CLV
LE ROY DE POULOGNE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
du premier jour de septembre 1573.—
Explications données par le roi de Pologne sur une plainte de l'ambassadeur d'Angleterre.—Protestation de dévouement pour Élisabeth.
Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay sceu que l'ambassadeur de la Royne d'Angleterre, qui est icy résident, a esté visitter les ambassadeurs polonois, despuis quelques jours en çà, comme en ayant charge de la part de sa Maistresse; leur ayant faict entendre qu'elle ne desiroit rien plus que de conserver et entrettenir la bonne amitié et intelligence qui estoit entre le royaulme de Poulogne et l'Angleterre, encores que moy, qui estois esleu Roy de Poulogne, n'eusse pas faict grand compte d'une lettre qu'il m'avoit présentée, il y a quelque temps, de la part de la dicte Dame, par laquelle elle se conjouissoit avecque moy de mon heureuse élection. Lequel a eu grand tort de faire ainsi entendre aux dictz ambassadeurs; car je vous puis dire que, quand je receus de luy la dicte lettre, ce feust avec tout l'honneur et honneste respect que je sçaurois jamais faire à lettre venant de la part d'une princesse, de laquelle je fais si grand compte et estime que je fais d'elle. Il est bien vray que je ne luy en baillay pas si tost la responce que j'en avois vollonté, à cause que, en mesmes temps, ou peu après, qu'il me l'eût présentée, je feus contrainct, pour prévenir une maladie qui me menassoit, de prendre quelque purgation et apozèmes, qui me tindrent trois jours empeschés de pouvoir vacquer à aulcuns affaires; qui feust cause que je ne signay si tost la dicte lettre, qui demeura un jour, après avoir esté signée, sans estre baillée au dict sieur ambassadeur, à cause que l'on ne le peut pas trouver chez luy à propos; estant toute l'occasion de sa plaincte, laquelle je vous laisse à juger si elle est bien fondée ou non. Et, si vous apercevés qu'il en ayt escript quelque chose à sa dicte Maistresse, je vous prie luy en faire entendre la vérité telle qu'elle est escripte cy dessus; priant Dieu, etc.
Escript à Paris, ce Ier jour de septembre 1573.
Vostre bon ami.
HENRY.