XXVI
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
du XXXe jour de septembre 1569.—
Confiance dans la prudence de l'ambassadeur pour traiter les négociations secrètes dont la direction lui a été remise.—Bonnes dispositions de l'armée catholique à livrer bataille.
Monsieur de La Mothe Fénélon, nous avons bien particulièrement entendu, par vos deux dernières despesches, des XIIIIe et XIXe de ce moys, l'estat auquel sont les choses de par dellà, les propos que vous a tenuz la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, sur la nouvelle que le Roy, Monsieur mon filz, luy a donnée des mariages de luy et de ma fille, et aussy sur le faict de la Royne d'Escosse, contre laquelle elle se monstre, de jour en jour, plus offencée, ainsy mesme que le tesmoingne la lestre que m'avez escripte de vostre main, desirant le Roy, Mon dict Sieur et fils, que vous regarderez à traicter dextrement ce qu'il vous a mandé par celle que Sabran vous a portée[27]; dont vous sçaurez bien juger si l'occasion ne s'en présente pas à propos.
Quant à l'estat de nos affaires, il est tel que nostre armée estant aujourdhuy renforcée d'ung bon nombre de chevaux françoys, que mon frère a attendu au séjour qu'il a fait à Chinon, il est après à suivre nos ennemys, qui sont au dedans de leur conqueste, pour les attirer au combat; dont, dedans peu de jours, il se sçaura certainement ce qui s'en devra espérer, estant la dicte armée aussy belle et en la plus grande dellibération de bien faire qu'il se peut dire; priant Dieu, etc.
Escript au Plessis lez Tours, le dernier jour de septembre 1569.
CATERINE. BRULART.