XXIV

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

du XXIe jour de septembre 1569.—

Assurance que le duc et le cardinal de Lorraine donnent leur consentement au mariage de Marie Stuart avec le duc de Norfolk.—Nécessité d'empêcher la reine d'Écosse d'accepter les propositions du duc d'Albe pour son mariage avec don Juan.

Monsieur de La Mothe Fénélon, je n'ay à vous faire responce à la dépesche, que nous a aportée Sabran, que sur la lettre que m'avez escripte de vostre main, par laquelle j'ay veu l'advancement que vous avez donné au mariage, dont je vous ay par mes précedantes escript; lequel je desire grandement s'exécuter, et que, pour ce faire, vous n'espargniez poinct le nom du Roy, Monsieur mon fils, et le mien, mais plustost donniez toute asseurance que nous ne deffaudrons en rien au duc de Norfolc en tout ce que nous pourrons l'ayder et favoriser pour y parvenir, et ferons, si besoing est, que mon fils le duc de Lorraine et mon cousin le cardinal de Lorraine y presteront leur consentement; vous voulant bien dire que, m'ayant mis, mon dict cousin le cardinal de Lorraine, sur ce propos de la Royne d'Escosse, il m'a dict que ung des secrétaires de la dicte Royne d'Escosse, venant de Flandres, lui avoit dict que le duc d'Alve lui avoit envoyé dix mil escuz, ce qui se conforme à ce que m'en avez mandé, et luy faisoit promesse, si elle vouloit entendre au mariage du bastard, de la secourir de vingt mil hommes qu'il envoyeroit en Escosse, dont y en auroit cinq mil espaignolz. En quoy l'on veoit bien que le dict duc d'Alve veult essayer de rompre les choses, qu'il a peut estre entendu estre si avancées, avec le dict duc de Norfolc; combien que l'on puisse bien s'asseurer que, quant il seroit pris au mot du secours qu'il offre ainsy, qu'il n'y satisferoit pas.

Partant je vous prie de regarder, de vostre costé, d'achever de conduire à bonne fin ce qui est bien commancé pour le regard du dict duc de Norfolc, et qu'il n'y soit point donné de traverse. Mon dict cousin le cardinal de Lorraine a le dict mariage grandement agréable et ne desire rien plus, ainsy qu'il m'a faict entendre, que de le veoir effectué; vous priant, encores ung coup, de mettre, s'il est possible, à exécucion l'intention du Roy, Monsieur mon filz, tant en cest endroict que en tout le reste qu'il vous mande par la seconde lettre[25] faisant cognoistre vostre prudence et dextérité en ceste négociation. Sur ce, etc.

Escript à Marmoutier le XXIe jour de septembre 1569.

CATERINE. BRULART.