Note I
Il y a dans la légende du Saint un gracieux épisode qui semble une page détachée de la Légende dorée ou des Fioretti. On s’en voudrait de ne pas le rapporter.
Du temps où Frère Joseph vivait à la Grottella, il était souvent appelé au monastère des Pauvres Clarisses de Cupertino pour les besoins spirituels de la maison. Un jour, il dit, en souriant, aux Sœurs qu’il leur enverrait un petit oiseau afin de stimuler leur zèle. Et, en effet, le lendemain, elles virent un passereau d’espèce inconnue se poser sur la fenêtre du chœur. Il reparut tous les soirs et tous les matins ; il ne manquait aucun office. Et il accompagnait le chant des religieuses par une mélodie qui provoquait en elles la ferveur et l’émulation. L’office achevé, l’oiseau disparaissait. Il revint ainsi, tous les jours, aux mêmes heures, durant cinq années. Une insulte qui lui fut faite par une religieuse le mit en fuite. Les Sœurs s’en plaignaient.
« — L’oiseau a eu raison de s’en aller, dit Joseph, pourquoi l’avoir menacé ?… » Le Saint promit pourtant que le fugitif reviendrait. Et, en effet, l’oiseau reparut. Non seulement il se montra au chœur mais il y établit sa demeure. Il se perchait tantôt sur le cadre d’un tableau, tantôt sur un prie-Dieu et il se laissait caresser. Une des Sœurs lui ayant attaché un grelot à la patte, il resta encore deux mois dans le couvent ; mais le jeudi saint, il disparut et ne se montra ni le vendredi ni le samedi. Nouvelles plaintes au Frère Joseph.
« Le Saint répondit : — Je vous l’avais donné comme musicien ; il ne fallait pas en faire un sonneur de cloche. Maintenant il est allé veiller près du tombeau de Notre-Seigneur. Je le ferai revenir mais plus de grelot, n’est-ce pas ?
« Comme il l’avait promis le passereau revint le jour de Pâques et il n’abandonna le monastère que quand le Saint quitta lui-même Cupertino. »