SCÈNE PREMIÈRE
CÉSARINE, GODEFROY, BONCHAMP.
CÉSARINE.
C'est effrayant ce que vous me racontez là! Comment Mme Dubois est une de ces femmes qui...
BONCHAMP.
Oui, mon amie, c'est une de ces femmes que...
CÉSARINE.
Mon désespoir n'a plus de bornes.
GODEFROY.
Comment annoncer à Édith que son mariage est rompu?
BONCHAMP.
Parbleu! c'est la grande difficulté. Crois-moi, il faut éviter avant tout que ta fille nous accuse de disposer de son bonheur à la légère. Il importe donc qu'elle croie que la rupture vient de Daniel.
CÉSARINE.
Ce conseil est excellent!
Excellent!... Excellent!... Je les ai suivis, vos conseils, jusqu'à présent, et vous ne m'avez fait commettre que des sottises! (A Césarine.) Tu as voulu du roman, eh bien! en voilà du roman! Est-ce qu'il te plaît, ce roman-là?
CÉSARINE.
Hum!... non. Je trouve qu'il se corse trop; aussi je donne raison à Bonchamp. Tu ne peux pas expliquer à ta fille pourquoi elle n'épouse plus Daniel, n'est-il pas vrai?
GODEFROY.
Je lui dirai...
BONCHAMP.
Tu ne lui diras rien du tout. Si tu veux le savoir, j'ai peur qu'Édith ne tombe malade.
GODEFROY.
Édith tomber malade parce qu'elle ne sera pas la femme de ce capitaine?
CÉSARINE.
Certainement!
GODEFROY.
A vous entendre, on croirait que j'ai donné le jour à un phénomène! Édith est ma fille, je suppose? Eh bien, elle doit tenir de moi. J'aimais beaucoup ma femme. Si je ne l'avais pas épousée, j'aurais eu un réel chagrin, mais je n'en serais pas mort... ni elle non plus.
BONCHAMP.
Mon bon ami, tu déraisonnes; gentiment, mais tu déraisonnes. Dieu garde ta fille d'une souffrance pareille à celle de ce malheureux garçon! Quand je l'ai vu ce matin, il m'a fait mal. Et sa mère assiste à ce martyre, qui est son ouvrage! Cependant, il n'a pas hésité quand je lui ai demandé un nouveau sacrifice. Je lui ai dit ce que je t'ai dit à toi, ce que ta sœur ne cesse de te répéter: Il faut que la rupture vienne de Daniel! Autrement, Édith nous en voudra, elle nous accusera. Si elle se croit oubliée, elle souffrira beaucoup tout d'abord; mais comme elle est fière, après un temps plus ou moins long, l'orgueil guérira l'amour.
GODEFROY.
Alors il va venir ici?
BONCHAMP.
Oui.
GODEFROY.
Cela m'ennuie de le voir, moi, ce garçon.
CÉSARINE.
Tu ne le verras pas. Le domestique nous préviendra de l'arrivée de Daniel.
GODEFROY.
Mon Dieu, va-t-on cancaner dans Montauban!
LE DOMESTIQUE, entrant.
Voici le capitaine Daniel, mademoiselle.
CÉSARINE.
Allons, viens! Il vaut mieux que Bonchamp reste seul avec lui.
GODEFROY, levant les bras au ciel.
Quelle aventure! mon Dieu, quelle aventure!
(Il sort avec Césarine.)