LXXXIX
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON
du IIIe jour de juillet 1571—
Envoi du portrait du duc d'Anjou.—Instances pour que la négociation du mariage une prompte solution.—Demande du portrait de la reine d'Angleterre.—Promesse du portrait de la duchesse de Nevers.—Espoir que le duc de Montpensier consentira à la donner en mariage à Leicester.
Monsieur de La Mothe Fénélon, pour ce que la peinture de mon fils n'estoit pas du tout parachevée, quand vostre homme partit dernièrement, je ne vous l'ay plus tôt peu envoyer qu'à ceste heure par Vassal, présent porteur; encores n'a ce peu estre en une seulle peinture, de la main de Me Jarriet, comme j'heussé désiré. Il n'eust le loisir que de faire, comme vous verrés, le visage, qui est fort bien, et parfaictement faict, après le vray naturel; et l'aultre peinture, qu'il a aussy faicte, servira seullement pour la taille, qui est aussy la vraye semblance de mon dict fils, mais il ne s'est pas, en ceste peinture, amusé à faire parfaictement le visage, pour ce que l'aultre estoit faict et que je voullois faire partir en dilligence ce porteur.
Je suis d'advis que vous baillez les dictes deux peintures au sieur comte de Lestre et faudra que vous luy fassiez aussy entendre ce que je vous ay mandé, et que vous accommodiez cella de telle sorte qu'il soit prins de bonne part, en attendant que le dict Me Jamet ait paraschevé la peinture qu'il faict en plus grand volume, que j'espère vous envoyer cy après, si nous voyons que les choses succèdent comme je le desire, et qu'il me semble que l'on desire aussy par delà, par ce que j'ay veu par voz dernières petites lettres[101], l'une du jour de St Jehan qui estoit dedans un de voz pacquetz, et l'aultre que m'a baillée ce dict porteur.
Auxquelles, pour responce, je vous diray que nous avons prins fort grand plaisir d'entendre, par icelles, que les choses soyent en si bons termes, et tant affectionnées de la part de la Royne d'Angleterre et du dict comte de Lestre, et aussy du comte de Sussex et de milord Burgley, auxquels nous sçavons infiniment bon gré des bons offices qu'ils font; mesmement au dict sieur comte de Lestre, qui démonstre bien, par ce que me mandés, la bonne volonté qu'il y a, dont il se peut asseurer que, les choses advenant ainsi que j'espère qu'elles fairont et comme nous le desirons, qu'il cognoistra par effect le bon gré que luy en sçavons. Mais, affin que cessy soit bientost résollu, il fault que, par son moyen, les articles que nous demandons et qui sont mentionnés en l'instruction que vous a portée le Sr de Larchant, nous soyent accordés, s'il est possible, avec le plus d'avantage que vous pourrez les estendre et moyenner, et que cella soit asseuré, sans le remettre à quand mon dict fils sera par delà, comme me mandés par vostre dicte lettre. Et par ce moyen mon dict fils en aura plus de contentement et d'obligation à la dicte Royne et aux gens de bien qui manient cest affaire; lesquelz je vous prie d'entretenir toujours en la bonne volonté et affection qu'ilz montrent avoir en cest affaire, et qu'ilz fassent en sorte que les choses n'aillent point à la longue, et que, pour oster le moyen à ceux qui y veullent traverser, le tout se puisse promptement résoudre comme il est très nécessaire, et que nous le desirons; vous priant de continuer à travailler tellement en cessy, comme desjà vous avés si bien commencé, que de brief nous y puissions voir une bonne et honnorable résollution.
Je vous prie me faire ce plaisir que je puisse avoir bientost une peincture de la Royne d'Angleterre en petit volume, de la grandeur (et qu'elle soit bien pourtraicte), et faicte de la façon mesme de celle que m'avez envoyée du dict comte de Lestre, ainsi que vous dira le dict Vassal; car la peinture que nous en avons est du tout en plat, qui n'a pas si bonne grâce qu'elle aura, estant un peu tournée sur le costé droict.
Et quand à ce que m'avez escript d'icelluy sieur comte de Lestre, je suis bien marrie que, par ce dict porteur, je ne luy peus envoyer la peincture de ma cousine la duchesse de Nevers de Montpensier, mais elle ne s'est poinct encore faicte peindre, à cause qu'elle a esté un peu malade; le peintre y travaille, et j'espère vous l'envoyer incontinent qu'il aura faict. Je luy ay parlé de ce que sçavés: elle m'a fort sagement respondu qu'elle n'avoit aultre volonté que celle de mon cousin le duc de Montpensier, son père, qui est en sa maison de Champigny. Je lui en eusse volontiers escript, mais vous cognoissés le personnage; qui pense que le meilleur sera que je luy en parle moy mesme, comme je fairay aussytost qu'il sera avecque nous, et de si bonne affection que j'espère que icelluy sieur comte en recevra satisfaction et contentement. Me remettant, pour le reste de voz dépesches, à ce que vous escript le Roy, Monsieur mon fils[102], et à ce qu'il vous mande pour responce à voz dernières dépesches, je ne vous fairay plus longue lettre si n'est pour vous recommander encores une fois d'affection la dicte négociation des petites lettres, dont j'espère que nous aurons bientost de bonnes nouvelles par le Sr de Larchant; priant Dieu, etc.
Escript à Monceaulx, le IIIe jour de juillet 1571.
CATERINE. PINART.
(Est adjousté de la main de la Royne.)
Je vous prie que bientost en puissions voir ce que desirons, car la longueur ne porte que subject à ceux qui ne desirent la grandeur de mon fils, et qui ayment mieux leur maison, bien et grandeur qu'ils espèrent icy, qui ne font que luy dire beaucoup de choses qui ne peuvent apporter rien de bon à son servisse.