TABLE DES MATIÈRES
[CHAPITRE PREMIER]
LA RUSSIE SE PRÉPARE À ATTAQUER.
Sous le voile de l'alliance officiellement maintenue, Alexandre Ier prépare contre Napoléon une campagne offensive.--Son grief apparent.--Son grief réel.--Appel secret aux Varsoviens par l'intermédiaire du prince Adam Czartoryski; Alexandre veut restaurer la Pologne à son profit et se faire le libérateur de l'Europe.--Encouragements qu'il puise dans le spectacle de l'oppression générale.--Aspect des différents États.--Le duché de Varsovie.--Misère dorée.--Napoléon a mis partout contre lui les intérêts matériels.--La Prusse: le roi, le cabinet, les partis, l'armée, l'esprit public.--La Suède: débuts de Bernadotte comme prince royal: traits caractéristiques.--Le roi et les deux ministres dirigeants.--L'intérêt économique rapproche la Suède de l'Angleterre.--Situation sur le Danube: la paix des Russes avec la Porte paraît prochaine.--L'Autriche: l'empereur, l'impératrice, l'opinion publique, l'armée.--Puissance de la société.--La coalition des femmes.--Influence et prestige de la colonie russe.--Metternich craint d'encourir la disgrâce des salons.--L'empereur orthodoxe et les Slaves d'Autriche.--L'Allemagne française.--Le vice-empereur.--Rigueurs du blocus.--Exaspération croissante.--Réveil et progrès de l'esprit national.--Sociétés secrètes.--Autres foyers d'agitation.--Alexandre fait prendre des renseignements sur l'état des esprits en Italie.--La France: splendeur et malaise.--Crise économique.--Fidélité des masses à l'Empereur.--L'imagination populaire reste possédée de lui et esclave de son prestige.--Les classes moyennes et élevées se détachent.--Conspiration latente.--L'Espagne.--L'Angleterre.--Alexandre médite de consommer son rapprochement économique avec nos ennemis.--Réponse de Czartoryski par voies mystérieuses.--Objections du prince; ses méfiances.--Garanties réclamées et questions posées.--Seconde lettre d'Alexandre.--Il promet à la Pologne autonomie et régime constitutionnel.--Il fait l'énumération détaillée de ses forces.--Raisonnements qu'il emploie pour convaincre et séduire les Polonais.--Condition à laquelle il subordonne son entrée en campagne.--Efforts pour gagner ou neutraliser l'Autriche.--La diplomatie secrète d'Alexandre Ier.--Il offre à l'Autriche la Valachie et la moitié de la Moldavie en échange de la Galicie.--Tentatives auprès de la Prusse et de la Suède.--Travail en Allemagne.--Tchernitchef à Paris.--Galanterie et espionnage.--Le Tsar accrédite un envoyé spécial auprès de Talleyrand.--Autre branche de la correspondance secrète.--Affaire Jomini.--Projet de former en Russie un corps d'émigrés allemands.--Ensemble de manoeuvres.--Rapports d'Alexandre avec le duc de Vicence.--Il donne le change à cet ambassadeur sur ses desseins et ses armements.--Comment il accueille l'annexion des villes hanséatiques et la saisie de l'Oldenbourg.--Le canal de la Baltique projeté par l'Empereur.--Alexandre affirme et répète qu'il n'attaquera jamais.--Langage des salons.--L'ambassade russe en France.--Occupations extra-diplomatiques du prince Kourakine.--Cet ambassadeur maintenu à son poste en raison de sa nullité.--Protestation officielle au sujet de l'Oldenbourg.--Coalition d'influences hostiles autour d'Alexandre.--Continuité du plan poursuivi par nos ennemis à travers toute la période de la Révolution et de l'Empire: ils ne renoncent jamais à l'espoir de renverser intégralement la puissance française et de tout reprendre.
[CHAPITRE II]
PROJETS DE L'EMPEREUR.
