XCV
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
du XXVIIe jour de septembre 1571.—
Retour de Mr de Foix.—Audience accordée par le roi à Walsingham.—Résultat de la mission de Mr de Foix sur la négociation du mariage.—Désir que Burleigh soit désigné par Élisabeth pour passer en France.—Approbation de la déclaration faite par l'ambassadeur en faveur du duc de Norfolk au sujet de l'argent destiné pour Marie Stuart, qui forme l'un des chefs d'accusation contre lui.—Refus du roi d'écrire à Élisabeth en faveur du duc dans la crainte de lui nuire.—Nécessité de suivre les instructions précédemment transmises sur l'Écosse.
Monsieur de La Mothe Fénélon, mon cousin, le Sr de Foix, est arrivé devers moy despuis cinq ou six jours en ça, duquel j'ay bien particullièrement entendu comme toutes choses se sont passées, par delà, en la négociation que vous et luy avez eu à manier avec la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, dont je demeure infiniment content et satisfaict de la grande dextérité avec laquelle vous vous y estes tous deux comportés.
Sur quoy, ayant faict venir devers moy le Sr de Walsingham, sabmedy dernier, la première chose que je luy ay dicte, ç'a esté que je remerciois, de toute la plus grande affection qu'il m'estoit possible, ma dicte bonne sœur du bon accueil et honnorable traictement que mon dict cousin m'avoit asseuré avoir receu d'elle en son voyage, duquel je luy sçavois aultant de gré et en recevois le mesme contentement que s'il eust esté faict à moy mesme. Puis je suis venu à luy dire que, à ce que j'avois peu cognoistre, les demandes raisonnables que je faisois pour mon dict frère, touchant le faict de l'exercisse de sa religion, n'avoient esté receues de ma dicte bonne sœur ainsi que j'espérois, encores qu'il me semblast qu'elles estoient assés tolérables, veu que mon dict frère ne voulloit rechercher, en façon du monde, qu'il feust rien changé au royaulme d'Angleterre au faict de la religion qui est à présent establie, mais seulement qu'il luy feust permis, pour servir à sa conscience, d'avoir l'exercisse libre de sa dicte religion pour luy et sa famille; dont mon dict cousin auroit mis en avant que mon dict frère se contenteroit qu'il luy feust donné asseurance, par une simple lettre missive de ma dicte bonne sœur, que, faisant le dict exercisse, ilz ne recevroient aulcun dommage; à quoy voyant qu'elle estoit bien loin de condescendre, mesmes par le propos que milord Burgley dict à mon dict cousin que ma dicte sœur ne pourrait permettre que mon dict frère peût faire dire la messe au dict Angleterre, il me sembloit que c'estoit une occasion qu'elle voulloit prendre pour se despartir de la négotiation du dict mariage; et toutesfois, d'autant que j'avois trouvé quelque obscurité en ses responces, j'attandois à y assoir plus certain jugement jusques à l'arrivée d'icelluy de ses conseillers que mon dict cousin m'a dict qu'elle délibéroit envoyer par deçà, lequel je l'asseurois qu'il seroit le très bien venu, et entendrois fort vollontiers de luy toutes choses concernant ce faict, pour en demeurer davantage esclerci.
Qui est le sommaire des propos que j'ay eus avec le dict Sr de Walsingam qu'il a faict contenance de bien recevoir, les vous ayant voullu aussy brièvement discourir, affin que vous teniés un mesme langage à ma dicte bonne sœur, et puissiés juger si ce qu'il en mandera par delà s'y trouvera conforme; vous voullant bien dire là dessus que je desire infiniment l'acheminement de celluy des dictz conseillers que doibt envoyer ma dicte bonne sœur, avec lequel j'espère traicter de toutz ces affaires fort commodément, et mesme de ce qui se pourra mettre en avant, non seullement pour l'assurance de la continuitté de nostre commune bonne amitié et intelligence, mais aussy pour l'accroistre et augmenter en tout ce qui sera possible. Et partant je vous prie, Monsieur de La Mothe Fénélon, d'avancer dextrement, aultant que vous pourrés, l'envoy du dict conseiller, et si ceste charge s'adressoit au dict milord Burgley, j'en serois d'aultant plus aise que je sçay qu'il est personnage duquel ma dicte bonne sœur a grande confience.
Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, je vous ay faict une bien ample dépesche, du Xe de ce moys, par laquelle je pense vous avoir esclercy de toutz les poinctz dont vous desirés avoir lumière de moy; despuis laquelle j'ay receu voz deux dépesches du VIIe et XIIe de ce moys[105], sur lesquelles il ne m'eschet à vous dire aultre chose sinon, quant à celle du dict VIIe, que je trouve fort bon ce que vous avés dict librement à ceux du conseil de delà, touchant les deux mille escus que avés envoyés en Escosse à Vérac par le moyen du secrettaire du duc de Norfolk, ce qu'ilz n'ont occasion de trouver mauvais, quand ilz y auront bien pensé. Mais d'escrire à ma dicte bonne sœur en faveur du dict duc, pour modérer la recerche que l'on luy veut faire de sa vye, à cause de ce que son secrettaire a voullu moyenner l'envoy des dictz deux mille escus, de quoy vous pensés qu'il n'a rien sceu en façon du monde, c'est chose qu'il ne me semble aulcunement à propos de faire pour ceste heure, pour estimer que cella luy porteroit plus de domage que de profit; estant toutesfois résolu, si j'entendois cy après qu'il feust pressé et poursuivy de sa vie pour ce faict, d'employer tout ce que je puis avoir de faveur et crédit envers ma dicte bonne sœur, pour le garder de tomber en inconvénient; ne faisant poinct de doubte que la Royne d'Escosse, ma belle sœur, n'en souffre de son costé. Ce que je conjecture mesmement parce que vous a mandé le dict milord Burgley, que sa Maistresse ne vouloit plus souffrir que aulcun demeurât par delà pour la dicte Royne d'Escosse; et néantmoins je desire que, pour cella, vous ne laissiés à la requérir doucement d'accorder à l'archevesque de Glasco le passeport dont je vous ay escript cy devant pour aller rendre compte à sa Maistresse de ses affaires de deçà.
J'ay veu ce que me mandés de l'escarmouche qui est passée en Escosse entre ceux de Lislebourg et du Petit Lict, ne voyant rien en toutes ces choses ainsi advenues, et mesmes en l'accord que les comtes d'Arguil, de Casseilles, d'Eglinthon et milord Boit ont faict avec le comte de Morthon qui ne me fasse desirer que vous suiviés ce que je vous ay escript par ma susdicte dépesche du Xe, pour accommoder en Escosse les affaires de ma dicte belle sœur. Sur lesquels je pourray prendre encores, cy après, plus certaine résollution, à l'arrivée de ce conseiller qui me viendra de la part de ma dicte bonne sœur, attandant lequel, quand vous tiendrés les choses en quelque estat, ce ne sera que bien faict, car j'espère me servir grandement de la venue du dict conseiller à accommoder les dictz affaires d'icelle ma belle sœur; priant Dieu, etc.
Escript à Blois, le XXVIIe jour de septembre 1571.
Ainsi que je voullois signer ceste lettre, j'ay receu vostre dépesche du XVIe de ce moys[106], par laquelle j'ay veu, ensemble par les advis et coppies des lettres qui estoient encloses avec la dicte dépesche, ce qui est advenu en l'entreprinse que ceux de Lislebourg avoient faicte sur Esterling, où il se trouve pour conclusion que le comte de Lenox a esté tué[107], vous advisant que je regarderay cy après à prendre une bonne résollution sur les affaires de ma dicte belle sœur, laquelle j'ay grand regret de voir ainsi travaillée que le tesmoignent les lettres qu'elle vous a escript.
Ce XXVIIe jour de septembre 1571.
CHARLES. BRULART.