CLVI
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
du XIe jour de septembre 1573.—
Satisfaction de l'accueil promis au maréchal de Retz en Angleterre.—Serment prêté par le roi de Pologne.
Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu voz dépesches du XXVe et dernier du passé, et IVe du présent[151], par lesquelles, à ce que j'ay peu comprendre, la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, a esté bien fort aise de la résolution que j'ay prinse d'envoyer par delà mon cousin le mareschal de Retz, que vous avés sagement faict de luy conforter estre pour l'estime que je fais d'elle et de son amitié, et l'honnorer en toutes choses aultant qu'il m'est possible; me promettant bien que j'ay aultant d'occasion d'attendre et espérer un bon fruict du voyage de mon dict cousin, en ce que je desire, que d'aulcun aultre ministre que j'eusse sceu envoyer par delà; et que, à son retour, toutes choses me seront bien amplement esclercies de l'intention de ma dicte bonne sœur; envers laquelle et les gens de son conseil vous m'avés faict servisse fort agréable de faire une bien vive instance des pilleries et déprédations qui se font ordinairement sur mes subjectz, et vous prie ne vous en lasser en sorte du monde, mais y incister si obstinément qu'il y soit par elle mis un bon ordre, ainsi qu'il est très requis pour le bien commun de nos deux royaulmes.
Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, je vous veux bien dire comme, après avoir esté négotié, par quelques jours, avec les ambassadeurs de Poulogne par mon frère leur Roy, enfin toutes choses concernant ce faict ont esté unaniment conclues et accordées avec tout le plus grand contantement d'un chascun que l'on eût sceu desirer, de sorte que, hier, feurent faictz les sermentz solennelz par moy et mon frère, le Roy esleu de Poulogne, des choses conclues et ratifiées et confirmées, en la grande esglise de Nostre Dame, après que la messe y eût esté chantée; où assistèrent tous les ambassadeurs de Poulogne et les ambassadeurs des princes estrangers: sçavoir; le nonce, l'ambassadeur d'Espaigne, celluy d'Escosse et de Venise, mes cousins les cardinaux de Bourbon, de Lorraine, de Guise et d'Est, avec tous les princes et seigneurs qui sont près de moy; et se passa ceste cérémonie avec le plus grand contentement et allégresse d'un chascun qu'il se puisse dire. Dimanche, se faira la présentation du décret au palais, qui est le principal acte de ce qui concerne le faict du dict royaume de Poulogne; qui est tout ce que je vous puis dire, en priant Dieu, etc.
Le XIe jour de septembre 1573.
CHARLES. BRULART.