Napoléon au commencement de 1811.--Maître de tout en apparence, il sent l'inefficacité des moyens employés jusqu'à ce jour pour réduire l'Angleterre et conquérir la paix générale.--Le blocus demeure inutile tant qu'il ne sera pas universel et complet.--Impuissance de Masséna devant Torres-Vedras.--Le Nord préoccupe Napoléon et l'empêche de porter un coup décisif en Espagne.--Crainte d'un rapprochement entre la Russie et l'Angleterre.--Méfiance progressive: indices révélateurs: l'ukase prohibitif.--Colère de Napoléon: paroles caractéristiques.--Les Polonais de Paris.--Mme Walewska et Mme Narischkine.--Napoléon décide de préparer lentement et mystérieusement une campagne en Russie.--Comment il conçoit cette gigantesque entreprise.--Quelle est à ses yeux la condition du succès.--Dix-huit mois de préparation.--Projet pour 1811; projet pour 1812.--Mode employé pour recréer en Allemagne une force imposante.--L'année de couverture.--Envoi de troupes à Dantzick.--Précautions prises pour dissimuler l'importance et le but de ces préparatifs.--Napoléon reste militairement et diplomatiquement en retard sur Alexandre.--Les puissances que l'on se dispute.--Rapports avec la Prusse.--L'Autriche et les Principautés.--Rapports avec la Turquie.--Première brouille entre Napoléon et le prince royal de Suède.--Bernadotte se rapproche de la France.--Raisons intimes de ce retour.--Demande de la Norvège.--Protestations simultanées à l'empereur de Russie.--Bernadotte sera à qui le payera le mieux, sans être jamais complètement à personne.--L'Empereur décline toute conversation au sujet de la Norvège.--Audience donnée à l'aide de camp du prince.--Bernadotte réitère ses instances et ses promesses.--Napoléon refuse de s'allier prématurément à la Suède.--Ses rapports avec la Russie durant cette période.--Mélange de dissimulation et de franchise.--Offre d'indemniser le duc d'Oldenbourg.--Réquisitoire violent et emphatique contre l'ukase.--Pourquoi Napoléon affecte de prendre au tragique cette mesure purement commerciale.--Demande d'un traité de commerce.--Grief secret et prétention fondamentale de l'Empereur: la question des neutres et du blocus domine à ses yeux toutes les autres: il évite encore de la soulever.--Sa longue et remarquable lettre à l'empereur Alexandre.--Contre-partie; lettre au roi de Wurtemberg.--Raisons profondes qui portent l'Empereur à envisager comme probable une guerre dans le Nord et à y voir le couronnement de son oeuvre.--Napoléon égaré par le souvenir de Rome et de Charlemagne.--Il renoncerait pourtant à la guerre si la Russie rentrait dans le système continental, mais il n'admet pas la paix sans l'alliance.--Alexandre et Napoléon cherchent respectivement à s'assurer, le premier pour 1811, le second pour 1812, l'avantage du choc offensif.
[CHAPITRE III]
LE MOYEN DE TRANSACTION.
Les armées russes se rapprochent de la frontière.--Marche vers le duché de Varsovie.--Points de concentration.--L'armée du Danube détache plusieurs de ses divisions.--Précautions prises pour assurer le secret de ces préparatifs.--La frontière étroitement gardée.--Les réserves.--Bruits répandus à Pétersbourg et dans les provinces polonaises.--Avis décourageants de Czartoryski.--La fidélité des chefs varsoviens ne se laisse pas entamer.--L'Autriche se dérobe à une alliance et même à une promesse de neutralité.--L'influence de l'archiduc Charles s'exerce dans un sens hostile à la Russie: moyen imaginé pour le convertir ou le neutraliser.--Diplomatie féminine.--Insinuation de Stackelberg au sujet d'une entrée possible des Russes en Galicie.--Metternich se fait autoriser à formuler une réponse comminatoire.--Déceptions successives d'Alexandre.--Il suspend l'exécution de son projet.--Incertitudes, tendances diverses.--Le chancelier Roumiantsof préconise une politique de rapprochement avec la France.--Il croit avoir trouvé un moyen de solution.--Idée de demander à Napoléon, en compensation de l'Oldenbourg, quelques parties du territoire varsovien.--Alexandre se prête à un essai de conciliation sur cette base.--Caractère insolite de la négociation qui va s'ouvrir.--Le souverain et le ministre russe ne veulent s'exprimer qu'à demi-mot et par périphrases.--On propose une énigme à Caulaincourt, en lui fournissant quelques moyens de la déchiffrer.--Le Tsar confie à Tchernitchef une lettre pour l'Empereur: dignité et habileté de son langage.--La métaphore du comte Roumiantsof.--Caulaincourt obtient son rappel et reste à Pétersbourg en attendant l'arrivée de son successeur, le général comte de Lauriston.--Jeu caressant d'Alexandre.--Départ de Tchernitchef pour Paris.
[CHAPITRE IV]
L'ALERTE.
