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LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

du XXVIIe jour d'aoust 1572.—

Retard apporté au départ de Mr de L'Espinasse.—Annonce de l'envoi du mémoire justificatif de la Saint-Barthèlemy par un courrier exprès.—Desir du roi de connaître quels sont les protestans français qui se sont réfugiés en Angleterre, et si Montgommery est du nombre.—Nécessité d'avertir promptement le roi de tout ce qui se passera entre Élisabeth et le roi d'Espagne.—Prompt départ de Mr de L'Espinasse.—Protection accordée pendant les troubles à Walsingham.

Monsieur de La Mothe Fénélon, je pensois que le Sr de L'Espinasse deût partir dès ce soir, pour aller, en toute diligence, comme je luy avois expressément commandé, passer vers vous en Angleterre, et, de là, s'acheminer en Escosse, avec la responce et résolution de la dépesche, pour laquelle il estoit venu icy[128]; et, par mesme moyen, pour vous porter le mémoire, au vray, comme toutes choses sont passées en ces émotions advenues, vendredy dernier, afin que, suivant ce que je vous ay dernièrement escript, vous puissiés en parler selon les termes portés par icelluy; lequel, pour ce que je voy que le dict de L'Espinasse n'ait pu si tost partir, et que peut estre il ne fairoit pas assés de diligence, j'ay advisé de vous l'envoyer, avec ce petit mot de lettre, par ce courrier exprès, qui faira toute diligence, vous priant d'user du dict mémoire de telle sorte, envers ma dicte sœur, la Royne d'Angleterre, que ce qui est advenu de deçà ne soit point cause d'altérer nostre bonne amitié; mais, au contraire, que le propos de mariage d'elle et de mon frère, le Duc d'Allençon, se puisse heureusement effectuer, attendant tousjours en bonne dévotion le retour de La Mole; vous priant aussy de vous enquérir doucement quels de mes subjects de la religion se sont retirés en Angleterre, et principalement Montgomery; car je doubte qu'il s'y soit saulvé pour ce que ceux qui estoient allés après luy ne l'ont peu attraper.

Vous me ferés aussi fort grand service de me tenir continuellement adverti des occurrances de delà, et comme la dicte Royne se comportera du costé de Flexingues et avec le Roy d'Espagne, et ses ministres, et aussi avec les Escossois, et pareillement avec les princes de la Germanie protestans. Et cependant je prie Dieu, etc.

Escript à Paris, le XXVIIe jour d'aoust 1572.

Despuis ceste lettre escripte, le dict de L'Espinasse est venu en ce Louvre, ayant asseuré qu'il partiroit incontinent, voylà pourquoy j'ay différé de vous envoyer ceste cy par homme exprès, mais la luy fairai bailler. Le Sr de Walsingham a esté soigneusement conservé, pendant ce trouble, en son logis, et le fairai tousjours, luy et les siens, assyster, comme le requiert la vraye amitié d'entre ma sœur, la Royne d'Angleterre, et moy.

CHARLES. PINART.