SCÈNE II

Les Mêmes, BONCHAMP.

BONCHAMP.

Ne vous dérangez pas: ce n'est que moi. Ma chère Césarine, je suis votre serviteur. Bonjour, Godefroy, Monsieur de Montjoie, je vous salue. Je vous annonce une visite.

GODEFROY.

Claude Morisseau?

BONCHAMP.

Oh! il viendra aussi. (Regardant Montjoie, et avec intention.) Claude et M. de Montjoie sont des habitués. Non. Je veux parler de madame Patalin. Elle a déjà fait quatorze visites: celle-ci sera la quinzième.

CÉSARINE.

La belle Lydie? Tant mieux! Elle nous racontera tous les bruits de la ville.

BONCHAMP.

Elle les inventera au besoin.

GODEFROY, à Bonchamp.

Je veux te montrer une pièce curieuse que j'ai achetée ce matin.

BONCHAMP, railleur, montrant les vitrines.

Pour ton musée d'archéologie?

GODEFROY.

Oui.

BONCHAMP.

C'est inutile.

GODEFROY.

Pourquoi?

BONCHAMP.

Parce que tu sais bien que je ne te prends pas au sérieux... comme archéologue.

GODEFROY, vexé.

Je me moque pas mal de ton opinion! Je suis un homme indépendant, moi, au-dessus des préjugés de ce bas monde.

BONCHAMP.

Je te pardonne à cause d'Édith. Comment va-t-elle aujourd'hui?

Montjoie remonte.

CÉSARINE.

Elle est sortie.

GODEFROY.

Je suis furieux contre elle.

BONCHAMP.

Ah bah!

GODEFROY.

Hier, je lui demande pourquoi elle refuse obstinément tous les partis que je lui présente. Sais-tu ce qu'elle me répond?

BONCHAMP.

Non.

GODEFROY.

Qu'elle ne veut épouser qu'un homme qu'elle aimera! Voilà ce que me vaut l'éducation qu'elle a reçue de sa tante. Cette petite fille est devenue romanesque. Un homme qu'elle aimera! La bonne histoire! Et si elle aime mal?

BONCHAMP.

Sois tranquille, Édith choisira quelqu'un qui sera digne d'elle.

GODEFROY.

Tu prends toujours son parti.

BONCHAMP.

C'est ma filleule; et puis, je la connais, elle est incapable de mal choisir. Celui qu'elle aimera sera un heureux gaillard. Il épousera une vraie femme.

GODEFROY.

Toutes les femmes sont de vraies femmes.

CÉSARINE.

Mon Dieu! qu'il est jeune pour son âge!

BONCHAMP, à part.

Heureusement que je sais à quoi m'en tenir.