Naissance du roi de Rome.--Anxiété de la population.--Explosion d'allégresse.--Émotion de l'Empereur.--Premiers bruits de guerre.--Les Varsoviens signalent au delà de leur frontière quelques mouvements suspects.--Incrédulité de Davout.--Renseignements venus de Suède et de Turquie.--Scepticisme de l'Empereur.--Il croit que la Russie arme par peur et tâche de la rassurer.--En apprenant que plusieurs divisions de l'armée d'Orient remontent vers la Pologne, il commence à s'émouvoir.--Mesures de précaution.--Napoléon aimerait mieux éviter la guerre que d'avoir à la faire tout de suite.--Il se résigne à l'idée d'une transaction.--Départ de Lauriston.--Nouvelle lettre à l'empereur Alexandre: appel à la confiance.--Arrivée de Tchernitchef: l'Empereur le reçoit aussitôt.--Quatre heures de conversation.--Vivement pressé, Tchernitchef finit par répéter la métaphore du comte Roumiantsof.--Napoléon se figure d'abord que la Russie lui demande le duché tout entier.--Mouvement de révolte et de colère.--Dantzick ou Varsovie.--Contre-propositions de l'Empereur.--Système de ménagements.--Tchernitchef comblé d'attentions et de gâteries.--Savary s'avise spontanément de couper court aux investigations de cet observateur.--Aplomb de Tchernitchef.--Savary joue de la presse.--Le Journal de l'Empire.--Article du 12 avril.--Les nouvellistes.--Esménard.--Courroux de l'Empereur; reproches au ministre de la police; mesures prises contre l'auteur de l'article et le rédacteur du journal.--Arrivée de Bignon à Varsovie.--Tumulte d'avis contradictoires.--Poniatowski reçoit communication par miracle des lettres écrites à Czartoryski par l'empereur Alexandre.--Le projet d'invasion surpris et éventé.--Les découvertes de Poniatowski confirmées par l'approche des troupes russes.--Affolement des Polonais.--Alarme générale.--La guerre en vue.--Activité de l'Empereur.--Les fêtes de Pâques 1811.--Napoléon prépare l'évacuation du duché et reporte sur l'Oder sa ligne de défense.--Davout invité à se diriger éventuellement sur ce fleuve.--Mesures prises pour le renforcer et le soutenir.--Négociations avec l'Autriche, la Prusse, la Suède et la Turquie.--Napoléon ne renonce pas à éviter la guerre.--Ses efforts persévérants pour s'éclairer sur les désirs et les prétentions d'Alexandre.--Lettre inédite à Caulaincourt.--On cherche à faire parler Tchernitchef.--Chasse du 16 avril.--Visite matinale de Duroc.--Tchernitchef ne se laisse tirer aucune parole positive.--Changement dans le ministère.--Le duc de Bassano substitué au duc de Cadore.--Seconde lettre à Caulaincourt: si ce que les Russes désirent est faisable, cela sera fait.--Napoléon reste en garde: la Prusse et la frontière russe en observation.--Avis plus rassurants: phénomène d'optique: l'agitation des Polonais s'apaise.--Napoléon interrompt ses négociations avec l'Autriche, la Prusse, la Suède et la Turquie.--Il modère ses préparatifs militaires sans les discontinuer.--Doutes qu'il conserve sur les causes de l'alerte: il tient passionnément à pénétrer le secret de la Russie.
[CHAPITRE V]
RETOUR DU DUC DE VICENCE.
Contre-coup à Pétersbourg de l'émotion suscitée en Allemagne et en France.--Alexandre est instruit de nos mouvements militaires et craint que Napoléon ne prenne l'offensive.--Il se demande encore si une attaque n'est pas la meilleure des parades.--Mouvement de l'opinion en sens contraire.--Wellesley donne à l'Europe des leçons de guerre défensive.--Il fait école.--Le général Pfuhl et son plan.--Peu à peu, Alexandre incline vers un système purement défensif.--Il voudrait éviter la guerre sans rentrer dans l'alliance.--Encore le duché de Varsovie.--Confidence au ministre d'Autriche.--Réponse par allusions et sous-entendus aux interrogations du duc de Vicence.--L'empereur Alexandre et le roi de Rome.--Arrivée de Lauriston.--Gracieux accueil.--Alexandre compte sur Caulaincourt pour déterminer Napoléon à lui offrir ce qu'il n'entend pas demander.--Il annonce la résolution de se défendre à toute extrémité: solennité et sincérité de cette déclaration.--Émotion de Caulaincourt: ses tristes pressentiments.--Son retour en France.--Il va trouver l'Empereur à Saint-Cloud.--Sept heures de conversation.--Caulaincourt se porte garant des intentions pacifiques d'Alexandre.--Un quart d'heure de silence.--Les deux questions corrélatives.--Napoléon repousse l'idée de diminuer la garnison de Dantzick.--Caulaincourt insiste sur la nécessité d'opter entre la Pologne et la Russie.--La pensée de l'Empereur passe par des alternatives diverses.--L'infranchissable obstacle.--Caulaincourt signale les dangers d'une lutte contre le climat du Nord, la nature et les espaces; il affirme qu'Alexandre se retirera au plus profond de la Russie et cite les propres paroles de ce monarque.--L'Empereur ébranlé; son interlocuteur croit avoir cause gagnée.--Napoléon fait le dénombrement de ses forces; un vertige d'orgueil lui monte au cerveau.--Il croit que tout se réglera par une bataille.--Suite de la conversation.--Retour sur l'affaire du mariage.--Dernier mot de Caulaincourt.--Juste raisonnement et illusions fatales.
