SCÈNE II
Les Mêmes. Quelques valets accourent. LE CHEVALIER ULADISLAS sort de l'hôtellerie.
LE CHEVALIER, sur le pas de la porte.
Qu'est-ce, messieurs? Qu'y a-t-il donc?
L'HÔTELIER.
Je vous prends à témoin, monsieur le chevalier. Ce jeune seigneur me cherche querelle, parce que mon hôtellerie est pleine.
ROSEMBERG.
Je te cherche querelle, manant! Querelle... à un homme de ton espèce?
L'HÔTELIER.
Un homme, monsieur, de quelque espèce qu'il soit, a toujours une espèce de dos, et si on vient lui administrer une espèce de coup de bâton...
LE CHEVALIER, s'avançant, à l'hôtelier.
Ne te fâche pas, ne t'effraye pas; je vais accommoder les choses.
À Rosemberg.
Seigneur, je vous salue. Vous allez à la cour du roi de Hongrie?
L'hôtelier et les valets se retirent.
ROSEMBERG.
Oui, chevalier, c'est mon début, et je suis fort pressé d'arriver.
LE CHEVALIER.
Et vous vous plaignez, à ce que je vois, de trouver la route encombrée.
ROSEMBERG.
Mais oui, cela ne m'amuse pas.
LE CHEVALIER.
Il est vrai que cette petite affaire, que nous avons avec les mécréants, nous attire à la cour un fort gros flot de monde. Il est peu de gens de cœur qui ne veuillent s'en mêler, et moi-même j'y ai pris part. C'est ce qui rend nos abords difficiles.
ROSEMBERG.
Oh! mon Dieu! je ne comptais pas rester longtemps dans cette masure. C'est le ton de ce drôle qui m'a irrité.
LE CHEVALIER.
S'il en est ainsi, seigneur...
ROSEMBERG.
Rosemberg.
LE CHEVALIER.
Seigneur Rosemberg, on me nomme le chevalier Uladislas. Il ne m'appartient pas de faire mon propre éloge, mais pour peu que vous soyez instruit de ce qui se fait dans nos armées, mon nom doit vous être connu. Le vôtre ne m'est pas nouveau, j'ai vu des Rosemberg à Baden.
Rosemberg salue.
Si donc vous n'êtes ici qu'en passant...
ROSEMBERG.
Oui, seulement pour déjeuner, et faire rafraîchir les chevaux.
LE CHEVALIER.
J'étais à table, et je mangeais un excellent poisson du lac Balaton, lorsque le bruit de votre voix est venu frapper mes oreilles. Si le voisinage de mes hommes d'armes et la compagnie d'un vieux capitaine ne sont pas choses qui vous épouvantent, je vous offre de grand cœur une place à notre repas.
ROSEMBERG.
J'accepte votre offre avec empressement, et je le tiens à grand honneur.
LE CHEVALIER.
Veuillez donc entrer, je vous prie. Un bon plat cuit à point est comme une jolie femme; cela n'attend pas.
ROSEMBERG.
Je le sais bien. Peste! à propos de jolie femme...
Ulric et Barberine entrent par une autre porte de l'auberge.
Il me semble qu'en voilà une...
LE CHEVALIER.
Vous n'avez pas mauvais goût, jeune homme.
ROSEMBERG.
À moins d'être aveugle... La connaissez-vous?
LE CHEVALIER.
Si je la connais? assurément. C'est la femme d'un gentilhomme bohémien. Venez, venez, je vous conterai cela.
Ils entrent dans la maison.