CLII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

du XXXIe jour de juillet 1573.—

Audience accordée à l'ambassadeur d'Angleterre.—Négociation relative à l'entrevue.

Monsieur de la Mothe Fénélon, j'ay receu voz dépesches du XIIe et XXe du présent[149], et, avec la dernière, veu les lettres que la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, a escriptes à la Royne, Madame ma Mère, et à mon frère, le Duc d'Alençon, auxquelles je me délibère de vous faire, dans deux ou trois jours, bien particullière responce; et, attandant, je vous diray comme l'ambassadeur de ma dicte bonne sœur parla avant hier à la Royne, Ma dicte Dame et Mère, ainsi qu'il a faict cejourdhuy à moy, nous ayant dict que la Royne, sa Mestresse, se debvoit rendre à Douvres, le premier jour de septembre proschain, où elle séjourneroit sept jours durant, pendant lesquelz, s'il plaizoit à mon dict frère de l'aller voir, il le pourroit faire. Toutesfois elle desiroit bien que l'on sceût que ce n'estoit poinct à sa réquisition que mon dict frère iroit, mais plustost à la nostre; que si, pour ceste veue, l'effaict du mariage ne s'ensuivoit, elle ne voudroit pas que cella feût cause d'apporter changement en l'amitié qui est entière entre elle et nous, et que, partant, la chose méritoit bien d'estre meurement considérée, avant que de l'entreprendre.

Là dessus, Ma dicte Dame et Mère lui a respondu que ce que nous desirions le plus, c'est de conserver et estreindre tousjours davantage l'amitié que nous avons avec elle; mais que ma dicte sœur sçavoit bien si elle avoit vollonté de se marier ou non; si elle estoit du tout hors d'opinion d'espouser mon dict frère, qu'il luy sembloit que cette veue ne serviroit de rien, et n'estoit pas grand besoin d'y venir; si aussy elle avoit vollonté de se marier, qu'elle ne pouvoit pas prendre un prince en la Chrestienté qui feût mieux appuyé que mon dict frère, qui est frère de deux puissants Roys.

Là dessus, il répliqua qu'elle avoit vollonté de se marier, mais que, pour beaucoup de considérations particullières, aulcuns la dissuadoient de ce mariage avec mon dict frère.

La conclusion du propos feut enfin que ma dicte Dame et Mère remit à me faire entendre ces choses; lesquelles m'ayant dict de mesmes en l'audience que luy ay donnée aujourdhuy, après disner, je luy ay respondu que j'en aviserois avec les gens de mon conseil, et fairois sçavoir à vous, mon ambassadeur, ma résollution là dessus pour la luy dire.

Sur quoy nous nous sommes despartis, ayant voulleu vous donner advis incontinent de ce que dessus, affin que vous sçachiés ce qui est passé en l'audience du dict ambassadeur. Jugés s'il en aura escript conformément à sa Maistresse; priant Dieu, etc.

Escript au chasteau de Boulogne, le dernier jour de juillet 1573.

CHARLES. BRULART.