CXIV
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
du XXIe jour d'aoust 1572.—
Négociation du mariage.—Proposition d'une entrevue sur mer.—Affaires d'Écosse.—Recommandation pour Marie Stuart.
Monsieur de La Mothe Fénélon, considérant voz deux despesches des VIIe et XIe de ce moys, je suis encore en quelque bonne espérance du propos du mariage de la Royne d'Angleterre et de mon fils d'Alençon; en quoy je suis très asseurée que vous n'obmettrez rien de tout ce qui se peult, pour en voir la bonne et heureuse fin que desirons; aussi ne vous en fairay je pas longue lettre, me remettant à ce que vous en escript le Roy, Monsieur mon filz. Et seullement vous diray que, s'il y avoit quelque chose de bien commancé et asseuré au dict mariage, il seroit bien fort aizé à faire que la dicte Royne d'Angleterre, mon filz d'Alençon et moy, nous verrions avec seuretté, pour elle et pour nous, en un beau jour, bien calme, entre Boullongne et Calais et Douvres, ainsi que l'on pourroit aizément disposer toutes choses, comme nous en avons devisé amplement, mon cousin le duc de Montmorency et moy, car je n'ay pas moindre vollonté de la voir qu'elle moy, et que si elle estoit ma propre fille, ainsi que vous ferez entendre à ses ministres doulcement, et à elle aussi, si voyez que bon soit, et qu'il se puisse espérer quelque bon succès du dict propos de mariage.
Cependant nous regarderons, ces jours icy, au faict d'Escosse, pour renvoyer incontinent le Sr de L'Espinasse, afin qu'ilz n'ayent pas seulement la suspension d'armes mais aussi une bonne paix entre eux, vous recommandant tousjours ma fille, la Royne d'Escosse, et priant de continuer, de ma part, quand il sera à propos, envers la dicte Royne d'Angleterre et ses ministres, les bons offices qu'avez accoustumé faire pour elle; priant Dieu, etc.
Escript à Paris, le XXIe jour d'aoust 1572.
CATERINE. PINART.