[CHAPITRE VI]
L'AUDIENCE DU 15 AOÛT 1811.
Conclusions que tire l'Empereur de son entretien avec le duc de Vicence.--Il ne croit plus à l'imminence des hostilités et ralentit ses préparatifs.--Il soupçonne plus fortement Alexandre de vouloir un lambeau de la Pologne, mais réserve jusqu'à plus ample informé ses déterminations finales.--Baptême du roi de Rome.--Coups de sifflet au Carrousel: placards séditieux.--Tchernitchef relève ces symptômes.--L'Empereur à Notre-Dame.--Discours au Corps législatif: allusions à la Pologne.--Lauriston rappelé à la fermeté.--Difficulté de trouver un moyen de se rapprocher et de s'entendre.--Les préparatifs de guerre se développent en silence.--L'Europe moins inquiète.--La diplomatie et la société en villégiature.--Stations thermales de la Bohême.--Tableau de Carlsbad.--Madame de Recke et son barde.--Opérations de Razoumowski.--La discussion continue à Pétersbourg.--Le dissentiment entre les deux empereurs devient moins aigu et plus profond.--Influence d'Armfeldt.--Alexandre prend le parti de ne plus traiter: il adopte à la même époque le plan militaire de Pfuhl.--Ses raisons pour se dérober à tout arrangement et perpétuer le conflit.--Il décline la médiation autrichienne et prussienne.--Procédés évasifs et dilatoires.--Napoléon s'aperçoit de ce jeu et constate en même temps de nouvelles infractions au blocus.--Explosion de colère.--La journée du 15 août aux Tuileries.--Audience diplomatique: la salle du Trône.--Prise à partie de Kourakine.--Napoléon déclare qu'il ne cédera jamais un pouce du territoire varsovien.--Son langage coloré et vibrant: ses comparaisons, ses menaces.--Kourakine tenu longtemps dans l'impossibilité de placer un mot.--Coup droit.--Trois quarts d'heure de torture.--Travail avec Sa Majesté.--Napoléon fait composer sous ses yeux un mémoire justificatif de sa future campagne: importance de cette pièce: elle fait l'historique du conflit et met supérieurement en relief le noeud du litige.--Pernicieuse logique.--Raisons qui empêchent Napoléon de faire droit aux désirs soupçonnés de la Russie.--Le duché de Varsovie et le blocus.--La guerre est à la fois décidée et ajournée.--Napoléon se fait une règle de prolonger avec Alexandre des négociations fictives, de préparer lentement ses alliances de guerre et de donner à ses armements des proportions formidables: il fixe au mois de juin 1812 le moment de l'irruption en Russie.
[CHAPITRE VII]
SUITE DES PRÉPARATIFS.
