II. L'uniforme
Le lendemain, les voyageurs quittent la grange de bonne heure pour aller à Ussel.
Remi était curieux de voir une ville, mais la ville d'Ussel ne l'éblouit pas. Les vieilles maisons à tourelles le laissent indifférent.
Il pense à une chose, il pense aux souliers que Vitalis lui a promis.
La petite troupe entre dans une boutique, et Vitalis achète les souliers. Il achète aussi une veste de velours bleu, un pantalon de laine et un chapeau de feutre.
—Si je t'ai emmené avec moi, dit Vitalis, ce n'est pas pour te donner le plaisir de la promenade. Je ne suis pas assez riche pour cela. C'est pour que tu travailles. Si j'ai acheté pour toi ces souliers, cette veste, ce pantalon et ce chapeau, c'est pour que tu joues la comédie avec les chiens et Joli-Cœur.
—Mais je ne sais pas jouer la comédie.
—Eh bien! il faut apprendre, les chiens et Joli-Cœur ont appris.
À l'auberge, Vitalis prend des ciseaux et coupe les deux jambes du pantalon à la hauteur des genoux.
—J'ai coupé ce pantalon, dit-il, pour que tu ne ressembles pas à tout le monde. Nous sommes en France, je t'habille en Italien; si nous allons en Italie, je t'habillerai en Français. Nous sommes des artistes, nous sommes des comédiens; il nous faut provoquer la curiosité, il nous faut forcer les gens à nous regarder.