CVI
INSTRUCTION POUR LE FAICT DU MARIAGE.
du XXVe jour d'apvril 1572.—
Négociation de Mr de Montmorenci et de Foix (Original).
Estant Monseigneur le duc de Montmorency, pair et maréchal de France, gouverneur pour le Roy et son lieutenant général à Paris et Isle de France, et Messieurs de Foix et de Boistaillé, conseillers en son conseil privé, despéchez, de la part de sa Majesté, pour aller en Angleterre affin d'estre présentz, et avec eulx le Sr de La Mothe Fénélon, ambassadeur de Sa Majesté au dict pays, pour assister au serment que la Royne d'Angleterre doibt faire pour l'entretènement et ratiffication du traicté qui a esté naguières conclud et arresté entre les depputez de Sa dicte Majesté et les ambassadeurs de la dicte Dame Royne,
Sa dicte Majesté a, oultre cella, advisé, pour un plus grand bien, et estreindre davantage leur amitié, de donner particullièrement pouvoir à mon dict sieur duc de Montmorency, et aus dictz sieurs de Foix, de Boistaillé et de La Mothe, de fère ouverture et proposer à la dicte Dame Royne le mariage de Monseigneur le Duc d'Allençon, frère du Roy, avec elle. Sur quoy ilz auront à luy dire de la part de Sa Majesté:
Qu'elle est infiniment aise, contente et satisfaicte de veoir la bonne et perfecte amityé, et intelligence d'entre eulx, renouvellée, confirmée et fortiffiée par ce dernier traicté, si bien qu'ilz se peuvent dire aujourdhui deux vrays et perfectz amys, voisins, alliez et confédérez; et, encores que Sa dicte Majesté s'asseure que, Dieu les ayant si bien uniz, il leur fera aussy la grâce de continuer et persévérer à jamais en ceste bonne amityé et voisinance.
Toutesfoys considérant qu'il n'y a rien qui lye plus estroictement, nourrisse et entretienne davantaige la paix et amityé entre les roys et grandz princes que le mariage et les alliances qui se font des ungs avec les aultres, Sa dicte Majesté, qui n'a rien plus à cœur que de demeurer ferme et constante en ceste bonne, vraye et perfecte amityé, voisinance et intelligence, qui est entre elle et la dicte Royne d'Angleterre, desireroit bien, pour la rendre inviolable, y adjouster ce dernier lyen indissoluble de mariaige.
Et considérant, Sa dicte Majesté, les moyens qu'elle pouvoit avoir de parvenir à ceste sienne seureté et sincère intention, ayant, à son très grand regret, failly à ce faire de la personne de Monseigneur le Duc d'Anjou, son frère, pour les difficultez et scrupulles qui y sont intervenuz à cause de l'exercice de relligion, elle a pensé qu'elle ne pouvoit mieulx renouer ceste négociation, et rentrer en ces termes de mariaige que par le moyen de Monseigneur le Duc d'Allençon, aussy son frère, estant ung subject pour mieulx pouvoir accommoder les conditions au contentement des deux partyes.
Et, sur ce, entreront, mon dict seigneur de Montmorency et les dictz sieurs de Foix et de Boistaillé et de La Mothe, à proposer et fère ouverture de ce mariage avec la dicte Dame Royne, remectant Sa dicte Majesté à eulx de luy fère si bien entendre les bonnes partyes qui sont en Mon dict Seigneur le Duc, lesquelles ilz cognoissent et savent, mieux que nulz autres, estre de très grande espérance; sur quoy ilz s'estendront comme ilz verront qu'il sera à propos et qu'ilz sauront très bien et dignement fère.
En faisant laquelle proposition, ilz représenteront à la dicte Dame Royne le grand bien qui adviendra du dict mariaige à toute la Chrestienté, spéciallement à ces deux royaumes, et aussy le contentement que cella aportera à l'une et à l'autre de Leurs Majestez; d'aultant que les dictz deux royaumes seront lors uniz avec une perfecte et sincerre intelligence, et que c'est chose que icelle Dame Royne doibt desirer, considéré l'estat de ses affères, avec plusieurs occasions qui sont et peuvent advenir journellement en diverses sortes; sur lesquelles Sa Majesté remect à eulx de parler et discourir en cella amplement, ou aller plus retenuz, ainsy qu'ilz verront et congnoistront qu'il sera à propos pour rendre le tout agréable à la dicte Royne.