Réponse d'Alexandre aux paroles de l'Empereur.--Nouvelles demandes d'explications.--Instances à la fois pressantes et vagues.--Ce que ni l'un ni l'autre des deux empereurs ne veulent dire.--Coup d'oeil sur nos préparatifs et nos positions militaires.--Dantzick.--L'armée varsovienne.--Les contingents allemands.--L'armée de Davout.--L'armée des côtes.--Camps de Hollande et de Boulogne.--Oudinot et Ney.--L'armée d'Italie.--La garde.--Entassement d'hommes et de matériel.--Minutieux efforts de l'Empereur pour assurer les vivres, le ravitaillement, les transports: moyens employés pour vaincre la nature et les espaces.--Universelle prévoyance.--Napoléon excessif en tout.--Il ruse tour à tour et menace.--Il se laisse volontairement espionner.--Travail parallèle d'Alexandre.--Formation des armées russes en deux groupes principaux.--Barclay de Tolly et Bagration.--Alexandre cherche à reprendre la libre disposition de son armée d'Orient en hâtant sa paix avec la Porte.--Service demandé à l'Angleterre.--Napoléon incite les Turcs à continuer la guerre.--Causes de sa lenteur à s'assurer de l'Autriche, de la Prusse et de la Suède.--Dangers de cette politique.--Bernadotte rentre en scène.--Départ de la princesse royale.--L'été à Drottningholm.--Contrebande effrénée; rapports avec l'Angleterre.--Langage de la France: modération relative.--Le baron Alquier part spontanément en guerre contre la Suède.--Note injurieuse.--Réplique sur le même ton.--Scène extraordinaire entre Alquier et Bernadotte.--Déplacement de l'irascible ministre.--Mise en interdit de Bernadotte.--Il reprend sa marche vers la Russie.--Erreur de Napoléon sur la Suède.--Alternatives de rigueur et de longanimité.--Une crise s'annonce en Allemagne; elle peut avancer la guerre et en changer les conditions.
[CHAPITRE VIII]
LES TRIBULATIONS DE LA PRUSSE.
Affolement de la Prusse: projet d'extermination qu'elle suppose à l'Empereur.--Pièce fausse.--Hardenberg se jette dans les bras de la Russie et cherche à l'attirer en Allemagne.--Lettre au Tsar.--Envoi de Scharnhorst.--Armements illicites et précipités: explication donnée à l'Empereur.--Napoléon ne veut pas détruire la Prusse; caractère spécial de l'alliance qu'il compte lui imposer.--L'insoumission de la Prusse dérange toutes ses combinaisons.--Premières remontrances.--Napoléon détruira la Prusse s'il ne peut obtenir d'elle un désarmement complet et une obéissance sans réserve.--Continuation des armements.--Mobilisation déguisée.--Ouvriers-soldats.--Mise en demeure catégorique.--Soumission apparente.--Crédulité de Saint-Marsan.--Tout le monde ment à l'Empereur.--La Prusse en surveillance.--Rapports attestant la continuation des travaux et des appels.--Nouvelles sommations.--La Prusse à la torture.--Incident Blücher.--Suprême exigence.--Napoléon fait en même temps ses propositions d'alliance.--Affres de la Prusse.--Retour de Scharnhorst: résultats de sa mission.--Entrevues mystérieuses de Tsarskoé-Selo; Alexandre blâme les agitations et les imprudences de la Prusse.--Modification du plan russe.--La convention militaire.--Affreuses perplexités de Frédéric-Guillaume.--Motifs qui le poussent à subir l'alliance française.--Suprême espoir du parti de la guerre.--L'idée fixe du roi.--Recours à l'Autriche.--Scharnhorst part pour Vienne sous un déguisement et un faux nom.--Mission Lefebvre.--Napoléon perd patience; il incline plus fortement à détruire la Prusse et à faire un terrible exemple.--Victoire des Russes sur le Danube.--Projet demandé au prince d'Eckmühl.--Plan d'écrasement.--Napoléon laisse vivre la Prusse parce qu'il constate chez elle quelque disposition à se soumettre.--La négociation d'alliance fait un second pas.--Scharnhorst à Vienne.--Metternich le trompe d'abord et l'éconduit ensuite.--Déception finale.--La Prusse aux pieds de l'Empereur.--Ouvertures de Napoléon à Schwartzenberg.--Raisons subtiles qui déterminent Metternich à hâter ses accords avec la France.--Le partage de la Prusse.--Réactions successives.--Alexandre revient au système de la défensive.--Nesselrode en congé.--Son plan de pacification.--La clef de voûte: rôle réservé à l'Autriche.--La paix doublée d'une coalition latente.--Nesselrode est le reflet de Talleyrand.--Alexandre livre à Nesselrode le secret de son inflexibilité.--Il comprend l'avantage de tenter ou au moins de simuler une démarche de conciliation.--Paix imminente sur le Danube: nécessité de temporiser.--L'envoi de Nesselrode est annoncé et perpétuellement ajourné.--Fausse interprétation de certaines paroles de l'Empereur.--Mauvaise foi réciproque.--Le frère d'armes d'Alexandre.--Napoléon avoue ses projets belliqueux à l'ambassadeur d'Autriche.--L'assujettissement de l'Allemagne lui assure le chemin libre jusqu'en Russie: fatal succès.
[CHAPITRE IX]
MARCHE DE LA GRANDE ARMÉE.
