Abus en tous ars par faulx principes.

Si nous estions homes à qui la rayson fut en affection, & que nous eussions en toutes choses les vrays principes en aussi bonne recommandacion que les apparans: les sophisteries, & faulses doctrines en tous ars ne seroient pas en si grand regne, ny receues pour veritables. Mais en cela cognoistrez vous la difference du savant, & de l'ignorant, & sophiste, que le savant se fortifie de ses principes, qu'il sent partir de verité, & pourtant certains, & invincibles: sans recourir à nulles autres armes, & sans fuyr nulle part le combat. Mais là ou la rayson nous default, & que la verité nous presse, de sorte que ceste apparence qui n'est qu'une couverture de mensonge vient à estre decouverte: allors nous quittons la campaigne, ainsi que fait une troupe de gens de guerre quant elle se sent foyble, & regaignons le fort de ruses, & malices, pour quelquefois faire des saillies, avecq' injures, cryeries, & toutes façons de cruauté. O que c'est une grande pauvreté, & misere en ung pays, quant les homes veulent forcer les autres de recevoir l'ignorance pour science, & les tenebres pour lumiere! Or revenons à noz moutons. Il me semble doncques que si nous usons de ceste façon de ç comme je vous ay dict: & que nous employons le nostre devant les voyelles, esquelles nous le prononçons en K, comme en Capitaine, coper, compaignon, que nous fuirons ceste façon de confusion de puissance de letres. Par ce moien nous aurons deux letres d'une mesme nature: d'autant qu'il n'est pas possible de corriger l'abus du c autrement: avecq' ce qu'il n'y a point d'inconvenient pour la lecture, d'avoir plusieurs letres d'une mesme puissance.