GOFFREDO MAMELI

Garibaldi raconte, dans ses Mémoires et dans la courte biographie qu’il a faite de Goffredo Mameli, que le jeune poëte, le soir du 3 juin, vint lui demander de tenter un nouvel effort sur le casino Corsini, et qu’il lui accorda sa demande.

Mameli fut blessé à la jambe gauche.

La blessure, par elle-même, n’était rien; mais, par une mauvaise disposition du sang, elle se gangrena et, le 18 juin, l’amputation devint indispensable.

La fenêtre de la chambre où se trouvait Mameli, à l’ambulance de la Trinità dei Pellegrini, donnait sans cesse passage à toute espèce de projectiles; mais Mameli se montra toujours de la plus profonde insouciance pour ce danger posthume, si l’on peut parler ainsi. Seulement, au moment où il était le plus affaibli par la suppuration, il devint un jour ou deux impatient pour les balles et les boulets, comme un enfant l’est pour les mouches.

—Être tué en plein air et en combattant, disait-il, à la bonne heure; mais être tué dans mon lit comme un paralytique, non!

Le 8 juin, il eut le délire, délire charmant pendant lequel il chantait à voix basse et se rappelait presque jour par jour sa vie intellectuelle, hélas! si courte.

Dans les intervalles de ces chants, il prophétisait ou faisait des vœux pour sa patrie.

Il avait vingt et un ans quand il mourut.

J’injectai son cadavre, qui fut enterré à Rome.

Il avait composé un chant de guerre que Garibaldi chantait souvent et fredonnait sans cesse: Fratelli d’Italia.

Ce chant est populaire en Italie.