CXXVI

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

du VIIIe jour de septembre 1572.—

Papiers trouvés chez l'Amiral.—Conseil qu'il donnait au roi de se tenir en garde contre le roi d'Espagne et la reine d'Angleterre.—Communication de ces papiers à Walsingham.—Protestation de Catherine de Médicis contre les avis donnés par l'Amiral.—Assurance qu'elle veut, ainsi que le roi, demeurer en constante amitié avec Élisabeth.—Inquiétude sur la manière dont elle aura accueilli la nouvelle de la Saint-Barthélemy.

Monsieur de La Mothe Fénélon, il s'est trouvé, entre les papiers du feu Admiral, une longue lettre qu'il escrivoit au Roy, Monsieur mon fils, laquelle il avoit commencée, dès quand il alla à la Rochelle, et continuée tousjours jusques à la mort; il y avoit une autre lettre avec, qu'il escrivoit à Telligny, par laquelle il le chargeoit expressément qu'après sa mort il présentât et fît voir au Roy la dicte lettre, par où il traitte et discourt plusieurs choses, luy faisant des remonstrances; et, entre autres particullarités, luy veut persuader que les plus grands ennemis qu'il ayt sont et seront tousjours le Roy d'Espaigne et la Royne d'Angleterre, quelque démonstration qu'ilz fassent du contraire, les apellant anciens ennemis de ceste couronne; et conseille le Roy, Mon dict Sieur et fils, de ne cesser jamais tant qu'il les ayt ruynés tous deux: ce que je veux faire voir au Sr de Walsingham, escript de la main du dict feu Admiral, afin qu'il cognoisse comme il n'estoit pas si affectionné à l'endroit de la dicte Royne qu'il disoit, ny tant desireus de nous entretenir en amitié avec elle; qui jugera bien sur cela que ce n'estoit que fiction du dict Admiral et un très dangereus et malin esprit qui ne pouvoit faire sinon mal, l'ayant bien monstré en la malheureuse conspiration qu'il avoit faicte contre son Roy et nous tous, qui luy avons tousjours faict tant d'honneur et de bien;

Vous ayant bien voullu escrire ce que dessus, afin que, si voyés qu'il soit à propos, vous en puissiés parler, et le faire entendre à la dicte Royne d'Angleterre; et l'asseurer que nous fairons tousjours envers elle le contraire du très malein conseil du dict Admiral; car nous sommes résolus de continuer à jamais, aultant qu'il nous sera possible, de nostre part, la vraye et parfaicte amitié d'entre elle et nous: et tant s'en fault que la veuillons diminuer ny changer, qu'au contraire, nous desirons la fortiffier, comme peut bien croire la dicte Royne; desirant et recherchant de si bon cœur et si fort son alliance, comme nous faisons; et en quoy, suivant ceste dépesche, je vous prie de persévérer tousjours, afin qu'en ayons la bonne issue que nous desirons, et que nous faict espérer vostre dernière dépesche, et ce que de La Mosle nous a dict de bousche;

Vous priant, au demeurant, nous escrire en quelle part aura pris la Royne d'Angleterre ce que luy aurés dict de la conspiration du dict Admiral et de ses adhérans, estant très nécessaire que vous entreteniés tousjours si bien ceste princesse que nous puissions demeurer avec elle en bonne paix, et que, du costé d'Escosse, nous y ayons la bonne part et intelligence que nous avons de tout temps acoustumé; car il nous importe grandement. Et m'asseurant que vous y continuerés vos soings et que vous n'y oublierés rien, je prierai Dieu, etc.

Escript à Paris, le VIIIe jour de septembre 1572.

CATERINE. PINART.