LIV
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
du XIe jour d'aoust 1570.—
Réponse aux nouvelles d'Angleterre.—Espoir que la pacification va rompre les projets hostiles des Anglais.
Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu vostre lettre du XXVe du passé[61], par laquelle vous m'avés bien au vray représenté l'estat auquel sont toutes choses par delà; mesmes l'espérance où est le duc de Norfolc de sa délivrance; les préparatifs d'armes que faict la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, tant par mer que par terre, soubz coulleur du soubçon qu'elle a prins de l'armement que faict faire le duc d'Alve, pour le passage de la Royne d'Espaigne; et aussy la grande intelligence qui s'est découverte parmi les Catholiques d'Angleterre, pour faire une nouvelle sublévation dedans le royaulme; ce que je pense estre plus pour ceste occasion que pour entreprinse qu'ils ayent sur mon royaulme. Dont, s'ils a voient heu quelque mauvaise vollonté, j'espère qu'elle leur sera diminuée par la pacification des troubles, que j'ay conclue avec les depputés des Princes, qui s'ont près de moy, estant le meilleur conseil que j'heusse peu prendre, puisque, par ce qui est contenu au mémoire et instruction particullière[62] que m'avés envoyé, il se cognoit clairement que ceux de delà regardent à accommoder leurs affaires avecque les Flamans, et à nourrir la guerre en mon dict royaulme, le plus qu'ils pourront, pour le rendre entièrement ruiné. Mais, quand ils entendront la nouvelle de la dicte pacification, je croy qu'ils se trouveront fort esloignés de leurs desseins, et que, si les seigneurs du conseil de par dellà vous ont cy devant faict quelque plus grande confirmation et démonstration de la bonne amitié que me porte la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, qu'ilz en fairont encores, à ceste heure, davantage, estant bien de tel humeur de se gouverner en semblables choses, selon qu'ils voyent noz affaires estre en bon train.
Touchant la Royne d'Escosse, ma belle sœur, il se recognoistra, au retour de Poigny, de quel fruict luy aura esté son voyage par delà, desirant que, en tout et partout, vous favorisiés ses affaires aultant qu'il vous sera possible; priant Dieu, etc.
Escript à St Germain en Laye, le XIe jour d'aoust 1570.
CHARLES. BRULART.