CXVI
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
du XXIIe jour d'aoust 1572.—
Blessure faite à l'Amiral.—Assurance qu'il sera rendu justice.—Mesures prises pour l'observation de l'édit de pacification.—Les Guises signalés comme les auteurs de l'attentat.
Monsieur de La Mothe Fénélon, ainsi que mon cousin, le Sr de Chastillon, Admiral de France, sortoit présentement du Louvre, pour aller disner en son logis, il luy a esté tiré, par la fenestre d'une maison, où loge le Sr de Villemeur, qui estoit précepteur de mon cousin, le duc de Guyse, un coup de harquebuse, duquel il a esté fort bien blessé à la main droicte et au bras gauche; dont je suis infinyement marry, ayant aussytost faict faire tout ce qui se peut pour prendre (comme j'espère qu'on faira) celluy qui a donné le coup, et sçavoir d'où cella procède, afin d'en faire faire promptement telle et si grande justice que ce soit exemple par tout mon royaume; ayant aussi escript, par toutz les endroicts de mon dict royaume, aux gouverneurs des provinces et des principalles villes combien je trouve mauvais ce malheureux acte, et la résolution où je suis d'en faire faire justice très exemplaire, deffandant très expressément que, soubz ce prétexte, ni aultre que ce soit, nul de mes subjectz s'en esmeuve; mais au contraire que chascun ayt à garder et observer inviolablement, plus que jamais, mon édict de paciffication.
Et pour ce que je ne doubte pas que incontinant les nouvelles n'en soient par delà, je vous ay bien vouleu avec ceste dépesche, qui estoit preste à partir, advertir, affin que vous faciez entendre de ma part à ma sœur, la Royne d'Angleterre, ce que je vous en escriptz, et la dellibération où je suis d'en faire faire si grande justice que chascun y prendra exemple en mon dict royaume, et de faire, au demeurant, garder entièrement et inviolablement mon dict édict de paciffication; priant Dieu, etc.
Escript à Paris, le XXIIe jour d'aoust 1572.
Monsieur de La Mothe Fénélon, je ne veux oublier de vous dire que ce méchant acte procède de l'inimitié d'entre sa maison et ceux de Guyze; et sauray bien donner ordre qu'ils ne mesleront rien de mes subjectz en leurs querelles: car je veux que mon édict de paciffication soit de point en point observé.
CHARLES. PINART.