CLXVI

LE DUC D'ALENÇON A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON

du Ier jour de juing 1574.—

Reconnaissance de la régence de Marie de Médicis par le duc d'Alençon, après la mort du roi Charles IX.—Même déclaration faite par le roi de Navarre.—Acte de reconnaissance, par le parlement de Paris et les princes du sang, des pouvoirs conférés à la reine-mère.

Monsieur de La Mothe, je ne saurois assés vous exprimer l'extrême regrect, qui me demeure, de la perte, que j'ay faicte, du Roy Mon Seigneur et frère, qu'il a pleu à Dieu appeller à sa part. Toutesfois, me conformant à sa saincte vollonté, et considérant que c'est chose commune à tous hommes, je me forceray de surmonter ceste dolleur le plus vertueusement qu'il me sera possible, et vous diray que la dernière vollunté du Roy, Mon dict Seigneur et frère, a esté que la Royne, Madame et Mère, régist et gouvernast les affaires de ce royaume, en attendant le retour du Roy de Poullogne, Mon Seigneur et frère, ce qu'elle a accepté, meue de l'affection qu'elle porte au bien d'icelluy royaume. En quoy, sellon le naturel debvoir que j'ay envers la Royne, Madame et Mère, je m'esforceray de luy randre tout service et obéissance, vous priant, de vostre part, vous conformer en cella en ce qui est de vostre charge, et y randre la mesme dilligence et fidellité que vous avés faict le passé, comme nous avons toute fiance en vous; priant Dieu, etc.

Escript au bois de Vincennes, le premier jour de juing 1574.

Vostre bon amy. FRANÇOYS.

LE ROY DE NAVARRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

du Ier jour de juing 1574.—

Monsieur de La Mothe Fénélon, vous verrés par la lettre que la Royne vous escript[158], comme il a pleu à Dieu disposer du feu Roy Mon Seigneur, perte qui, est si notable à ce royaume qu'il ne peult qu'il n'en demeure ung regret infini à tous ceux qui en sont serviteurs affectionnés. Mais il nous demeure une bien grande consolation de ceste affliction, qui est que Sa Majesté, sentant sa fin, pour tesmoigner le singulier desir qu'elle a tousjours eu au repos de ses subjectz, a ordonné, par sa dernière vollunté, que l'administration et régence des affaires demeurent à la dicte Dame, attandant l'arrivée du Roy de Poullogne. Ce qu'elle sçaura très bien faire par sa prudance et la longue expériance qu'elle en a, et aussy pour la dévotion grande qu'elle a à ceste couronne. En quoy je l'assisteray et recognoistray, sellon qu'elle en est très digne par ses vertus, comme et semblablement fairont touts les principaux et bien affectionnés ministres de ceste couronne; vous priant, de vostre costé, faire en cecy ce qui est de vostre charge, et y randre le bon debvoir que l'on sçait que vous avés faict ci devant, ainsi que la dicte Dame s'en assure; priant Dieu, etc.

Escript au bois de Vincennes, le premier jour de juing 1574.

Vostre bon amy. HENRY.

ACTE DE RECONNAISSANCE,

Par le parlement et les princes du sang, des pouvoirs conférés à la reine-mère.

—du dernier jour de may 1574.—

Le lundy, dernier jour de may, mil cinq cens soixante quatorze, la Royne, Mère du Roy, estant au chasteau de Vincennes, accompagnée de Monseigneur le Duc d'Allençon, son filz, frère du Roy, du Roy de Navarre et de Monseigneur le Cardinal de Bourbon:

Les six présidents en la Cour de Parlement de Paris, assistés d'aulcuns présidens des enquestes, d'un grand nombre de conseillers, de l'un des advocatz et du procureur général en la dicte court, se sont présentés à la dicte Dame, et à icelle remonstré que la dicte court de Parlement, ayant entendu le trespas du feu Roy Charles dernier, son fils, naguières décédé, et considérant que le Roy Henry, son frère, à présent Roy de France et de Poulogne, ne peut si tost entreprendre l'administration des affaires de ce dict royaulme;

Icelle Court, pour s'acquiter de ce qu'elle doibt et veult rendre à son Roy et Souverain Seigneur, se seroit légitimement assemblée au palais de Sa Majesté, à Paris, lieu de sa séance ordinaire, où, estant, après luy estre apareu de la dernière vollunté du feu Roy Charles, par ses lettres patantes, peubliées en icelle Court, elle les a depputté devers la dicte Dame, avec charge expresse de la supplier et requérir de voulloir, en l'absance du dict Seigneur Roy, et attandant son retour, accepter la charge et administration des affaires de ce dict royaulme, pour les conduire et diriger par sa vertu, et comme elle a tousjours prudamant faict, durant la minorité du dict feu Roy Charles, au grand contantement de tous ses peuples et subjectz, luy offrant, à ceste fin, toute obéissance et recognoissance, en choses qu'il luy plairra ordonner pour le service de leur Roy et Souverain, comme à sa propre personne.

A quoy sont intervenus Mon dict Seigneur, frère du Roy, les dictz Seigneurs, Roy de Navarre et Cardinal de Bourbon, assistés de Monseigneur le chancellier de France et de plusieurs seigneurs du conseil privé, qui toutz unanimement ont faict pareille requeste à la dicte Dame, et offert de la servir, obéir et recognoistre en toutes choses;

Suivant laquelle requeste et instance, la dicte Dame, meue de l'affection maternelle qu'elle a envers le dict Seigneur Roy, son filz, et au bien de ce dict royaume, accepte la dicte charge.

Faict en présence de nous, conseillers et secrettaires du dict Seigneur Roy, au jour dessus dict.

FIZES. BRULART. PINART.