II. Mattia

Place de l'Étoile, près de l'Arc de Triomphe, notre jeune artiste rencontra un de ses anciens camarades de chez Garofoli, appelé Mattia, qui jouait très bien du violon et qui mourait de faim.

—J'allais vendre mon violon, dit Mattia, pour avoir quelque chose à manger. Et toi, que fais-tu?

—Je suis chef de troupe, répondit Remi.

—Veux-tu m'engager dans ta troupe?

—Mais voilà toute ma troupe, dit Remi en montrant son chien.

—Eh bien! Qu'importe! Nous serons deux. Ne m'abandonne pas. Je joue du violon et de plusieurs autres instruments, je danse à la corde, je chante, je passe dans les cerceaux; je serai ton domestique, je t'obéirai, je ne te demande pas d'argent, la nourriture seulement.

—Avec moi, dit Remi, tu n'es pas sûr d'avoir ta nourriture; tu as autant de chances de mourir de faim que tout seul.

—Non, quand on est deux on ne meurt pas de faim; l'un aide l'autre.

—Eh bien! j'accepte! dit Remi touché de cette bonté. Seulement tu ne seras pas mon domestique; tu seras mon camarade. Ma vie sera la tienne; tes souffrances seront les miennes.

Et quelques instants après, Remi et Mattia sortirent de Paris.

On marchait facilement sur la terre durcie. L'air était doux; le soleil d'avril brillait dans un ciel bleu sans nuages.