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LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

du VIe jour de septembre 1569.—

Satisfaction du roi de la conduite de l'ambassadeur.—Demande que défense soit faite aux navires anglais de se rendre à la Rochelle.—Offre de Bordeaux pour fournir au commerce des Anglais.

Monsieur de La Mothe Fénélon, depuys la dernière despesche que je vous ay faicte, qui a esté du XXXe du passé, m'ont esté aportées les deux vostres des XXIIe et XXVIe du dict passé[20]; par la première desquelles vous me discourez bien amplement des honnestes propos que la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, a tenuz aux marchans qui sont allez par delà pour l'accord de la restitution des marchandises arrestées, et l'instance que vous luy avez faicte sur la sortye des ourques, qu'elle a excusée le mieulx qu'elle a peu. Toutesfois il se cognoit assés, par la tacite permission qu'elle a donnée de les emmener, que c'est toujours soubz main favoriser les entreprinses des rebelles; et faictes bien, voyant telles choses, de vous y opposer fort fermement, car cella la rendra plus retenue et réservée en ses actions, et à empescher qu'elle ne se laisse du tout surmonter aux persuasions de ceux qui luy conseillent de se remuer contre moy.

L'instance que vous avez faicte aussy, envers ma dicte bonne sœur, pour la Royne d'Ecosse, n'a esté que bien à propos, quant ce ne seroit que pour découvrir le fonds de l'intention qu'elle a en son endroict, de laquelle je me suis toujours bien doubté; et que les déclarations[21] qu'elle a demandées de la Royne, Madame et Mère, de mon frère et de moy, n'ont esté que pour remettre les choses toujours les plus à la longue qu'elle pourra. Et toutesfoys ce n'est peu faict de l'avoir pressée sy fort qu'elle ait été contraincte de vous dire, en descouvrant le mescontantement qu'elle a de la dicte Royne d'Escosse, que l'on ayt patiance jusques à quinze jours, dedans lesquels elle procèdera en son affaire de telle sorte que les princes chrétiens en auroient contantement; vous priant de l'entretenir en ceste bonne volonté, et de faire tant, s'il est possible, qu'elle réussisse à quelque bon effect.

Qui est tout ce que j'ay à vous dire sur la dicte lettre, et qui me fera venir à celle du dict XXVIe, par laquelle me mandez la diversité des advis que avez euz du chemin que prenoyent les françois et flamans, sortys de Londres; sur lesquels vous avez eu bon subject de tenir aux seigneurs du conseil de par dellà le langaige dont vous leur avez uzé, encores que tousjours ilz parent leurs actions des plus belles excuses qu'il leur est possible; et ferez fort bien, survenant telles choses, d'en tenir tousjours advertys de bonne heure les Sr de Piennes et de La Meilleraye, afin qu'ils soient plus sur leurs gardes.

Je desire que vous requerriez ma bonne sœur qu'elle ne souffre que ses subjects aillent à la Rochelle, et luy dictes que, s'ilz veuillent aller à Bourdeaux, ils y trouveront les danrées et marchandises qu'ils desirent achepter, avec autant et plus de commodité qu'ilz feroient à la Rochelle; et si, en ce faisant, sera entretenir le commun bon respect que nous nous debvons l'un à l'autre.

Qui est tout ce que je vous puis escripre pour le présent et l'endroict où je prie Dieu, etc.

Escript au Plessis lès Tours, le VIe jour de septembre 1569.

CHARLES. BRULART.