MELLARA
Le colonel Mellara, blessé dans le combat du 9 juin, mourut le 4 juillet, quand les Français étaient déjà entrés dans la ville. Comme il n’était plus permis aux Romains de protester avec les armes, ils se réunirent dans l’église, autour du catafalque du guerrier mort. Mais, pendant que le peuple réuni pleurait dans un pieux silence sur ce cadavre, symbole de l’Italie tombée, un officier de police, à la tête d’une poignée de soldats, entra dans l’église, et arracha du chapeau du mort, posé selon l’habitude sur le cercueil, la cocarde italienne; puis, interrompant la pieuse cérémonie, il ordonna d’éteindre les cierges et de faire évacuer l’église.
Ce qui fut fait.
Le pauvre Mellara n’eut donc même pas cette dernière consolation des morts, les pleurs qui tombent des yeux aimés.
Au reste, les passions politiques se manifestèrent autant dans les réactionnaires romains que dans les réactionnaires français. Les prêtres et les moines surtout furent infâmes pour les pauvres blessés abandonnés à leurs soins. A un M. Giovanni, de Crémone, blessé à la cuisse, ils refusèrent un verre d’eau jusqu’à ce qu’il se fût confessé. Pour comprendre la douleur de cette torture, il faut être médecin et savoir le besoin impérieux de boire qu’éprouve le malade à la suite d’un coup de feu.
Tous les médecins de Rome qui soignèrent des blessés patriotes perdirent leur diplôme.
Qu’on me permette une remarque philosophique ou plutôt morale.
Il y a une grande différence entre la mort du soldat contraint au service par la conscription, et celle du soldat qui sert volontairement son pays.
Le volontaire est plein d’enthousiasme, fier de ses blessures, glorieux de sa mort. Il se soulage de ses souffrances les plus cruelles par son expansion et son amour de la patrie, dans les vœux qu’il fait, dans les prières qu’il adresse à Dieu pour le triomphe de sa cause.
L’autre est muet ou ne prononce que des paroles de vengeance contre celui qui l’a blessé.
Un enfant de Bologne, âgé de dix ans, faisant partie de la légion Garibaldi, et blessé à la main gauche, se laissa couper le poignet sans pousser une plainte, et, pâle et affaibli, voulut assister à la dernière bataille.
Pour créer des hôpitaux à l’improviste, on parcourut les rues de Rome en criant à haute voix:
—Pour les patriotes blessés!
Et alors toutes les fenêtres s’ouvraient, et par les fenêtres on jetait des linceuls, des draps, des matelas, des oreillers.
Les hôpitaux furent créés par la charité spéciale du municipe.
Bertani.
FIN
TABLE
DU DEUXIÈME VOLUME
| I. | Tout perdu, fors l’honneur | [1] | ||
| II. | On forme les légions | [7] | ||
| III. | Le colonel Negra | [13] | ||
| IV. | Passage de la Boyada | [16] | ||
| V. | La légion italienne refuse les terres qui lui sont offertes | [20] | ||
| VI. | Disgrâce de Rivera | [25] | ||
| VII. | Intervention anglo-française | [31] | ||
| VIII. | Affaire du Salto San-Antonio | [40] | ||
| IX. | J’écris au pape | [53] | ||
| X. | Je reviens en Europe.—Mort d’Anzani | [59] | ||
| XI. | Encore Montevideo | [68] | ||
| XII. | Campagne de Lombardie | [78] | ||
| XIII. | Suite de la campagne de Lombardie | [100] | ||
| XIV. | Rome | [111] | ||
| XV. | Expédition contre l’armée napolitaine | [144] | ||
| XVI. | Combat de Velletri | [162] | ||
| XVII. | 3 juin | [177] | ||
| XVIII. | Le siége | [198] | ||
| XIX. | La surprise | [224] | ||
| XX. | La fin | [232] | ||
| XXI. | Qui m’aime me suive | [243] | ||
| XXII. | Les Morts | Lucano Manara | [245] | |
| Emilio Morosini | [252] | |||
| Goffredo Mameli | [261] | |||
| Mellara | [263] | |||
FIN DE LA TABLE.
Au lecteur.
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