princesse et madame de Bariatinsky. M. de Guebriant, premier gentilhomme de la chambre de M. le duc de Penthièvre, menoit une petite calèche dans laquelle se trouvoient les filles d'honneur de madame la comtesse du Nord; M. le duc de Crussol menoit une petite voiture dans laquelle se trouvoient madame la duchesse de la Vallière et d'autres dames.

[209]: Les princes ont été invités au bal par un gentilhomme ordinaire, suivant l'usage accoutumé. Voici les termes du billet d'invitation:

«Le Roy a ordonné au doyen de ses gentilshommes ordinaires d'inviter de la part de Sa Majesté Son Altesse Sérénissime monseigneur le duc de Penthièvre d'assister au bal paré que Sa Majesté donnera au comte et à la comtesse du Nord le samedy 8 juin.

»Le bal sera sans cérémonie.

»Le Roy et la Reine n'auront point le fauteuil.»

[210]: La manière dont madame la princesse de Lamballe a reçu madame la comtesse du Nord a été réglée d'après ce que madame la duchesse de Bourbon avoit pratiqué.

[211]: Madame étoit écrit en toutes lettres.

[212]: Madame la princesse de Conty a présenté sa dame d'honneur à madame la comtesse du Nord, et madame la comtesse du Nord a présenté la sienne à cette princesse.

[213]: D'après la lettre de M. le prince de Conty cy-incluse.

[214]: Elle avait déjà eu une réunion la veille dans le même lieu.

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