Nombres oratoires.
Rien aultre chose, que l'observation des nombres oratoires: c'est à sçavoir une liaison, & assemblement des dictions avec telle doulceur, que non seulement l'ame s'en contente, mais aussi les aureilles en sont toutes ravies, & ne se faschent jamais d'une telle harmonie, de langage. D'iceux nombres oratoires je parle plus copieusement en mon Orateur: parquoy n'en feray icy plus long discours. Et derechef advertiray le traducteur d'y prendre garde: car sans l'observation des nombres on ne peult estre esmerveillable en quelcque composition, que ce soit: & sans iceulx les sentences ne peuvent estre graves, & avoir leur poix requis, & legitime. Car penses tu, que ce soit assés d'avoir la diction propre, & elegante, sans une bonne copulation des mots? Je t'advise, que c'est aultant, que d'ung monceau de diverses pierres precieuses mal ordonnées: lesquelles ne peuvent avoir leur lustre, à cause d'une collocation impertinente. Ou c'est aultant, que de divers instruments musicaulx mal conduicts par les joueurs ignorantz de l'art, & peu cognoissantz les tons, & mesures de la musique. En somme, c'est peu de la splendeur des mots, si l'ordre, & collocation d'iceulx n'est telle, qu'il appartient. En cela sur touts fut jadis estimé Isocrate Orateur Grec: & pareillement Demosthene.
Entre les Latins Marc Tulle Ciceron a esté grand observateur des nombres. Mais ne pense pas, que cela se doibve plus observer par les Orateurs, que par les Historiographes. Et qu'ainsi soit, tu ne trouveras Cæsar, & Saluste moins nombreux, que Ciceron. Conclusion quant à ce propos, sans grande observation des nombres ung Autheur n'est rien: & avec iceulx il ne peult faillir à avoir bruict en eloquence, si pareillement il est propre en diction, & grave en sentences, & en arguments subtil. Qui sont les poicts d'ung Orateur parfaict, & vrayement comblé de toute gloire d'eloquence.