XIX
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
du XXXe jour d'aoust 1569.—
Nouvelles du siège de Poitiers.—Déclaration du roi qu'il ne veut poser les armes qu'après la soumission des protestans.—Résistance de Poitiers.—Résolution du roi de faire approcher son armée pour forcer les protestans à lever le siège.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Poictiers ny de tenir un si long siège, qu'il y a qu'ilz sont, sans y avoir rien gaigné là, grâce à Dieu, que la perte de beaucoup d'hommes, vous voulant bien dire sur ce que me mandez qu'elle a fort essayé de sçavoir de vous: si mon intantion estoit de mestre fin à ceste guerre et aux différans de la religion, par armes ou autrement, que je désire, si elle tombe, cy après, avec vous sur semblables propos, que vous luy faictes entendre que le vray et principal but de la présente guerre c'est de me fère rendre par toutz mes subjects l'obéissance qui m'est due; d'establir ung bon repos en mon royaume, et de régner roy paysible sur mes subjectz, ainsy que ont faict mes prédécesseurs, ne voulant plus que les troubles et remuemens, qui ont esté cy devant suscytez sur l'occasion de mes jeunes ans, soient, à ceste heure, continuez, que Dieu, par sa grâce, m'a donné eaige et sens pour gouverner mes dictz subjectz.
Ainsy que j'estois sur le point de vous faire la présente, la vostre du XVe est arrivée[19], par laquelle me mandez les sollicitations que continuent de faire de par delà mes dictz rebelles; à quoy je ne vous sçaurois dire autre chose, sinon que vous vous y oposiez tousjours, le plus vivement que vous pourrez. J'ay veu le beau discours qu'ils ont envoyé par delà auquel ilz n'ont pas manqué, comme de coustume, d'estendre les choses fort à leur avantage sans ..... vérité qui ..... leurs ordinaires artifices qui ne peuvent ..... qu'il est.....
Il y a plus d'ung moys que mes dicts rebelles sont au siège de Poitiers, où, après avoir faict bapterie d'artillerye en plusieurs endroictz, consommé ung grand nombre de monitions, et tanté par quelquefoys s'ils pourroient entrer dedans par la force, ilz ont trouvé si forte résistance des gens de bien qui y sont, que, se voyant désespérez de l'avoir par la force, ilz se sont résoluz d'attandre que la nécessité des vivres contraigne ceux dedans de se randre; vous laissant à penser si ceste leur espérance est bien fondée, estant la dicte ville grandement pourveue de vivres, comme elle est, et estant mon armée preste à estre remise toute ensemble dedans quatre ou cinq jours; qui sera bien le nombre de sept à huit mille chevaux et de quinze ou seize mil hommes de pied, avec laquelle je suis dellibéré de les faire approcher de sy prez qu'ils seront contrainctz de lever le siège. Priant Dieu, etc.
Escript au Plessis lès Tours, le XXXe jour d'aoust 1569.
CHARLES. BRULART.