XXI
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
du VIe jour de septembre 1569.—
Assurance qu'il n'a été remis au roi aucune remontrance de la part des protestans qui font le siège de Poitiers.—Approbation de la conduite tenue par l'ambassadeur à l'égard de Marie Stuart.—Départ du duc d'Anjou pour se mettre à la tête de l'armée, et faire lever le siège de Poitiers.
Monsieur de La Mothe Fénélon, je suis bien aise de la bonne espérance que vous avez que les marchans qui sont allés par delà pour la restitution des marchandises arrestées, tant en Angleterre que en ce royaume, pourront conduire les choses à quelque bon accord; et est ce que nous desirons grandement, m'esbahissant fort, d'autre part, de ce que la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, vous a dict, sur le propos du siège de Poitiers, de la remonstrance que ceux, qui sont devant le dict Poitiers, ont envoyé présenter au Roy, Monsieur mon fils, et que même il ayt esté mandé par delà que l'on l'ayt envoyée par le comte de Retz; car c'est chose évidemment contraire à la vérité. Et n'avons jamais, le Roy, Mon dict Sieur et fils, ny moy, veu la dicte remonstrance, sur laquelle vous avez répondu fort prudemment et selon l'intention du Roy, Mon dict Sieur et fils, qui n'aura occasion de recepvoir jamais aucune remonstrance d'eulx qu'ils ne soient premièrement mis en estat de bons et loyaulx subjectz, en déposant les armes et se randant dignes, par tel moyen, d'estre receuz en sa bonne grâce, laquelle il ne leur refuzera jamais, quand, de leur costé, ils la rechercheront, selon qu'ils le doibvent faire; estant, au demeurant, bien resjouye de veoir, par vostre lettre du XXVIe, qu'il y ayt plus d'espérance à l'accommodement des affaires de la Royne d'Escosse qu'il n'y avoit, lors de vostre dépesche précédante du XXIIe; et ne sera oublyé, pour toujours les favoriser, de tenir à l'ambassadeur d'Angleterre le mesme langaige que vous avez faict par delà à ma dicte bonne sœur.
Au demeurant, quant à noz nouvelles, je vous veux bien dire que, hier, mon filz, le Duc d'Anjou, partit pour aller trouver nostre armée, qui s'estoit jà acheminée devant au lieu de la Haye, distant de Poitiers, de douze petites lieues seulement, d'où il espère bien de s'approcher sy bien du dict Poitiers, dedans peu de jours, qu'il contraindra ceulx qui sont devant d'en lever le siège; se disant par les dernières nouvelles, que nous avons confirmées de diverses personnes, que l'Admiral estoit bien fort malade, et qu'il ne sortoit point de la chambre. Dedans peu de jours, nous verrons la résolution qu'ilz prendront, voyant nostre dicte armée les aprocher, chose qui leur ostera toute l'espérance qui leur restoit de prendre la dicte ville de Poitiers par nécessité, après avoir veu que la force n'y pouvoit rien; et sera bien pour confirmer le mauvais mesnage qui commanceoyt jà estre entre eux et leurs reystres, desquels ils ont assigné le payement sur la prinze du dict Poitiers; ayant, au demeurant, escript par toutz les endroits à ceulx de leur opinion qu'ilz regardassent à les aider et secourir de deniers et d'hommes dont ils ont perdu un grand nombre au siège du dict Poitiers. Et sur ce, etc.
Escript au Plessis lès Tours, le VIe jour de septembre 1569.
CATERINE. BRULART.