SCENE I. JOLLIVET, BLOUNT.

(Blount est à demi couché, et Jollivet s'occupe à le soigner.)

BLOUNT, le repoussant.
Mister Jollivet, je priai vous de laisser moi tranquille!

JOLLIVET. Monsieur Blount, je vous soignerai quand même, et je vous guérirai malgré vous, s'il le faut.

BLOUNT.
Ces bons soins de vous étaient odieuses!

JOLLIVET. Odieux, mais salutaires! Et si je vous abandonnais, qui donc vous soignerait dans ce camp tartare?

BLOUNT. Je prévenai vous que je n'étais pas reconnaissante du tout pour ce que vous faisiez!

JOLLIVET.
Est-ce que je vous demande de la reconnaissance?

BLOUNT. Vous avez volé mon voiture, ma déjeuner, mon hâne et mon place au guichet du télégraphe! J'étais votre ennemi mortel, et je voulais…

JOLLIVET. Et vous voulez touyer moi, c'est convenu! mais pour que vous puissiez me touyer, il faut d'abord que je vous guérisse!

BLOUNT.
Ah! c'était un grand malheur que le obus il ait été pour moi!

JOLLIVET.
Ce n'était pas un obus, c'était un biscaïen.

BLOUNT.
Un bis…?

JOLLIVET.
Caïen!

BLOUNT.
Par oune K?

JOLLIVET.
Non par un C.

BLOUNT.
Par oune C. Oh! c'était mauvais tout de même!

JOLLIVET.
Voyons, prenez mon bras, et marchez un peu.

BLOUNT, avec force.
Non! Je marchai pas!

JOLLIVET. Prenez mon bras, vous dis-je, ou je vous emporte sur mes épaules, comme un sac de farine!

BLOUNT.
Oh! sac de farine!…Vous insultez moi encore!

JOLLIVET. Ne dites donc pas de bêtises! (Il veut l'emmener. Un Tartare entre et les arrête.)

LE TARTARE. Restez. Le seigneur Ivan Ogareff veut vous interroger. (Il sort.)

JOLLIVET.
Nous interroger?… Lui, Ogareff!… ce traître!

BLOUNT.
Cette brigande!… cette bandite voulait interroger moi!
(Ivan paraît, s'arrête à l'entrée de la tente et parle bas à
deux Tartares qui l'accompagnent et sortent.)

JOLLIVET.
Que vois-je? l'homme qui insultait brutalement le marchand
Korpanoff?…

BLOUNT. C'était cette colonel Ogareff!… Oh! je sentai une grosse indignéchione!