CLXVIII

LA ROYNE RÉGENTE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

du VIIIe jour de septembre 1574.—

Audience accordée à l'ambassadeur d'Angleterre.—Comparution devant Catherine de Médicis du secrétaire contre lequel elle a porté plainte.—Excuses qu'il présente.—Déclaration de l'ambassadeur qu'Élisabeth enverra prochainement en France une députation pour féliciter le roi sur son avènement.

Monsieur de La Mothe Fénélon, en attandant que le Roy, Monsieur mon filz, qui arriva seullement avant hier en ceste ville, vous puisse faire ample responce à la dépesche que vous nous avés faicte par Vassal[159], et mander son intention sur toutes les aultres choses qui sont à résouldre pour le faict de vostre charge et d'Escosse, dont il se résouldra dans trois ou quattre jours, je vous diray que, hier après disner, l'ambassadeur de la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur et cousine, m'ayant faict demander audience, amena en icelle le secrettaire que je vous ay escript qui a faict de si bons offices par deçà, comme je fis aussy entendre à la dicte Dame Royne par la lettre que je luy escrivis dernièrement de ma main, et de laquelle le dict secrettaire m'a rapporté responce, escripte de la main d'icelle Royne, dont je vous envoye le double, affin que vous voyez de quelle façon elle a pris ce que je luy ay mandé du dict secrettaire; qui voulloit s'excuser des choses passées comme s'il n'eut sceu que c'estoit, et qu'il ne s'en feust poinct meslé.

Sur quoy luy demandant s'il s'en voulloit justiffier, et qu'il y avoit icy des gens, par devers lesquelz l'on le mettroit, qui esclerciroient bientost ce faict, selon ce que la dicte Royne m'escrivoit que ce seroit bien faict de le faire chastier, s'il avoit faict ceste faulte; ce qui l'a bien estonné, estant assés empesché à me respondre sur cella: car, voyant qu'il voulloit monstrer de n'estre poinct coulpable, je luy ay réittéré, par deux ou trois fois, ce propos, auquel le dict ambassadeur s'est entremis, et a dict qu'il valloit mieux que les choses passées s'oubliassent.

Et est entré en aultre propos: que icelle Royne, sa Maistresse, envoyeroit bientost par deçà un seigneur de qualité pour se condoulloir avec le Roy, Monsieur mon filz, de la mort du feu Roy, que Dieu absolve, et par mesme moyen le visiter à son advènement; asseurant, le dict ambassadeur, que sa dicte. Maistresse a tout bon desir de continuer en bonne et vraye amitié et intelligence avec Mon dict Sieur et filz, si elle cognoit qu'il en veuille aussy réciproquement user en son endroict, de mesme comme faisoit le Roy mon dict filz, dont je l'ay bien asseuré que oui, et qu'il l'entendra de luy mesmes à sa première audience; priant Dieu, etc.

Escript à Lion, le VIIIe jour de septembre 1574.

CATERINE. PINART.