Notes de transcription:
Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée.
Sur la page 3, l'expression mil [Vc] soixante neuf signifie que le chiffre romain doit être multiplié par cent.
La page de couverture a été créée expressément pour cette version électronique et placée dans le domaine public.
SUPPLÉMENT
A LA
CORRESPONDANCE
DIPLOMATIQUE
DE
BERTRAND DE SALIGNAC
DE LA MOTHE FÉNÉLON,
AMBASSADEUR DE FRANCE EN ANGLETERRE
DE 1568 A 1575,
Lettres adressées de la Cour à l'Ambassadeur.
TOME SEPTIÈME.
ANNÉES 1568-1575.
PARIS ET LONDRES.
1840.
RECUEIL
DES
DÉPÊCHES, RAPPORTS,
INSTRUCTIONS ET MÉMOIRES
Des Ambassadeurs de France
EN ANGLETERRE ET EN ÉCOSSE
PENDANT LE XVIe SIÈCLE,
Conservés aux Archives du Royaume,
A la Bibliothèque du Roi,
etc., etc.,
ET PUBLIÉS POUR LA PREMIÈRE FOIS
Sous la Direction
DE M. CHARLES PURTON COOPER.
PARIS ET LONDRES.
1840.
DÉPÊCHES, RAPPORTS,
INSTRUCTIONS ET MÉMOIRES
DES AMBASSADEURS DE FRANCE
EN ANGLETERRE ET EN ÉCOSSE
PENDANT LE XVIe SIÈCLE.
LA MOTHE FÉNÉLON.
Imprimé par BÉTHUNE et PLON, à Paris.
AUX TRÈS-HONORABLES MEMBRES
DU
BANNATYNE CLUB
D'ÉDIMBOURG.
CE VOLUME LEUR EST DÉDIÉ
COMME
TÉMOIGNAGE DE RECONNAISSANCE ET DE HAUTE
CONSIDÉRATION
PAR LEUR TRÈS-OBÉISSANT SERVITEUR
A. TEULET.
Les six volumes qui précèdent sont la reproduction entière des registres sur lesquels Bertrand de Salignac de la Mothe Fénélon faisait transcrire toutes ses dépêches. Sous ce rapport, cette publication est complète; c'est l'œuvre de l'Ambassadeur pure et sans mélange. Dans le septième volume, que nous publions aujourd'hui, nous avons réuni tout ce que nous avons pu recueillir de lettres inédites adressées par la Cour de France à l'Ambassadeur, et nous y avons joint quelques pièces essentiellement relatives à ses négociations. Un critique plein d'érudition, qui a rendu compte des premiers volumes de cet ouvrage avec une bienveillance dont nous ne saurions trop le remercier[1], a pensé qu'il eût été préférable d'intercaler ces lettres et ces pièces à la suite de chacune des dépêches auxquelles elles se rapportent. Nous l'aurions fait sans hésiter si nous avions pu nous procurer un recueil complet des lettres de la Cour à l'Ambassadeur; mais nous n'avions à notre disposition qu'un certain nombre de ces lettres, qu'un heureux hasard nous avait fait retrouver. D'ailleurs, pour tenir notre engagement de ne publier que des pièces inédites, il aurait toujours fallu renoncer à intercaler les lettres de la Cour à partir du mois de décembre 1572, puisque depuis cette époque elles ont été imprimées, au moins en grande partie, par Le Laboureur à la suite des mémoires de Castelnau[2]. Nous nous sommes déterminés, par ce double motif, à réunir en un volume supplémentaire tout ce que nous avions de documents inédits relatifs à l'Ambassade de La Mothe Fénélon. Il sera facile, à l'aide des dates et des chiffres de renvoi, de rapprocher ces documents des dépêches auxquelles ils se rapportent, et ils serviront en même temps à compléter autant que possible les lacunes qui existent dans le recueil de Le Laboureur.
