SCÈNE PREMIÈRE
GODEFROY, CÉSARINE.
Césarine lisant un journal de romans.—Godefroy furette dans ses vitrines.
GODEFROY, lui montrant un objet.
Sais-tu ce que c'est que ça?
CÉSARINE, prenant l'objet et le tournant avec dédain.
Ça?
GODEFROY.
Oui, un paysan m'a apporté hier soir ce morceau de fer rouillé et bossué: tout autre n'aurait vu là dedans...
CÉSARINE, l'interrompant.
Qu'une vieille boîte de sardines!
GODEFROY.
C'est une lampe à crochet du douzième siècle, entends-tu? Tu ignores sans doute qu'à cette époque les habitants du Montalbanais étaient sous la dépendance des abbés de Montauriol; ceux-ci, voulant continuer à exercer leur droit de...
CÉSARINE.
Tiens! laisse-moi tranquille; tu m'agaces.
GODEFROY.
Césarine!
CÉSARINE.
Veux-tu que je te dise la vérité? Tu me rappelles cet avoué de Toulouse que Bonchamp a beaucoup connu. Un jour qu'il se promenait au Pirée, il ramassa une coquille d'huître énorme, et la mit dans sa vitrine, en écrivant dessous: «Elle servit peut-être à exiler Aristide!»
GODEFROY.
Et dire qu'elle est ma sœur!
CÉSARINE.
Au lieu de débiter des sornettes, parlons raison. Quand doit venir madame Dubois?
GODEFROY.
Pour le contrat? d'un moment à l'autre... Bonchamp, étant le seul occupé, a choisi son heure, hier soir, en nous quittant.
CÉSARINE.
Lui as-tu révélé?...
GODEFROY.
Quoi?
CÉSARINE.
Ce qui concerne Daniel?
GODEFROY.
L'irrégularité de sa naissance? Non, que veux-tu? Bonchamp est un bien vieil ami. Je n'ai pas osé: je crains qu'il ne s'étonne, qu'il ne me blâme.
CÉSARINE.
Tu le connais bien peu.