XXV

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

du XXXe jour de septembre 1569.—

Satisfaction du roi des réponses d'Élisabeth aux communications qui lui ont été faites.—Refus de consentir à la restriction du commerce avec les Pays-Bas.—Recommandation en faveur de Marie Stuart.—Nouvelles assurances qu'il ne se fait pas de levée en Allemagne.—Envoi d'un secours d'hommes et d'argent à Dumbarton.

Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu voz deux dépesches des XIVe et XIXe de ce moys[26]; par la première desquelles j'ay entendu les propos que vous a tenuz la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, sur la nouvelle que je luy ay départye de mon mariage, de quoy elle fait démonstration de recepvoir quelque plaisir et contantement, dont je suis bien ayse, semblablement aussy de la promesse qu'elle vous a faicte que aucuns de ses subjectz ne secoureroient, en façon du monde, ceux de la Rochelle de pouldres, armes ny de monitions; à quoy vous aurez l'œil ouvert qu'il soit satisfaict et à toutes autres choses convenables à nostre commune amitié, sans en laisser passer une seule qui y contrevienne que vous n'en faictes instance.

Quant à la restriction du trafiq des Pays Bas, c'est chose à quoy, si elle vous en reparle, je desire que vous luy faictes entendre que je ne le puis honnestement consentir pour estre contre les traictez, me semblant que ma dicte bonne sœur n'en doibt faire aucune instance, estant les différants, d'entre elle et le duc d'Alve, sur le point d'estre accordez; et que, si elle se vouloit arrester là dessus, cela fairoit cognoistre qu'elle auroit plustost envye de nourrir les dictz différantz que de les accommoder.

Pour le regard de la Royne d'Écosse, je vois bien que ma dicte bonne sœur continue toutjours à tenir la conclusion de ses affaires en longueur, mais vous la solliciterez ordinairement d'y prendre quelque résolution, ainsy mesmes que je le vous ai escript par celle que Sabran vous a portée; vous voulant bien dire qu'il y a quatre jours que j'ay parlé à l'ambassadeur de ma dicte sœur et luy fiz entendre comme il estoit bien convenable, pour la proximité d'alliance dont elle nous atouchoit, de l'ayder en toutz ses affaires, ce que je desirois qu'il le fist entendre à sa Maistresse afin que toutz deux y meissions ensemble la bonne main, à ce coup, à bon escient, n'ayant pas estimé d'encor passer plus avant. Sur quoy le dict ambassadeur m'a respondu que telle estoit la volunté de sa dicte Maistresse, l'ayant bien faict cognoistre par ce qu'elle avoit faict pour la dicte Royne d'Escosse, en escripvant au comte de Mora, duquel elle ne s'est contantée de la responce qu'il luy avoit faicte là dessus, qui est tout ce que j'ai eu de responce du dict ambassadeur.

N'ayant autre chose à vous dire sur la dicte lestre du dict XIIIIe, qui me fera venir à celles du XIXe, par laquelle vous me mandez que ma dicte bonne sœur continue tousjours d'avoir l'esprit fort tendu à faire son proffict des malheurs de mon royaume, envoyant mesmes pour cest effect de grandz deniers en Allemaigne, où, sy elle veult remuer quelque chose qui soit à mon préjudice, j'estime que ce ne pourra estre pour ceste année, ayant une grande conformité d'adviz qu'il ne s'y fait aucunes levées; ne me restant, pour ceste heure, autre chose pour estendre la présente que je finiray en priant Dieu, etc.

Escript au Plessis lès Tours, ce dernier jour de septembre 1569.

CHARLES. BRULART.

Il a esté pourveu, pour le regard de Dombertrand, où l'on envoye jusques à dix mille livres de vivres, et deux cents hommes de pied, harquebusiers.