II. Sans parents

—Comment! dit le jardinier, tu n'as pas dîné hier?

—Non, monsieur.

—Et ton maître?

—Il n'a pas mangé plus que moi.

—Alors il est mort autant de faim que de froid.

Comme la soupe avait rendu la force au petit garçon, il se leva pour partir.

—Où veux-tu aller?

—Je ne sais pas.

—Tu as des amis à Paris?

—Non.

—Des gens de ton pays?

—Personne.

—Où est ton logement?

—Nous n'avons pas de logement; nous sommes arrivés de province.

—Que veux-tu faire?

—Jouer de la harpe, chanter mes chansons et gagner ma vie.

—Où cela?

—À Paris.

—Je te conseille de retourner dans ton pays, chez tes parents. Où demeurent tes parents?

—Je n'ai pas de parents.

—Tu as dit que le vieux à barbe blanche n'était pas ton père?

—Je n'ai pas de père.

—Et ta mère?

—Je n'ai pas de mère.

—Tu as bien un oncle, une tante, des cousins, des cousines, quelqu'un?

—Non, personne. Mon maître m'avait acheté au mari de ma nourrice. Je suis un enfant trouvé.