LXXV

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

(Lettre escripte de la main de la Royne.)

du XVIIIe jour de febvrier 1571.—

Consentement donné par le duc d'Anjou à son mariage avec Élisabeth.—Recommandation de presser vivement cette négociation.—Secret qui doit être gardé sur toute cette affaire.

Monsieur de La Mothe Fénélon, je vous ay escript une lettre de ma main par Sabran, et vous mandois que, voyant que mon fils ne voulloit se marier, que vous essayssiés de voir si la Royne d'Angleterre voudroit son frère d'Alançon, ou luy bailler quelqu'une de ses parantes. Or, despuys, j'ay tant faict que mon dict fils d'Anjou s'est condescendu à l'épouser, si elle le veut, ce qu'il desire, à ceste heure, infiniment. Ce que voyant, j'ai faict temporiser icy milord Boucaust, encore qu'il aye prins congé, affin qu'il vienne encore de nouveau parler au Roy, mon fils, et à moy; et qu'estant asseurés à présent de la vollonté de mon dict fils, nous luy en parlions en façon que la Royne, sa Maistresse, à son retour, cognoisse qu'il ne tient plus à nous que, si elle a envie de se marier, et espouser mon fils, la chose s'effectue avec son honneur et le nostre.

De quoy je vous ay bien voullu advertir par ce porteur que je retins jusqu'à présent pour l'espérance que j'avois de gaigner à la fin mon fils comme j'ay faict; et le vous ay voulleu escrire de ma main pour estre très nécessaire, si la chose se debvoit faire, qu'elle se vît plus tot faicte et le mariage conclud que sceu. Et, pour ceste occasion icy, nous faisons tousjours entendre à tous secrettaires et aultres, que je n'ay jamais peu gaigner mon fils à se voulloir marier. Et parce que tout le monde parle, je vous prie, dorénavant, n'escrire plus de ce propos par lettre qui puisse venir entre aultre main que les miennes, et que personne ne les aye ni voye que le Roy, mon fils, son frère et moy; et aux aultres lettres qui seront des aultres nouvelles et affaires, le secrettaire les aye comme avés acoutumé, mais qu'il n'y aye jamais rien qui parle de ce mariage; lequel desirons qu'il ne traine point, mais, incontinent que le milord sera de retour, que vous taschiés de descouvrir ce qu'il aura dict, et sur cella la vollonté de la Royne d'Angleterre, et nous mandiés comment nous aurons à nous y conduire, affin que bientost nous en puissions avoir l'issue qu'en desirons; et surtout que les Catholiques n'en prennent umbre, mais gaignez les de façon qu'ils le desirent, et leur faictes cognoistre le bien et advantage que ce leur sera.

J'ay entendu ce que m'aviés mandé par ce porteur qui me semble que c'est un bon acheminement, et que j'espère conduire le reste de façon que la fin en sera heureuse et comme la desirons; ce que attendant, je prie Dieu qu'il vous aye en sa saincte garde.

De Paris ce XVIIIe jour de febvrier 1571.

CATERINE.