CXIX
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
du XXVIe jour d'aoust 1572.—
Affaires d'Écosse.—Instances que doit faire l'ambassadeur auprès d'Élisabeth au sujet de l'occupation d'Édimbourg.—Explication du traité concernant la suspension d'armes.—Charge donnée à Mr de L'Espinasse de passer en Écosse.—Pension payée par le roi au lair de Grange pour retenir le château d'Édimbourg.—Secret qu'il faut garder sur cette circonstance.—Nécessité où se trouve le roi de conserver la paix avec l'Angleterre.—Envoi d'un mémoire justificatif de la Saint-Barthèlemy.—Espoir que la négociation du mariage pourra se continuer.
Monsieur de La Mothe, renvoyant le Sr de L'Espinasse, présent porteur, en Escosse, j'ay advisé de vous adresser sa despesche toute ouverte, afin que voyés le contenu en icelle, et que puissiés faire envers la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur et cousine, qu'elle mande et fasse faire, de sa part, comme j'escriptz au Sr Du Croc faire, de la mienne, envers mon cousin le comte de Mar, et aultres seigneurs tenant son parti en Escosse, pour faire incontinent sortir de la ville de Lislebourg les soldats qui y sont, suivant l'abstinence et suspension d'armes, laquelle j'escriptz aussi au dict Du Croc et Vérac faire, s'il est possible, prolonger encore pour deux moys, afin qu'ilz ayent plus de moyen et de temps de traitter quelque bonne et ferme paix au dict païs d'Escosse, sellon la charge que je en ay donnée et le pouvoir que je en ay envoyé.
Je luy escriptz aussi, comme verrés par mes dictes lettres, l'interprétation qu'il fault qu'il se fasse de ces mots: que chascun rentrera en leurs maisons. De quoy il fault pareillement que ma dicte sœur, la Royne d'Angleterre, escrive bien expressément au Sr de Drury, et qu'elle luy envoye un bon pouvoir pour tout ce que dessus, et pour résouldre, avec le dict Sr Du Croq, suivant ce qui a esté accordé par les Escossois, les difficultés qui se pourront mouvoir, en traittant de la paix d'entre eux, vous priant de renvoyer incontinant le Sr de L'Espinasse en Escosse, afin qu'il soit bientost par delà.
J'envoye par luy la somme de trois mille livres, pour ayder à payer les soldats que ceux du bon parti ont licentiés, et, oultre cela, j'envoye au Sr de Granges, capitaine du chasteau de Lislebourg, mille livres pour le prochain mois de l'entretènement que j'ay promis luy bailler secrettement, par forme d'entretènement, par chascun moys, afin que tousjours il tienne et garde bien le dict chasteau à la dévotion de ma sœur la Royne d'Escosse, et de moy pareillement; car je ne veux rien perdre de l'accès et bonne intelligence que mes prédécesseurs et moy avons accoustumé d'avoir au dict païs d'Escosse, en laquelle ce moyen aydera bien à me maintenir; mais il faut tenir secret l'entretènement que je donne au dict de Granges, et prendre seuretté de luy, signée de sa main et scellée du scel de ses armes, de la promesse qu'il m'en faira, comme j'escriptz au dict Sr Du Croq. Et se fault bien garder que l'on le sçache, car il seroit à craindre que le comte de Mar et ceux de son party se despartissent, du tout, de ma confédération, et aussi que la dicte Royne d'Angleterre prînt occasion, par cela, d'altérer le traicté qu'elle et moi avons faict dernièrement, lequel je désire bien fort entretenir, et plustost fortiffier et augmenter nostre amitié que la diminuer. A quoy je vous prie tendre toujours tant que vous pourrés.
Je vous envoye un mémoire[127] à la vérité comme les choses sont passées en ceste dernière émotion, affin que, sellon icelluy, vous le fassiés entendre à ma dicte sœur, la Royne d'Angleterre, à ses principaux ministres et à ceux que verrés qu'il sera à propos, me donnant advis de ce que l'on en dira par delà et des autres occurrences comme avés accoustumé.
J'attends toujours le retour du Sr de La Molle, desirant bien fort qu'il nous apporte quelques bonnes nouvelles du propos du mariage de la Royne et de mon frère d'Allençon, ce que je vous recommande tousjours d'affection; et prie Dieu, etc.
Escript à Paris, ce XXVIe jour d'aoust 1572.
CHARLES. PINART.