II. Une famille

Mère Barberin prépara un bon petit dîner pour les voyageurs et le repas fut très gai. Après le dîner, Mattia sortit.

—Maintenant que nous sommes seuls, dit mère Barberin, dis-moi pourquoi tu ne m'as pas écrit.

—Parce que vous n'étiez pas seule, parce que j'avais peur de Barberin; il m'avait vendu une fois, et je ne voulais plus être vendu. Et où est-il, Barberin?

—Il est à Paris.

—À Paris? Et que fait-il à Paris?

—Il paraît que ta famille te cherche.

—Ma famille!

—Oui, ta famille, mon Remi.

—J'ai une famille, moi? J'ai une famille, moi, l'enfant abandonné!

—Évidemment ta famille ne t'a jamais abandonné, puisque maintenant elle te cherche.

—Qui me cherche? C'est Barberin qui me cherche.

—Oui, sûrement, mais pour ta famille. Il y a un mois, un homme est entré dans la maison, un homme qui parlait avec un accent étranger; il a demandé à Jérôme: "C'est vous qui avez trouvé un enfant à Paris, avenue de Breteuil?"—"Oui," répondit Jérôme.—"Qu'est-ce qui vous a fait abandonner cet enfant?"—"Le besoin d'argent."—"Où est cet enfant en ce moment?"—"Je ne sais pas; il voyage."—"Il faut le chercher." Et il lui a donné de l'argent pour aller à Paris. Jérôme m'a dit que Vitalis lui avait donné son adresse à Paris rue de Lourcine, chez un autre musicien appelé Garofoli. Et il cherche toujours. Mon enfant, il faut retourner à Paris.

À ce moment, Mattia rentra dans la maison.

—Mattia, lui dit Remi, mes parents me cherchent; j'ai une famille, une vraie famille.