Troys moiens de differences de vocables.
Or je treuve que la cognoissance des differences des vocables se peut faire en troys sortes en nostre escriture, & paravanture en quatre si nous voulions prendre garde aux accens. Mais pour autant qu'ilz sont encores incogneuz aux françois, nous nous en somes deporté. Premierement donques on cognoit la difference des vocables, quant toutes les voix ou aucunes de celles dont ilz sont composez sont diverses, comme Roy, Paris, Lyon, Hector. La seconde maniere de difference est, quant les vocables ne sont point differens en substance de voix: mais en la seule quantité, d'une, ou de plusieurs voyelles: comme quant nous disons, qu'ung home a effondré ung huys fermé d'une buche ferme. Ces deux ferme ne sont en rien differens en substance de voix: mais tant seulement en la quantité de la derniere syllabe du premier fermé, qui est longue, à cause de l'e que vous appellez masculin, & que proprement je vouldroys appeller e long: attendu que les quantités longue, ou briefve sont es voix, & qu'improprement nous leur attribuons sexe. La tierce maniere de cognoistre la difference des vocables, est celle qui vuyde nostre question: la quelle depend du sens, & du jugement de l'home qui saura discerner les diverses significations des vocables qui ne sont en rien differens, sinon d'autant que la rayson du propos le requiert. Comme si en parlant du Zodiac, & des estoilles fixes qui y sont, quelqu'ung dye ou bien escrive, que le cueur du Lyon est en la vingt & deuziesme partie du Lyon ou environ: la matiere nous devra donner occasion de ne juger ce Lyon estre une beste comme nous le voyons en terre. Et toutesfois la prononciation, ny l'escriture ne sont point autre de ce vocable Lyon, soit qu'il signifie une beste terrestre, ou l'ung des signes du Zodiac. Combien d'avantage pourroys je amener de mots françois, es quelz nous ne faisons point de difference ny en prononciation, ny en escriture: quoy que les significations soient diverses.