CXXVII
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
du XIe jour de septembre 1572.—
Conférence de Catherine de Médicis avec Walsingham sur la négociation du mariage.—Espoir qu'elle pourra être menée à bonne fin.—Proposition de l'entrevue dans l'île de Jersey ou de Guernesey.
Monsieur de La Mothe Fénélon, vous estes sy amplement adverty par les lettres du Roy, Monsieur mon filz, des propos que nous ayons euz avec le Sr de Walsingam, ambassadeur de la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur et cousine, que, m'en remettant au contenu de la dicte lettre[131], que je vous prie suivre suivant l'intention de Mon dict Sieur et filz, je vous diray que j'ay plus d'espérance, à présent, que le mariage d'entre la dicte Royne et mon filz d'Alençon se faira, que je n'eus onques; et ne puis croire que icelle Royne ne se résoulde, après qu'elle aura été esclarcye de la conspiration de l'Admiral et qu'elle aura bien entendu nostre bonne intention envers elle, et, en ce faisant, asseurer ses affaires et subjectz, comme elle peut aisément faire par le moyen du dict mariage. Aussy je vous prie continuer à faire toujours ce qu'il vous sera possible affin que nous y verrions clair le plus tost que vous pourrez: estant bien dellibérée de m'acheminer, et mener mon dict fils d'Alençon avec moy, pour faire l'entreveue, quand la dicte Royne vouldra. J'estime que, suivant ce que vous escrit Mon dict Sieur et filz, qu'il soit bien à propos de la faire ez isles de Jerzay et de Grenezay qui sont de ses possessions et assés près de la coste de Normandye et d'Angleterre, aussy pour sa commodité et la nostre; et sy les seuretés qu'elle peut desirer, et celles aussy, qui seroit besoing que y ayons, se y pourront bien accommoder, pour une part et pour l'autre, sans aucun doubte de péril ou danger. Sy elle trouve bon que ce soit ès dictes isles, il ne sera que bon de sentir de la dicte Royne et ses ministres quand elle voudra que ce soit, que je desirerois bien estre vers le XXe du moys prochain, et ce que l'on préparera, d'une part et d'autre, pour sa seureté et la nostre. Et j'ay veu aussy ce que me mandés du mèdecin Penna, encores que le visage de mon dict filz d'Alençon soit fort amandé et qu'il amande touts les jours, sy, suis je bien d'advis que le dict mèdecin y use des remèdes qu'il m'a faict voir par escript qu'il y faira; car il me semble que ce soit choses qui ne peuvent nuyre: estant ce que, pour ceste heure, j'ay à vous dire, priant Dieu, etc.
Escript à Paris, le XIe jour de septembre 1572.
Le dict mèdecin aisséra sa pratique sur un paige; et, l'esté, il usera de ses remèdes en mon dict filz.
CATERINE. PINART.