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LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
du XVIe jour d'aoust 1570.—
Retour de Mr de Poigny.—Avis donné au roi d'une entreprise projetée par les Anglais sur Calais.—Injonction faite à l'ambassadeur de demander à cet égard des explications à la reine d'Angleterre.
Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu vos lettres du VIe de ce moys[63] par le Sr de Poigny, et entendu de luy bien particullièrement tout ce qu'il a négotié avec vous envers la Royne d'Angleterre, pour le faict de la Royne d'Escosse; et attands, par la première dépesche, que vous me fairés, de sçavoir tout ce qui sera succédé, despuys son partement, en ceste négociation, m'asseurant bien que vous n'y obmettrés aulcune chose de tout ce que vous cognoistrés y debvoir estre faict pour le bien de mon servisse et prospérité de mes affaires.
Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, je vous ay voullu dépescher ce courrier exprès, et vous envoyer le double de l'advis qui m'a esté donné de l'entreprinse que l'on veut faire sur ma ville de Calais, affin que vous faciés entendre, de ma part, à la Royne d'Angleterre, qu'ayant faict envers elle tous les bons offices d'amitié qu'il m'a esté possible, lesquels j'ay tousjours heu vollonté de continuer, mesmes à présent, que j'ay pacifié les troubles de mon royaulme, j'aurois grande occasion de faire le contraire, s'il estoit vray qu'elle y heust aulcune vollonté ou intelligence, ou qu'elle ait commandé à ceulx, qui ont charge de ses forces sur mer, de ce faire.
Et, pour ceste occasion, je desire d'en estre esclerci et entendre par vous son intention et l'occasion pour laquelle elle a faict faire le dict armement, affin que, heue vostre responce là dessus, je pourvoye, de mon costé, à ce que j'auray à faire. A ceste cause, je vous prie que, incontinent que vous aurés receu la présente, vous regardiés de parler à elle le plus tôt que faire se pourra, et me mander ce que vous aurés peu cognoistre et sçavoir du contenu au dict advis. Sur ce, etc.
Escript à Paris le XVIe jour d'aoust 1570.
CHARLES. FIZES.