La Grande Armée doit se composer d'une agglomération d'armées.--Position des différentes unités.--Proportions colossales.--Concentration à opérer: péril à éviter.--Plan de l'Empereur pour réunir ses forces et les pousser graduellement vers la Russie.--Ses efforts minutieux pour assurer le secret des premiers mouvements.--Marches de nuit.--Instruction caractéristique à Lauriston.--Système de dissimulation renforcée et progressive.--Accumulation de stratagèmes.--Tchernitchef devient gênant: sa mise en observation.--Conversation et message de l'Élysée.--Napoléon formule enfin ses exigences en matière de blocus.--Sincérité relative de ses propositions: leur but principal.--Départ de Tchernitchef.--Perquisition.--Le billet accusateur.--Concurrence entre le ministère de la police et celui des relations extérieures: rôle du préfet de police.--Découverte et arrestation des coupables.--Dix ans d'espionnage et de trahison.--Procès en perspective.--Napoléon refrène sa colère.--Effarement de Kourakine: comment on s'y prend pour l'empêcher de donner l'alarme.--Passage des Alpes par l'armée d'Italie.--Universel ébranlement.--Traité dicté à la Prusse.--Alarme à Berlin; arrivée des Français.--Prise de possession.--Le pays de la haine.--Marche au Nord.--Échelons successifs.--Rôle réservé au contingent prussien.--Traité avec l'Autriche.--Appel à la Turquie: Napoléon espère revivifier et soulever l'Islam.--Rôle réservé à la cavalerie ottomane.--L'Empereur se résigne à négocier avec Bernadotte.--Ouvertures à la princesse royale.--Saisie antérieure de la Poméranie suédoise: conséquences de cet acte.--Premiers mécomptes.--Arrivée et déploiement de nos armées sur la Vistule.--Départ projeté et différé.--Lutte contre la famine.--Conversation avec l'archichancelier.--Opposition de Caulaincourt à la guerre: efforts persistants et infructueux de Napoléon pour le ramener et le convaincre.--État d'esprit de l'Empereur.--Son langage à Savary et à Pasquier.--Les deux plans de campagne: Napoléon subit déjà l'attraction de Moscou.--Sa raison victime de son imagination.--Rêves vertigineux.--Au delà de Moscou.--L'Orient.--L'Égypte.--Les Indes.--Conversation avec Narbonne.--Vision d'une lointaine et suprême apothéose.
[CHAPITRE X]
ALEXANDRE ET BERNADOTTE.
Impassibilité d'Alexandre pendant nos premières marches.--Nos ennemis craignent de sa part une défaillance.--Ils désirent un secours.--Arrivée à Pétersbourg d'un envoyé extraordinaire de Suède.--Bernadotte veut se faire l'artisan de la rupture définitive et le promoteur d'une dernière coalition.--Son plan d'opérations diplomatiques et militaires; son arrière-pensée.--Le comte de Loewenhielm.--Demande de la Norvège.--Scrupules passagers d'Alexandre: sa conscience capitule.--Envoi de Suchtelen en Suède.--Négociation en partie double.--Défiance réciproque.--La politique de l'Empereur, la politique du chancelier.--Arrivée du message de l'Élysée.--Agitation mondaine: lutte des partis.--Alexandre demeure inébranlable, mais il se sert des propositions françaises auprès de Loewenhielm pour l'amener à réduire ses exigences.--Bernadotte joue pareillement auprès de Suchtelen des offres transmises par la princesse royale.--Bizarre incident.--Les deux traités.--Duel de générosité.--L'accord conclu.--Alexandre fait sa réponse aux propositions françaises et signifie ses exigences.--Ultimatum du 8 avril.--Sommation d'évacuer la Prusse et les pays situés au delà de l'Elbe avant tout accord sur le fond du litige: ce qu'offre la Russie en échange.--Conciliation impossible.--Efforts de nos ennemis pour se débarrasser de Spéranski.--Causes profondes et motifs déterminants de sa disgrâce.--La soirée et la nuit du 17 mars; l'exil.--Alexandre se livre complètement à l'émigration européenne.--Ardeur furieuse de nos adversaires.--Toujours Armfeldt.--Opérations de Bernadotte.--Les soirées au palais royal de Stockholm.--Bernadotte presse Alexandre d'entamer les hostilités.--Départ d'Alexandre pour Wilna; sa dernière entrevue avec Lauriston.--Il incline encore une fois à pousser ses troupes en avant; incident fortuit qui le ramène et le fixe au système de l'absolue défensive.--La fatalité pèse déjà sur l'Empereur.