Et, si icelle Royne entend voluntiers ce propos, comme Sa Majesté et la Royne, sa mère, désirent infiniment, pour un fort grand bien, suivant l'advis des plus grands conseillers de ce royaulme, les dictz Srs de Montmorency, de Foix, de Boistaillé et de La Mothe, entreront franchement en ce négoce, et y vaqueront selon le pouvoir qui leur en a esté baillé; observant exactement la responce et contenance qui leur sera sur ce faicte par icelle Royne, affin que, selon ce qu'ilz jugeront, ilz se comportent dextrement en cest affaire, pour tirer le plus de lumière qu'ilz pourront de son intention et volunté, regardans d'acheminer cest affaire avec la dicte Dame, Royne d'Angleterre, ou ceux qu'il luy plaira depputer pour en traicter, conclurre et arrester; dont et desquelles choses, et de toutes les autres particullaritez qu'ilz estimeront appartenir à cest affaire, ilz donneront bon et continuel advis à Sa dicte Majesté qui remect à eux, selon leur grande suffisance et affection qu'ilz ont à son service, de s'estendre au demourant en cest affaire aultant qu'ilz congnoistront qu'il sera besoing, suivant l'intention de Sa dicte Majesté, honneur et réputation d'elle et de ses affères.
Et, affin que les dictz seigneurs ambassadeurs se puissent ayder de tous les moyens qu'ilz pourront pour bien faire réussir leur négociation, faciliter et parvenir au dict mariaige, le Roy veult et leur ordonne qu'ilz trouvent les moyens que l'ung d'eulx face bien à propos entendre au Sr conte de Lestre le désir, que le Roy a, qu'il preigne alliance en quelque une des meilleures et plus grandes maisons de son royaulme, suivant la volunté qu'il s'est quelquefoys laissé entendre qu'il avoit de se marier en France, et la bonne et grande affection que Sa Majesté a de faire pour luy en cella, luy proposant le party de Mademoiselle de Bourbon, ainsy que Sa Majesté en a advisé avec mon dict seigneur de Montmorency, et encores despuis avec le dict sieur de Foix pour, après, selon qu'il se congnoistra de son desir, l'entretenir en ceste bonne volunté et l'asseurer tousjours qu'il aura en cella toute faveur et la mesme bonne asistance de Leurs Majestez et de Messeigneurs, frères du Roy, qu'il sçauroit desirer, et luy faire davantaige, selon qu'ilz congnoistront qu'il sera besoing, offre et assurance de biens et présents que luy fera le Roy, s'il se marie en France;
Voulant aussy Sa dicte Majesté que les dictz seigneurs ses ambassadeurs facent, par tous aultres moyens courtoys et honnestes, ce qu'ilz pourront faire et faire faire pour gaigner et réduire à leur dévotion les personnes qui se sont cy devant monstrez contraires au mariaige de Monseigneur le Duc d'Anjou et de la dicte Royne, quand il s'en est parlé; et qu'ilz n'y espargnent rien, mais regardent d'employer, à leur faire des présentz et à ceulx qui pourront servir en cest affaire, comme ilz verront qu'il sera à propos, jusques à dix ou douze mille escuz, dont le trésorier de l'espargne trouvera moyen de recouvrer lettres de crédict pour les faire fournir par delà, et il les rendra, icy, ensemble les intérestz.
Et, s'il plaist à Dieu que le dict propos de mariaige d'entre la dicte Royne et Mon dict Seigneur le Duc soit agréable par delà, et que l'on en entre en négociation, le Roy veult que mes dictz seigneurs ses depputez proposent les mesmes demandes et condicions qui furent faictes pour Mon dict Seigneur le Duc d'Anjou, et bailler par escript pour Mon dict Seigneur le Duc la déclaration de ses duchez, contés et seigneuries, qui sont de grand revenu, n'y comprenant toutesfoys la ville de Caen, ny le revenu d'icelle, à cause qu'elle est frontière, mais bien la valeur en aultre terre, que le Roy baillera à Mon dict Seigneur le Duc en récompense.
Faict à Bloys le XXVe jour d'apvril 1572.
CHARLES. PINART.