CLIII

Le ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON

du XVIIIe jour d'aoust 1573—

Résolution du roi d'envoyer un député en Angleterre pour la négociation du mariage.—Maladie du duc d'Alençon.—Méfiance d'Élisabeth.—Prise de Harlem en Hollande, et du château d'Édimbourg en Écosse.—Voyage des ambassadeurs de Pologne.—Désignation du maréchal de Retz pour passer en Angleterre.

Monsieur de La Mothe Fénélon, oultre ce qui est contenu en mon aultre lettre, je vous diray que j'ay pensé, si la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, est résollue de venir à Douvres au premier jour de septembre, ainsi que vous me l'avés mandé et que son ambassadeur me l'a dict par deçà, je suis résollu de dépescher devers elle, au mesme temps qu'elle s'y pourra trouver, quelque gentilhomme pour la visitter, s'approschant ainsi près de ma frontière; lequel sera bien esclercy de la résollution que j'auray prinse sur le faict de l'entreveue, et aultres particularités qui seront requises, pour tousjours entrettenir une bonne et sincère amitié avec ma dicte bonne sœur; qui est ce que je desire plus que toute aultre chose de ce monde: dont je vous prie de l'asseurer en toutes les occasions qu'il viendra à propos, estant infiniment marri que la maladie intervenue à mon frère, le Duc d'Alençon, de laquelle il ne peut estre en estat de sortir hors de son logis de quinze jours, encores qu'il soit en bon chemin de recouvrer sa santé, nous ait empesché de nous résoudre et de conduire si tost à bon effect ceste entreveue que nous le desirions, ce que vous pourrés témoigner à ma dicte bonne sœur.

Au surplus, Monsieur de La Mothe Fénélon, je vous diray que j'ay receu voz dépesches des XXVIe et dernier du passé, Ve et IXe du présent[150]; sur lesquelles je vous diray que, pour le regard des soubçons et deffiences, ès quelles, sans aulcune occasion, l'on a voulleu mettre la dicte Royne d'Angleterre, tant sur le voyage que a faict en Normandie la Royne, Madame et Mère, que aussy sur les préparatifs de l'armement des vaisseaux que j'avais advisé de faire faire pour porter les quatre mille Gascons en Pouloigne, que l'on commançoit dire estre destinés à aultre effaict; tout cella sera passé et assoupi, à ceste heure, qu'ilz verront les dictz préparatifz entièrement cessés.

J'ay veu ce que me mandés de la réputation qu'a donné par delà aux affaires du Roy Catholique la prinse d'Harlen, et ce qui vous a esté rapporté de l'occasion pour laquelle est advenue si soudainement la prise du chasteau de Lislebourg, et comme il est bien requis que j'envoye quelque personnage d'authorité en Escosse pour y résider; à quoy je regarderay à pourvoir cy après.

Cependant je vous diray que je loue bien fort la responce que vous avés faicte à ma dicte bonne sœur, sur ce qu'elle vous a dict, à propos du saufconduict que luy avés demandé, que mon cousin le cardinal de Lorraine ayant eu la puissance de rompre le mariage de mon frère, le Roy de Poulogne, avec elle, (qu'elle sçavoit bien que la Royne, Madame et Mère, et luy desiroient), il pourroit bien, en chose de moindre conséquence, et pour la faveur de la Royne d'Escosse, sa niepce, faire destourner les forces, qui estoient destinées pour aller en Poulogne, en quelque autre lieu.

Tous les ambassadeurs de Poulogne ont esté fort bien receus et recueillis partout, en Allemagne, despuis leur partement de Leppsic, mesmement à Francfort, et au païs de mon cousin le comte Palatin, et arriveront en ceste ville mardy ou mècredy proschain; où je vous asseure que j'ay bonne vollonté de leur faire faire bonne chère: ne voulant obmettre de vous dire, en passant, que j'ay nouvelles de Poulogne, du XVIe de juillet dernier, comme toutes choses y sont en bon estat et pacifique, n'y estant survenu aulcune nouveauté, tant du dedans du royaulme que des voysins, au contraire de ce qui s'en est dict par delà, que vous debvés tenir pour chose controuvée; priant Dieu, etc.

Escript à Paris, le XVIIIe jour d'aoust 1573.

Comme je voullois signer ceste lettre, je me suis résollu d'envoyer en Angleterre mon cousin le maréchal de Retz, pour faire l'office dont est faict mention au commencement de ceste lettre, au moyen de quoy je vous prie que vous me fassiés incontinent sçavoir le lieu où il pourra trouver ma bonne sœur. Ceux de Rouen me viennent de faire encores plainte des pyratteries qui sont ordinairement faictes par les Anglois: qui est cause que je vous prie d'en faire, envers ma dicte bonne sœur, toute l'instance qui sera possible.

CHARLES. BRULART.