[CHAPITRE XI]
L'ULTIMATUM RUSSE.
Bonne foi et candeur de Kourakine.--Il blâme son gouvernement.--Il continue à désirer la paix et à célébrer l'alliance.--Procès de haute trahison.--Discours du procureur général.--Interrogatoire des prévenus; responsabilités inégales.--Le verdict.--Condamnation de Michel et de Saget.--Protestation de Kourakine contre les termes de l'accusation.--Arrivée de l'ultimatum.--Kourakine à Saint-Cloud.--Colère et inquiétude de l'Empereur.--Alerte passagère.--Napoléon veut à tout prix détourner les Russes de l'offensive pour la prendre lui-même à son heure.--Proposition d'armistice éventuel.--Envoi de Narbonne à Wilna; caractère et but de cette mission.--Démarche à effet auprès de l'Angleterre.--Le gouvernement français se donne l'air d'accepter une négociation avec Kourakine sur la base de l'ultimatum; l'ambassadeur est ensuite remis de jour en jour, dupé et mystifié de toutes manières.--Ses yeux commencent à s'ouvrir.--Réquisitions pressantes.--Symptômes alarmants.--Exécution de Michel.--Nouvel enlèvement de Wustinger.--Départ de Schwartzenberg.--Kourakine s'aperçoit qu'on l'abuse et qu'on le joue; un subit accès d'exaspération le jette hors de son caractère.--Il réclame ses passeports; cette démarche équivaut à une déclaration de guerre.--Contre-*temps également fâcheux pour les deux empereurs.--Départ de Napoléon et de Marie-Louise pour Dresde.--Note du Moniteur.--Napoléon confie au duc de Bassano le soin d'apaiser Kourakine et de lui faire retirer sa demande de passeports.--Nouvelle conférence.--Crise de larmes.--Le duc feint d'entrer en matière; il soulève une difficulté de procédure: question des pouvoirs.--Le ministre échappe à l'ambassadeur et part pour l'Allemagne.--Kourakine retenu à son poste.--Napoléon est parvenu à éloigner momentanément la rupture.
[CHAPITRE XII]
DRESDE.
À travers l'Allemagne.--Arrivée à Dresde.--Installation de l'Empereur.--Tableau de la cour saxonne.--Affluence de souverains.--La reine de Westphalie.--Arrivée de l'empereur et de l'impératrice d'Autriche.--Belle-mère et belle-fille.--Fête du 19 avril.--Aspect de Dresde pendant le congrès.--Vie de famille.--L'Empereur se remet au travail.--Lettre de Kourakine réclamant à nouveau ses passeports.--Manoeuvre de la dernière heure.--Ordre expédié à Lauriston de se rendre à Wilna et d'y entretenir un fallacieux espoir de paix.--La journée des souverains à Dresde.--Le lever de l'Empereur.--La toilette de l'Impératrice.--L'après-midi.--Goûts et occupations de l'empereur François.--Le dîner.--Cérémonial napoléonien.--Napoléon et Louis XVI.--La soirée.--Le jeu des souverains et le cercle de cour.--Jalousie des dames autrichiennes.--Mme de Senft.--Le duc de Bassano.--Caulaincourt.--Mots de l'Empereur.--Ses conversations avec l'empereur François.--Il se met en frais de galanterie auprès de l'impératrice d'Autriche et ne réussit pas à la gagner.--Intimité apparente.--Les cours au spectacle.--Parterre de rois.--Napoléon comparé au soleil.--Le roi de Prusse.--Le Kronprinz.--Hiérarchie établie entre les souverains.--Concours de bassesses.--Apogée de la puissance impériale.--Spectacle sans pareil dans l'histoire.--Napoléon se montre davantage en public; promenade à cheval autour de Dresde.--Visite à l'église Notre-Dame.--L'empereur Alexandre dans une église catholique de Lithuanie.--La veillée des armes.--Retour de Narbonne; il rend compte de sa mission.--Explosion printanière; approche de la saison favorable aux hostilités.--Dernier appel à la Suède et à la Turquie.--Napoléon décide de soulever la Pologne.--Il songe à Talleyrand pour l'ambassade de Varsovie; raisons qui le portent à ce choix, incidents qui l'y font renoncer.--Nouvelle disgrâce de Talleyrand.--L'abbé de Pradt.--Choix funeste.--Objets proposés au zèle de l'ambassadeur.--Napoléon cherche à gagner encore quelques jours.--Son départ de Dresde.--L'assemblée des souverains se disperse.--Propositions inattendues de Bernadotte: motif et caractère de ce revirement.--Mauvaise foi du prince royal.--Il s'efforce de ménager un accord entre la Russie et la Porte--Congrès et traité de Bucharest.--La paix sans l'alliance.--L'amiral Tchitchagof.--Projet d'une grande diversion orientale.--Alexandre espère ébranler le monde slave et le précipiter sur l'Illyrie et l'Italie françaises.--L'idée des nationalités se retourne contre la France.--Demi-trahison de l'Autriche.--Duplicité de la Prusse et des cours secondaires de l'Allemagne.--Universel mensonge.--Avertissements de Jérôme-Napoléon, de Davout et de Rapp.--Pronostic de Sémonville.--Parmi les Français, les grands se lassent et s'inquiètent: la confiance des humbles reste absolue et ardente.--Lettre d'un soldat.--L'armée croit aller aux Indes.
