SCÈNE V
[Le jardin de Claudio.]—Il est nuit.
CLAUDIO, DEUX SPADASSINS, TIBIA.
CLAUDIO.
Laissez-le entrer, et jetez-vous sur lui dès qu'il sera parvenu à ce bosquet.
TIBIA.
Et s'il entre par l'autre côté?
CLAUDIO.
Alors, attendez-le au coin du mur.
UN SPADASSIN.
Oui, monsieur.
TIBIA.
Le voilà qui arrive. Tenez, monsieur, voyez comme son ombre est grande! c'est un homme d'une belle stature.
CLAUDIO.
Retirons-nous à l'écart, et frappons quand il en sera temps.
Entre Cœlio.
CŒLIO, frappant à la jalousie.
Marianne! Marianne! êtes-vous là?
MARIANNE, paraissant à la fenêtre.
Fuyez, Octave; vous n'avez donc pas reçu ma lettre?
CŒLIO.
Seigneur mon Dieu! quel nom ai-je entendu?
MARIANNE.
La maison est entourée d'assassins; mon mari [vous a vu entrer ce soir; il] a écouté notre conversation, et votre mort est certaine, si vous restez une minute encore.
CŒLIO.
Est-ce un rêve? suis-je Cœlio?
MARIANNE.
Octave, Octave! au nom du ciel, ne vous arrêtez pas! Puisse-t-il être encore temps de vous échapper! Demain, trouvez-vous, à midi, dans un confessionnal de l'église, j'y serai.
La jalousie se referme.
CŒLIO.
Ô mort! puisque tu es là, viens donc à mon secours. Octave, traître Octave! puisse mon sang retomber sur toi! [Puisque tu savais quel sort m'attendait ici, et que tu m'y as envoyé à ta place, tu seras satisfait dans ton désir. Ô mort! je t'ouvre les bras; voici le terme de mes maux.]
Il sort.—On entend des cris étouffés et un bruit éloigné dans le jardin.
OCTAVE, en dehors.
Ouvrez, ou j'enfonce les portes!
CLAUDIO, ouvrant, son épée sous le bras.
Que voulez-vous?
OCTAVE.
Où est Cœlio?
CLAUDIO.
Je ne pense pas que son habitude soit de coucher dans cette maison.
OCTAVE.
Si tu l'as assassiné, Claudio, prends garde à toi; je te tordrai le cou de ces mains que voilà.
CLAUDIO.
Êtes-vous fou ou somnambule?
[OCTAVE.
Ne l'es-tu pas toi-même, pour te promener à cette heure, ton épée sous le bras?]
CLAUDIO.
Cherchez dans ce jardin, si bon vous semble; je n'y ai vu entrer personne; et si quelqu'un l'a voulu faire, il me semble que j'avais le droit de ne pas lui ouvrir.
[OCTAVE, à ses gens.
Venez, et cherchez partout!]
CLAUDIO, bas à Tibia.
Tout est-il fini comme je l'ai ordonné?
TIBIA.
Oui, monsieur; soyez en repos, ils peuvent chercher tant qu'ils voudront.
Tous sortent.