Il suffit de parcourir ce volume pour se pénétrer de l'intérêt et de l'importance des documents qu'il renferme. Quant à la confiance qui leur est due, nous avons déjà expliqué dans la préface insérée en tête du premier volume comment ces lettres se trouvent aux Archives du Royaume, et quelle est leur origine. Ce sont des copies faites vers la fin du dix-septième siècle dans la famille de l'Ambassadeur, sous la direction d'un abbé de Fénélon, son petit neveu, qui n'est autre, suivant nous, que le grand Fénélon, alors fort jeune. L'insertion de ces copies dans des cahiers, qui contiennent en même temps une transcription fidèle de toutes les dépêches de l'Ambassadeur, suffirait jusqu'à un certain point pour en assurer l'authenticité; mais ce qui ne peut laisser aucun doute à cet égard, c'est que nous les avons comparées soit avec le manuscrit des lettres publiées par Le Laboureur, soit avec tous ceux des originaux que nous avons pu recouvrer, et qu'elles se sont constamment trouvées d'une exactitude irréprochable. On sait que le manuscrit imprimé par Le Laboureur est conservé à la Bibliothèque du Roi[3]. Quant aux lettres originales, quelques-unes se sont retrouvées dans les papiers de l'Ambassadeur, d'autres, en assez grand nombre, sont entre les mains de M. de La Fontenelle de Vaudoré, conseiller à la cour royale de Poitiers, qui a eu l'obligeance de les mettre à notre disposition; enfin, la majeure partie de ces lettres et des papiers de l'Ambassade existe à la Bibliothèque Impériale de Saint-Pétersbourg, où M. le prince Alexandre Labanoff a bien voulu les consulter pour nous en transmettre une notice. Nous prions ces deux messieurs de recevoir ici l'expression de notre bien vive reconnaissance.
Des diverses comparaisons que nous avons faites il est donc résulté pour nous la certitude complète que tous les documents renfermés dans ce volume sont d'une authenticité incontestable. Les hommes d'état et les historiens qui voudront les consulter en apprécieront l'importance.
LETTRES ÉCRITES DE LA COUR
A
LA MOTHE FÉNÉLON.
I
LE DUC D'ANJOU A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
—du XIVe jour de mars 1569.—
Nouvelle de la victoire de Jarnac.—Mort du prince de Condé.—Résolution de suivre les fruits de la victoire.—Charge donnée à l'ambassadeur de communiquer cette nouvelle à la reine d'Angleterre.
Monsieur de La Mothe Fénélon, escrivant au Roy, Mon Seigneur et frère, comme le Prince de Condé, avec grand nombre de seigneurs, gentilshommes et cappitaines, tenans son parti, ont esté tués, à la rencontre qui feust, entre nostre armée et la leur, le jour d'hier, près ce lieu de Jarnac, outre la perte de plusieurs cappitaines et personnages d'importance qui y feurent prins prisonniers, je vous ay bien voulu escrire la présante pour vous mander ceste bonne nouvelle, et afin que vous en fassiez part à la Reyne d'Angleterre; vous priant luy faire bien entendre de quelle importance est la victoire que Dieu nous a donnée sur noz ennemis, et comme leur armée, fuyant devant la nostre, a esté poursuivie par nous, au galop, plus de deux grandes lieues, où ilz ont perdu beaucoup de gens; et comme j'espère, bientost, avec l'ayde de Dieu, venir à bout de ce qui est demeuré, et leur ester le moyen de se remettre sus.
Et, entre autres choses, je vous prie luy faire bien entendre comme Dieu nous a tant favorisés que nous n'avons fait aucune perte, en tout ce combat, que d'un seul homme de marque, le sieur de Montsalles, qui despuis est mort de quelques coups qu'il y avoit receus, et bien peu de nos soldats; en sorte qu'il n'y a rien qui me puisse retarder de poursuivre la victoire et les aller chercher en quelle part où ils se soient retirez.
Et, pour cest effect, je fais, dez ce jourdhuy, passer la Charente à toute mon advantgarde, pour marcher demain, avec tout le demeurant de l'armée, droit à Cognac, où l'Admiral et d'Andelot se sont sauvez; espérant n'obmettre aucune chose de ce qui sera nécessaire pour les forcer là dedans, et en avoir la raison.
J'escris un mot à la dicte Dame, en créance sur vous, laquelle je vous prie, Monsieur de La Mothe Fénélon, visiter de ma part, pour luy faire entendre le discours de tout ce qui s'est passé entre nous et noz ennemis, suivant le mémoire que je vous en envoye; et m'advertyr, le plus tot que vous pourrez, comme la dicte Dame aura prise ceste nouvelle, et ce que vous pourrez descouvrir de ses desseings et de ce qu'elle voudra faire après avoir entendu...
(La fin de cette lettre manque, et le mémoire envoyé à l'ambassadeur ne s'est pas retrouvé dans ses papiers; mais la pièce suivante, qui fait partie des archives de Symancas, doit y suppléer.)
Nota.—Cette lettre est la première en date de celles qui sont conservées aux archives; les lettres écrites par le roi à La Mothe Fénélon avant cette époque n'ont pu être retrouvées; elles sont énoncées dans les dépêches sous la date des 5, 15, 16 et 27 décembre 1568; 1er, 15 et 20 janvier; 7, 8, 9, 12, 14 et 22 février, et 7 mars 1569.