CXVII
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
du XXIVe jour d'aoust 1572.—
Première nouvelle de la Saint-Barthèlemy.—Soulèvement de la maison de Guyse contre la maison de Chatillon.—Meurtre de l'amiral Coligni et de ses adhérens.—Efforts du roi pour apaiser la sédition.—Mesures qu'il a dû prendre afin de se préserver lui-même.—Le roi de Navarre et le prince de Condé gardés auprès du roi.
Monsieur de La Mothe Fénélon, vous aurez entendu ce que je escrivis avant hyer de la blesseure de mon cousin l'Admiral, et comme, après ce faire tout ce qui m'estoit possible pour la vérification du faict et en faire faire si grande et prompte justice qu'il en feust exemple par tout mon royaume, à quoy il ne s'est rien oublié; despuis il est advenu que ceux de la maison de Guyse et les autres sieurs et gentilhommes qui leur adhèrent, qui n'ont petite part en ceste ville, comme chascun sçait, ayant sceu certainement que les amis de mon dict cousin l'Admiral vouloient poursuivre, et exécuter sur eux vengeance de ceste blesseure, parce qu'ils les soubçonnoient d'en estre la cause, se sont esmeus ceste nuit passée, si bien qu'entre les uns et les autres il s'est passé une grande et lamantable sédition, ayant esté forcé le corps de garde qui avoit esté ordonné à l'entour de la maison du dict sieur Admiral, luy tué avec quelques autres gentilshommes, comme il en a esté aussi massacré d'autres en plusieurs endroicts de la ville: ce qui s'est meu avec une telle furie qu'il n'a esté possible d'y apporter le remède tel que l'on eût peu désirer, ayant eu assez à faire à employer mes gardes et autres forces pour me tenir en seureté dans mon chasteau du Louvre, ayant donné cependant ordre partout d'appaiser la dicte sédition, qui s'est extrêmement eschauffée par toute ceste ville. Ce qui est advenu par la querelle particullière qui est, de longtemps, entre ces deux maisons.
De laquelle ayant tousjours préveu qu'il adviendroit quelque mauvais effaict, j'avois cy devant faict tout ce qui m'avoit esté possible pour l'appaiser, ainsi que chascun sçait; n'y ayant en cella rien de la rupture de mon édict de pacification, lequel je veux au contraire entretenir plus exactement que jamais, ainsi que je le fais sçavoir par tous les endroictz de mon royaume, et que je vous prie aussi faire entendre par delà à ma sœur, la Royne d'Angleterre, et aux autres qu'il sera besoin, afin que l'on n'entre en aucune opinion de la rupture du dict édict, ni que j'y aye aucune volonté; mais que chascun cognoisse que j'ay grand desplaisir de ce qui est ainsi mal advenu, et que c'est bien la chose que je déteste le plus.
J'ay près de moy mon frère, le Roy de Navarre, et mon cousin, le Prince de Condé, pour avoir mesme fortune que moy.
Sur ce, je prierai Dieu, Monsieur de La Mothe Fénélon, vous avoir en sa saincte et digne garde.
Escript à Paris, le XXIVe jour d'aoust 1572.
CHARLES. PINART.
Je vous prie de faire tenir, au plus tost, au Sr Du Croq la lettre que je luy escris.