XVIII
Mr DE LA MEILLERAYE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
du XVIIe jour d'aoust 1569.—
Plaintes contre les déprédations des Anglais.—Vive recommandation adressée à l'ambassadeur de communiquer sans retard les entreprises qui pourraient être préparées en Angleterre.—Nouvelles de la guerre.—Siège de Poitiers. —Secours introduit dans la place.—Bon espoir que la ville ne pourra être forcée.
Monsieur, j'ay receu vostre lettre en dabte du dixiesme du présent, avecques celles que escrivez à Mr le mareschal de Cossé, lesquelles j'ay ouvertes suivant ce qu'il m'en a dict, à son partement de ce païs, pour y aprendre chose pour le service du Roy qui requist prompt remède. Et à mesme instant j'ay envoyé vostre dicte lettre par l'un des myens que j'ay envoyé vers Leurs Majestés, auquel j'ay donné charge d'en pourchasser la responce, et pareillement d'aultre vostre despesche, du premier jour de ce mois, qui a passé par mes mains; par toutes lesquelles j'ay apris le bon acheminement que vous prenez pour faire raison aux subjectz du Roy qui certainement ont esté jusques à icy fort gourmandez; et pour m'asseurer que vous vous y emploierez de tout vostre pouvoir, je ne vous en feray plus ample recommandation, et seullement vous diray que, de jour à aultre, il se commect sur les dictz subjectz plusieurs piratteries et déprédacions, et ne puis croire que, si la Royne d'Angleterre commandoit en estre faict quelque pugnition exemplaire, telles chozes ne cessassent en peu de temps. Bien est vray que nous ne nous pouvons plaindre des expédictions qu'elle faict donner en son conseil pour la restitution des dictz biens déprédés, mais l'exécution ny les effectz ne sont semblables.
Et quand au regard des préparatifs qui se font par delà par la conduicte de l'agent du prince d'Orange et autres qui s'empeschent de telz dessaingz, en intention, comme il est bien à penser, de porter dommage aux affaires du Roy, je vous prye, à tout le moyns, sy n'avez moïen de les faire rompre et divertir, que soyons advertiz à temps de leur embarquement et des chozes qui le mériteront pour tant plus nous préparer de les recepvoir au cas qu'ilz nous voulsissent venir veoir; vous voullant bien dire sus ce propos, qu'il reste par deçà une bonne quantité d'hommes qui ont très bonne dévotion de les empescher d'entreprendre choze qui tourne au préjudice du service du Roy; et trouveront le tout en aultre estat que beaucoup ne le despeignent, en intention de tant plus les convier à exécuter ce que eux mesmes ne peuvent faire sans l'aide d'aultruy; et néantmoyns espère bien que tous ensemble y perdront leur peine.
Et quand à ce qui touche l'estat des affaires de la guerre, je ne vous en feray long discours pour le présent, sinon vous dire que, ayans les ennemys assiégé Poictiers, et admené bonne quantité de monitions en intention d'y faire brêche, en voïant le peu d'advantage qu'ils en espéroient, ont changé de batterye et remplacé leurs pièces aultre part, qui est un tel signal que pouvez penser, joinct le grand nombre de gens de bien qui sont dans la dicte ville, que l'on n'en doibt attendre que une très bonne yssue pour le service du Roy. Et y sont entrez de renffort, puys quelques jours, le cappitaine Annoux, maistre de camp, le cappitaine Sarrioux et aultres hommes signallez, accompaignez de mil ou douze centz harquebuziers choisys; lesquelz en entrant, ont taillé en pièces le corps de garde des dictz ennemis, qui font grandes pertes aux saillyes qui se font journellement, de sorte qu'ilz n'eussent peu entreprendre choze plus à leur ruyne pendant que nostre armée s'est quelque peu rafreschye, et que l'on a rassemblé la gendarmerye, laquelle faict monstre généralle dans le vingt cinquiesme de ce mois. Et croïez que, le tout remys ensemble, il fauldra que les dictz ennemys changent de desseing; qui sera, comme je présume, très bon subject de refroidir ceux qui auroient envye d'entrer en ceste province.
Et pour la fin de ma lettre, je vous puis asseurer que je seray fort songneux, d'icy en avant, de vous faire part des occurrences qui s'offriront par deçà, comme aussy je vous prye en faire le semblable de vostre part, estant très certain que mon Maistre aura ceste correspondance fort agréable; qui sera l'endroict où présentant mes affectionnées recommandations à vostre bonne grâce, etc.
De Fontaines le Bourg, ce XVIIe jour d'aoust 1569.
Vostre bien humble et plus affectionné amy,
FRANÇOIS.
Je vous prye, venant homme seur par deçà, me faire entendre en quel estat sont les affaires d'Escosse et Hirlande, et quelle obéissance y est rendue à la Royne d'Angleterre.