LXXIV
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
du VIIIe jour de febvrier 1571.—
Déclaration du roi que l'entreprise faite en Irlande par des Bretons a eu lieu sans son aveu.—Ordre donné pour en faire punition.—Vive recommandation en faveur de Marie Stuart.—Désir du roi de se rendre au vœu d'Élisabeth, en appuyant auprès de l'empereur le projet de la réunion des églises.—Déclaration faite par le roi à Walsingham concernant l'entreprise des Bretons en Irlande.
Monsieur de La Mothe Fénélon, par la dépesche que je vous ay faicte par le sieur de Sabran, je vous ay amplement respondu à voz dernières dépesches, si ce n'est à celle du XXIIIe de janvier, qui arriva, avant hier, à l'heure du départ du dict Sabran que je ne voullus rettarder davantage; et remis à vous y faire responce à présent[85], que je vous prie d'assurer la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, qu'elle ne doibt pas s'imaginer que je permette jamais qu'aulcun de mes subjects entreprenne rien en Irlande contre son service, ayant été bien surprins de l'advis qu'elle vous à baillé par escript, que j'ay veu, où elle dict que le capitaine La Roche, gouverneur de Morleys en Basse Bretaigne, y est allé avec quattre navires, ayant intelligence avec un nommé Fitz Maurice, que le mémoire porte aussy qu'il est à présent secrettement en Basse Bretaigne à solliciter pour avoir des forces, affin de les mener à ce printemps en Irlande. Ce que je ne puis croire, ny pareillement que le sieur de Crenay, cappitaine de Brest, ait prins d'Angin et une petite isle qui est, à ce qu'a déclaré le dict advis, assez près d'Irlande; car je vous asseure que ce sont choses dont je n'oïs jamais parler qu'à la réception de vostre dicte dépesche.
J'ay desjà donné ordre de m'en informer certènement pour en faire justice exemplaire, s'il se trouve qu'il en soit quelque chose; car j'ay tousjours desiré, comme encore je veux de bon cœur, entrettenir la paix, amitié et bonne intelligence qui est entre ma dicte sœur, la Royne d'Angleterre, et moy; m'asseurant que, de sa part, elle est en pareille vollonté, comme vous me mandés, et que, suivant ce qu'elle vous a promis, elle tiendra bientost la promesse, et parole qu'elle vous a si expressément donnée pour ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, qu'en cas qu'il ne se fasse rien par le traicté, qu'elle ne laissera pas de la mettre en toute liberté ez mains de ses bons subjects: ce que attendant, je n'ay pas voullu que l'ordre que j'avois donné pour secourir ma dicte sœur se soit avancé.
Je vous recommande tousjours de donner à ses affaires toute l'assistance que vous pourrés, suivant les dépesches que je vous ay cy devant faictes, par lesquelles vous estes si amplement informé de mon intention qu'il n'est besoin vous la réitérer. Aussy, pour la fin de ceste cy, seullement je vous diray que je seray tousjours bien aise de m'employer à un si bon œuvre que celluy pour lequel elle vous a prié de m'exhorter: qui est qu'avec la bonne intelligence que j'ay avec l'Empereur, mon beau père, je peusse mettre en avant quelque honnorable moyen d'accord et de réunion en l'Eglise, ce que je désire plus que chose de ce monde, et que je prie Dieu nous donner, vous priant l'asseurer que, l'occasion s'en présentant, c'est chose que j'embrasseray de toute syncère et vraye affection. Sur ce, etc.
Au chasteau de Bouloigne, le VIIIe jour de febvrier 1571.
Monsieur de La Mothe Fénélon, despuys cette lettre escripte, le Sr de Walsingam, à présent ambassadeur de ma dicte sœur, la Royne d'Angleterre, nous est venu faire grande instance pour le faict de Irlande. Sur quoy la Royne, Madame ma mère, et moy luy avons respondu le mesme langage cy dessus déclaré, et asseuré que, pour ce que s'il s'est faict, ç'a esté sans que en ayons rien sceu, nous donnerons ordre d'en faire faire punition exemplaire: de quoy vous pouvés assurer ma dicte sœur, et luy dire que les pratiques et aultres choses, qui se font au préjudice et contre ce qui a esté accordé pendant la suspension, se font par aultres que par moy ni mes ministres, et sans que je l'entende.
CHARLES. PINART.