[CHAPITRE XIII]
LE PASSAGE DU NIÉMEN.
PREMIÈRE PARTIE.--L'IRRUPTION.
Napoléon à Posen.--Enthousiasme de la population.--Réponse à Bernadotte.--Séjour à Thorn.--Derniers préparatifs.--Préoccupation dominante de l'Empereur: la question du pain.--Dispositif d'attaque.--Napoléon met ses armées en campagne avant de déclarer la guerre.--Son exaltation belliqueuse.--Le Chant du départ.--Rencontre avec Murat; comédie sentimentale.--Marche dévastatrice à travers la Prusse orientale et la basse Pologne; encombrement des routes; premiers désordres.--Manifeste guerrier.--Supercherie de la dernière minute.--Nouvelles de Pétersbourg.--L'empereur de Russie a refusé de recevoir l'ambassadeur de France.--Napoléon rejoint la colonne de tête.--Sa proclamation aux troupes.--Il s'élance aux avant-postes et atteint le Niémen.--Il voit la Russie.--Déguisement.--Reconnaissance à cheval.--Accident.--Sombres pressentiments.--Arrivée des troupes.--La journée du 23 juin.--La nuit.--Atterrissage silencieux.--Les premiers coups de feu.--Lever du soleil.--Féerique spectacle.--Enthousiasme des troupes; gaieté et activité de l'Empereur.--Incident de la Wilya.--Établissement à Kowno.--Quarante-huit heures de défilé.--L'invasion commence.
DEUXIÈME PARTIE.--ARRIVÉE À WILNA; DERNIÈRE NÉGOCIATION.
Conseil militaire d'Alexandre.--Cacophonie.--Excursions aux environs de Wilna.--Ascendant d'Alexandre sur les femmes.--Fête du 24 juin; accident de mauvais augure.--La nouvelle de l'invasion arrive au Tsar pendant le bal; son impassibilité.--La Fatalité et la Providence.--Recul instinctif.--Mission de Balachof.--Offre d'une réconciliation in extremis; causes et but réel de cette démarche.--Balachof aux avant-postes.--Rencontre avec le roi de Naples.--Accueil de Davout.--Napoléon ne veut recevoir l'envoyé russe qu'au lendemain d'une victoire.--Il apprend la retraite des Russes.--Son désappointement.--Il précipite son armée sur Wilna.--Premiers symptômes de désagrégation.--Entrée de Napoléon à Wilna: accueil de glace: incendie des magasins.--Ovations provoquées et tardives.--L'Empereur s'acharne à l'espoir de couper et de prendre une partie des armées russes.--Succession d'orages: les éléments se déchaînent contre nous.--Hécatombe de chevaux.--L'ennemi se dérobe et s'évanouit.--Fausse joie.--La colonne de Dorockhof en grand danger; son évasion.--Les débuts de la campagne manqués.--Froideur des Lithuaniens.--Napoléon décide de recevoir Balachof.--Longue et remarquable conversation avec cet envoyé.--Paroles violentes.--Le but de l'Empereur est de faire trembler Alexandre pour sa sécurité personnelle et de l'amener à une prompte capitulation.--Balachof à la table impériale.--Réponses célèbres.--Mot blessant de Napoléon à Caulaincourt; ferme réplique.--Départ de Balachof.--Protestation indignée de Caulaincourt; il demande son congé.--Patience de l'Empereur; comment il met fin à la scène.--Rupture irrévocable de toutes relations entre les deux empereurs.--La guerre succède sans transition au déchirement de l'alliance.
PARIS. TYPOGRAPHIE DE E. PLON, NOURRIT ET Cie, 8, RUE GARANCIÈRE.